Site icon B-empire magazine

À Kumasi, le Black Star Film Festival interroge l’avenir du cinéma africain

À Kumasi, le Black Star Film Festival interroge l'avenir du cinéma africain

Un film n’existe pas seulement au moment où il est tourné : il doit aussi trouver une salle, un public et une économie qui lui permettent de circuler. C’est l’une des questions que place au centre la 11e édition du Black Star International Film Festival, annoncée du 24 au 27 septembre 2026 à Kumasi, au Ghana. Le festival présente cette année son thème comme une réflexion sur « la nouvelle vague du cinéma africain » et sur les rapports entre film et culture mondiale. Son partenaire Golden Eagle Cinemas doit accueillir les projections dans la ville. Au-delà de l’affiche, ce choix rappelle qu’une industrie du cinéma se construit aussi dans les lieux où les spectateurs peuvent réellement voir ses œuvres.

Kumasi, un choix de lieu qui compte

Le site officiel du festival confirme les dates, la ville et le partenariat avec Golden Eagle Cinemas, désigné comme lieu officiel de cette édition. L’information est suffisamment précise pour situer le rendez-vous ; elle ne permet pas, à elle seule, d’annoncer un nombre de visiteurs, une liste de lauréats ou un bilan financier. Ces résultats appartiendront à l’après-festival. Aujourd’hui, le fait vérifiable est la tenue annoncée de quatre jours consacrés au film et à ses métiers dans une ville ghanéenne qui n’est pas simplement un décor de cérémonie.

Une salle partenaire donne au festival une infrastructure de projection et un point de rencontre pour les équipes et le public. Mais elle soulève aussi la question de la suite : comment les films présentés peuvent-ils revenir vers les spectateurs après quelques séances événementielles ? Une circulation durable passe par des exploitants, des distributeurs, des plateformes, des écoles, des ciné-clubs et des stratégies adaptées aux différentes langues du continent. La valeur d’un festival se mesure autant à ces chemins ouverts qu’aux photos prises sur son tapis rouge.

Quatre axes pour penser une industrie

Les organisateurs présentent leur édition autour de quatre piliers liés entre eux. Leur description évoque notamment le cinéma en langues locales, la construction des publics africains, la formation et le bien-être des créateurs, ainsi que les technologies émergentes, dont l’intelligence artificielle. Cette architecture est plus ambitieuse qu’une simple addition de projections. Elle part d’une idée juste : il n’existe pas de « nouveau cinéma africain » unique, mais des œuvres produites dans des contextes, des langues et des marchés différents, confrontées à des obstacles parfois communs.

Le site annonce des conversations, projections, ateliers et rencontres professionnelles destinés à des cinéastes, producteurs, animateurs, développeurs de jeux, écrivains, étudiants, responsables publics et entrepreneurs. La diversité de ces profils indique que la discussion dépasse le seul tournage. Un scénario peut être fort et une réalisation remarquable sans qu’un réseau de distribution permette au film de rencontrer ses spectateurs. Mettre autour d’une même table des métiers qui travaillent souvent séparément peut donc être utile, à condition que les échanges débouchent sur des relations concrètes après le 27 septembre.

Les langues locales ne sont pas un frein à corriger

Parmi les axes affichés, la question des langues locales mérite une attention particulière. Filmer dans la langue d’un personnage peut préserver des nuances, des rythmes et des rapports sociaux qu’une langue choisie uniquement pour l’exportation ne restituerait pas. Cela ne dispense pas de penser sous-titrage, doublage et médiation avec des publics multiples. Le véritable défi n’est pas de rendre les histoires africaines plus neutres pour les faire voyager, mais de bâtir les outils qui leur permettent de circuler sans perdre leur précision.

La même logique vaut pour les publics. On parle souvent du cinéma africain en évoquant sa reconnaissance à l’étranger. Or une industrie vivante a aussi besoin de spectateurs dans les villes et régions où les films sont produits, de prix accessibles et d’une programmation régulière. Le festival affirme vouloir rapprocher le cinéma des gens. L’expression sera jugée à sa traduction pratique : accès aux séances, diversité des publics présents et possibilités de voir les films une fois l’événement terminé.

Du festival au marché, sans raccourci magique

Le Black Star International Film Festival revendique aussi une attention au « business du film ». Cette dimension peut sembler moins romantique que la découverte d’une œuvre, mais elle est indispensable. Droits, contrats, financement, marketing et calendrier de sortie déterminent si un film trouve une vie après sa première projection. Les organisateurs mettent en avant une feuille de route allant du film à l’audience, au marché et à la distribution. Un tel vocabulaire est utile s’il se traduit en outils compréhensibles pour les équipes indépendantes, et pas seulement en panels réservés aux professionnels déjà bien connectés.

L’intelligence artificielle, également évoquée parmi les sujets, demandera une discussion tout aussi concrète. Elle peut accélérer certaines tâches de préparation, de sous-titrage ou de recherche, mais elle pose des questions de droits, de rémunération et de représentation culturelle. La présence du mot dans un programme ne suffit ni à en faire une solution à tous les coûts de production ni à condamner tout usage. Ce qui comptera sera la capacité des créateurs à décider des outils employés et des conditions dans lesquelles leurs œuvres et leurs voix sont utilisées.

À Kumasi, l’enjeu dépasse donc la célébration d’une sélection. Du 24 au 27 septembre, le festival propose de regarder le cinéma africain comme un ensemble de récits et comme une chaîne de travail reliant auteurs, techniciens, salles et spectateurs. Son programme annonce cette ambition ; ses effets ne peuvent pas encore être comptés. La question à suivre sera simple et exigeante : combien de rencontres de ces quatre jours aideront des films à continuer leur route quand le festival aura fermé ses portes ?

Sources

Quitter la version mobile