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Hollywood veut son grand credit federal : le cinema americain cherche une arme fiscale

Hollywood veut son grand credit federal : le cinema americain cherche une arme fiscale

B-EMPIRE Magazine

Le 1er septembre 2026, Hollywood a vu revenir une idee que l’industrie reclamait depuis longtemps: un credit d’impot federal pour retenir les tournages aux Etats-Unis. Donald Trump a demande au Congres de travailler sur une incitation nationale pour la production cinema et television, apres une discussion avec Jon Voight, devenu l’un de ses relais symboliques a Hollywood. Le geste est politiquement spectaculaire, mais l’enjeu est surtout industriel. Derriere la formule de campagne se cache une question plus froide: comment un pays qui domine encore l’imaginaire mondial peut-il continuer a perdre les emplois, les plateaux et les depenses qui fabriquent cet imaginaire?

La proposition marque un changement de registre. Il y a quelques mois, Trump agitait encore l’idee de tarifs contre les films produits a l’etranger, une piste difficile a appliquer dans un secteur ou les oeuvres circulent comme services, droits, fichiers et licences plutot que comme marchandises classiques. Le credit d’impot, lui, parle le langage reel de la production. Les films et les series vont la ou les couts sont previsibles, les equipes disponibles, les infrastructures solides et les aides suffisamment fortes pour convaincre un studio de choisir un territoire plutot qu’un autre.

Le Los Angeles Times rappelle que 45 % des films et series scenarisees americaines ont ete tournes hors du pays l’an dernier, contre environ 33 % en 2022. Cette acceleration n’est pas une abstraction. Elle signifie moins de jours de travail pour les techniciens, moins de locations, moins de camions, moins de costumes, moins de construction de decors, moins d’hotels remplis, moins de restaurants servis par les tournages. Hollywood n’est pas seulement un tapis rouge. C’est une chaine logistique, une economie locale et un reseau de metiers que la mondialisation fiscale met en concurrence permanente.

C’est pourquoi l’accueil de l’industrie a ete rapide. La Motion Picture Association a salue une possible etape majeure, tandis que l’IATSE, syndicat des techniciens et artisans du spectacle, affirme travailler depuis des mois pour faire avancer une solution federale. Le soutien d’Adam Schiff, senateur democrate de Californie et adversaire politique frequent de Trump, donne au dossier une couleur inhabituelle: le cinema devient l’un des rares sujets ou la polarisation peut etre contournee par l’emploi. Sur un plateau, la politique s’efface vite devant la paie, le calendrier et les heures de travail.

Le chiffre discute dans l’industrie, selon plusieurs rapports, tourne autour d’un credit de 15 a 20 % sur certains couts, notamment le travail. Ce niveau ne ferait pas disparaitre les programmes des Etats americains comme la Georgie, New York ou le Nouveau-Mexique. Il viendrait plutot les completer, comme une couche nationale capable de rivaliser avec le Royaume-Uni, le Canada, l’Australie, la Hongrie et d’autres territoires qui ont transforme l’incitation fiscale en strategie culturelle. La bataille du cinema contemporain se gagne aussi dans les tableaux Excel des directeurs financiers.

Le paradoxe est que les Etats-Unis restent le coeur symbolique du cinema mondial, mais plus necessairement son atelier le plus evident. Les franchises americaines peuvent se tourner a Londres, Budapest, Vancouver ou Sydney, puis revenir aux spectateurs comme produits hollywoodiens. Le public voit une marque culturelle; les travailleurs voient une geographie de plus en plus dispersee. Un credit federal tenterait de reconnecter ces deux realites: si l’histoire est vendue comme americaine, une part plus importante de sa fabrication devrait revenir au territoire americain.

Pour les studios, la mesure pourrait etre plus efficace qu’une posture punitive. Les producteurs n’ont pas besoin d’un discours patriotique pour changer de lieu; ils ont besoin d’un budget qui se ferme. Une incitation claire reduit l’incertitude, attire les assurances, rassure les investisseurs et peut maintenir des equipes entieres en activite. Netflix, les grands studios et les plateformes savent que le contenu reste une arme centrale, meme dans une periode ou les abonnements ralentissent et ou l’intelligence artificielle transforme deja l’ecriture, le montage, le doublage et la previsualisation.

Mais la mesure porte aussi des risques. Un credit mal dessine peut subventionner des projets qui auraient ete tournes aux Etats-Unis de toute facon, enrichir surtout les grands groupes, ou provoquer une competition fiscale encore plus couteuse entre territoires. Il faudra donc choisir les criteres: quel niveau de depenses locales, quels emplois proteges, quelles obligations de transparence, quelles limites pour les tres gros budgets, quel traitement pour les plateformes mondiales, quel controle sur les effets reels? La difference entre politique industrielle et cadeau fiscal tient souvent a ces details.

Cette bataille concerne aussi la culture. Produire dans un lieu n’est jamais neutre. Les villes, les techniciens, les decors, les extras, les studios, les fournisseurs et les contraintes locales influencent les images. Quand la production quitte durablement une region, une memoire professionnelle s’abime. Les jeunes assistants trouvent moins d’entrees dans le metier, les petites entreprises ferment, les plateaux se vident, et l’industrie devient plus concentree autour de quelques hubs internationaux. Ramener des tournages, c’est aussi maintenir une ecologie de talents.

Pour B-EMPIRE, ce dossier signale une mutation plus large: les industries creatives ne sont plus protegees par leur aura. La musique, la mode, le sport, le cinema et les medias doivent tous defendre leurs chaines de valeur face a la mobilite du capital, aux plateformes, a l’automatisation et a la concurrence des Etats. Hollywood peut encore fabriquer du prestige. Mais pour rester une puissance complete, il doit aussi fabriquer du travail, de la formation et de la presence locale. Le credit federal ne sauvera pas a lui seul le cinema americain. Il pourrait toutefois devenir l’aveu officiel que l’imaginaire a besoin d’une politique industrielle pour rester chez lui.

Sources

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