Un compteur, une foule de createurs et un chiffre qui depasse tout ce que le streaming caritatif francais avait connu. Dans la nuit du dimanche 6 au lundi 7 septembre, le ZEvent 2026 a referme son histoire sur pres de 33 millions d’euros collectes pour 22 associations. La Fondation de France annonce 32 889 235 euros, soit environ le double du montant reuni en 2025. Pour cette ultime edition, le rendez-vous cree par Adrien Nougaret, alias ZeratoR, et Alexandre Dachary, dit Dach, n’a pas seulement battu son record : il a transforme ses adieux en demonstration de force collective.
Pendant plus de cinquante heures, plus de 300 streamers et createurs de contenu ont mobilise leurs communautes. Environ 80 etaient reunis au Corum de Montpellier, tandis que quelque 200 autres participaient a distance, selon le decompte rapporte par l’AFP. Defis, jeux, concerts, tombolas et objectifs de dons ont maintenu l’audience sous tension jusqu’aux dernieres minutes. Derriere le spectacle, l’enjeu etait concret : financer des organisations actives dans la sante, l’environnement, la lutte contre la precarite, l’exclusion et l’aide humanitaire.
Un record qui change l’echelle du streaming caritatif
Le montant final donne le vertige. L’edition 2025 avait deja installe un sommet avec environ 16,9 millions d’euros. Un an plus tard, la collecte a pratiquement double. Ce bond ne peut pas etre explique par une seule personnalite ou une sequence virale isolee. Il repose sur un reseau de centaines de chaines, de communautes et de petits gestes qui, additionnes, ont produit un resultat comparable aux grandes campagnes caritatives nationales.
La Fondation de France, chargee de la gestion de l’operation et du suivi des projets finances, indique que le ZEvent a collecte pres de 91 millions d’euros depuis sa creation. En dix ans, une initiative nee dans la culture du jeu video et de Twitch est ainsi devenue une institution de la generosite en ligne. Ce parcours raconte une transformation plus large : les createurs ne sont plus seulement des animateurs suivis individuellement, mais des organisateurs capables de reunir une audience, de construire un evenement physique et de convertir l’attention en impact mesurable.
Montpellier au centre d’une mobilisation numerique
Le Corum de Montpellier a servi de coeur battant a cette derniere edition. La ville evoque pres de 340 createurs mobilises et plus de cinquante heures de direct. Sur place, l’evenement ressemblait autant a un festival qu’a un immense studio : espaces de jeu, animations, performances, rencontres et moments d’improvisation se succedaient devant les cameras. Un concert d’ouverture avait aussi reuni Yame, Bigflo & Oli et Gazo a l’Arena de Montpellier, donnant au rendez-vous une dimension musicale et populaire qui depassait largement le seul univers du gaming.
Cette articulation entre une salle physique et des centaines de flux en ligne constitue l’une des forces du format. Le public voit les participants reagir en temps reel, suivre la progression de leur cagnotte, modifier un defi ou celebrer un palier. Chaque chaine conserve son ton et sa communaute, mais toutes avancent vers un objectif commun. Le ZEvent a ainsi cree une television participative sans grille traditionnelle : l’audience ne se contente pas de regarder, elle donne, partage, commente et pousse l’evenement plus loin.
Pourquoi les communautes ont repondu aussi fort
Le record tient d’abord a une confiance accumulee au fil des editions. Le public connait le rituel, les organisateurs et la logique de la collecte. La presence de la Fondation de France ajoute un cadre de gestion et de suivi des fonds. Les 22 associations beneficiaires correspondent en outre a des causes variees, ce qui permet a de nombreuses sensibilites de se reconnaitre dans l’operation sans reduire l’evenement a un seul combat.
La mecanique des dons est egalement pensee comme un recit. Les donation goals transforment chaque palier en promesse : un defi, un costume, une performance, une rencontre ou une action inattendue. Les tombolas et objets exceptionnels ajoutent une dimension spectaculaire, tandis que les petits dons restent le carburant principal de la mobilisation. Le montant moyen importe moins que la repetition et la circulation du geste d’une communaute a l’autre.
Enfin, l’annonce d’une derniere edition a probablement renforce l’urgence. Participer ne signifiait plus seulement soutenir une collecte annuelle, mais prendre part au dernier chapitre d’une histoire commencee en 2016. La nostalgie, la volonte de remercier les organisateurs et le desir d’inscrire un ultime record ont donne au week-end une intensite particuliere. Le chiffre final est donc autant une somme d’argent qu’un message adresse a ceux qui ont construit le rendez-vous.
Vingt-deux associations, puis le temps de l’impact
Une collecte record ne se mesure pas uniquement au soir de la cloture. La prochaine etape sera celle des projets finances, de leur mise en oeuvre et de leur suivi. La Fondation de France precise qu’elle accompagnera les associations et veillera au caractere d’interet general des actions soutenues. Cette phase moins visible est essentielle : elle transforme l’emotion du direct en programmes durables, en aide de terrain et en resultats que les donateurs pourront comprendre.
Le choix de soutenir 22 structures elargit la portee de l’evenement, mais exige aussi de la clarte. Les communautes du streaming sont habituees aux donnees instantanees et aux preuves partagees en direct. Elles attendront donc naturellement des informations sur la repartition des fonds et les realisations. Cette exigence de transparence peut devenir un modele pour d’autres campagnes numeriques : montrer non seulement combien a ete collecte, mais ce que chaque euro permet de construire.
La fin du ZEvent ouvre une question mondiale
Le ZEvent s’arrete, mais le format qu’il a popularise ne disparaitra pas. Des Etats-Unis a l’Europe, en passant par l’Afrique, l’Asie et l’Amerique latine, les createurs organisent deja des lives solidaires, des campagnes communautaires et des evenements hybrides. L’experience francaise montre qu’une operation peut grandir sans perdre son langage natif : celui d’Internet, des private jokes, des defis improvises et de la proximite entre un createur et son public.
Elle montre aussi que l’attention numerique peut etre autre chose qu’un produit vendu aux annonceurs. Pendant un week-end, le temps regarde, les commentaires, les clips et la viralite deviennent une infrastructure de solidarite. Cette lecon depasse Twitch. Elle concerne YouTube, TikTok, les plateformes de direct et toutes les marques ou institutions qui cherchent a parler a une generation peu attachee aux rendez-vous mediatiques classiques.
Des adieux, pas un effacement
La derniere image du ZEvent n’est donc pas celle d’un format fatigue, mais celle d’un evenement au sommet de sa puissance. Pres de 33 millions d’euros, 22 associations et plus de 300 createurs donnent a cette sortie une dimension historique. Peu de projets culturels nes sur Internet peuvent revendiquer une croissance aussi spectaculaire et une trace aussi concrete dans la vie associative.
Pour B-EMPIRE, ce record marque un passage de relais. Le ZEvent a prouve que la culture web pouvait organiser sa propre grande scene, creer ses propres rituels et mobiliser des sommes immenses sans renoncer a son identite. Le rendez-vous tire sa reverence, mais son influence continuera dans chaque marathon caritatif, chaque collecte portee par un createur et chaque communaute qui comprendra qu’ensemble, un direct peut devenir beaucoup plus qu’un divertissement.

