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HP confie sa direction à l’ancienne patronne de GSK

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Photo : FlyingFoxBoi/Wikimedia Commons — CC BY-SA 4.0.

HP a choisi une dirigeante venue de la pharmacie pour piloter un fabricant d’ordinateurs en pleine recomposition. Le conseil d’administration de HP Inc. a nommé Emma Walmsley directrice générale, avec une prise de fonction prévue le 4 janvier 2027. Elle succédera à Bruce Broussard, directeur général par intérim depuis février, qui deviendra président du conseil à la place de Chip Bergh. Le mouvement est plus qu’un changement de personnes : HP confie son prochain chapitre à une dirigeante reconnue pour avoir transformé GSK, alors que le groupe technologique cherche sa place dans l’ère des PC dopés à l’intelligence artificielle.

Une transition au sommet déjà balisée

Le calendrier vise une passation concentrée : Walmsley prendrait le poste de CEO au début de janvier, tandis que Broussard passerait à la présidence du conseil le même jour. Bergh, qui occupe cette fonction depuis 2017 et siège au conseil depuis 2015, restera président jusqu’à cette transition. HP affirme que le recrutement est le résultat d’une recherche mondiale menée par le conseil. D’autres membres du futur comité de direction et du conseil seront annoncés plus tard ; la société n’a donc pas encore publié l’intégralité de la gouvernance qui accompagnera le changement.

Walmsley n’arrive pas sans connaissance de l’entreprise : elle siège au conseil d’administration de Microsoft depuis sept ans. Mais diriger un fabricant d’ordinateurs, ses activités d’impression et ses services n’est pas la même mission que gérer un groupe pharmaceutique. HP présente sa nomination comme un choix d’expérience dans la transformation et la conduite d’organisations à grande échelle. La question, pour les investisseurs comme pour les salariés, sera de voir comment cette expérience se traduit en décisions concrètes sur les produits, les coûts, les canaux de vente et l’innovation matérielle.

Ce que son parcours apporte, et ce qu’il ne garantit pas

Walmsley a dirigé GSK de 2017 à la fin de 2025, après y avoir rejoint l’activité Consumer Healthcare en 2010. Avant cela, elle a passé 17 ans chez L’Oréal à diriger des activités de grande consommation à l’international. Chez GSK, HP met en avant une réorientation vers les médicaments spécialisés et les vaccins, le renforcement de la recherche-développement et l’amélioration du bilan après la séparation de l’activité de santé grand public. Ce parcours associe stratégie de portefeuille, marques mondiales, recherche et exécution opérationnelle.

Cette expérience peut être utile à HP, dont les métiers vont des ordinateurs aux imprimantes, aux consommables et aux services. La direction doit gérer des cycles de renouvellement de produits, des marges différentes et une clientèle allant des particuliers aux grandes entreprises. Cependant, les qualités de gestion transférables ne remplacent pas l’expertise technique des équipes qui conçoivent processeurs, systèmes, logiciels et chaînes d’approvisionnement. Une nomination externe ne dit pas, à elle seule, quelle stratégie produit sera retenue ni si HP peut gagner des parts de marché.

L’IA transforme l’équation du PC

HP présente l’intelligence artificielle comme un axe majeur de son prochain cycle, notamment à travers les appareils et les usages « en périphérie », où une partie des traitements peut s’effectuer sur l’ordinateur plutôt que dans un centre de données distant. Cette promesse touche à la vitesse, à la confidentialité, aux coûts d’exploitation et à l’autonomie. Mais les utilisateurs ne renouvellent pas nécessairement leur machine pour une étiquette « AI PC ». Les bénéfices doivent se voir dans les logiciels, les tâches quotidiennes et les performances, tandis que l’offre doit rester compréhensible pour les entreprises et les consommateurs.

Le défi est aussi industriel. Les fabricants dépendent de processeurs, de mémoire, d’écrans et d’autres composants dont les prix et la disponibilité peuvent évoluer rapidement. Reuters rapporte que HP est confronté à une tension sur les puces mémoire, alimentée par la demande des centres de données, et à un marché du PC difficile. Selon ce compte rendu, les expéditions d’ordinateurs de HP ont reculé de 16 % au troisième trimestre alors que les revenus de cette activité ont progressé de 18 %, portés par un mélange de produits plus chers. Cette combinaison rend la trajectoire moins simple qu’un simple retour de la demande.

Les arbitrages du prochain exercice

Le poste de CEO exigera donc un arbitrage entre volume et rentabilité. Miser sur des configurations premium peut soutenir les marges, mais risque de laisser une partie des acheteurs à la recherche d’options abordables. Protéger les prix face au renchérissement des composants peut préserver la profitabilité à court terme, tout en pesant sur les ventes si les clients retardent leurs achats. Les fabricants doivent aussi décider combien investir dans les fonctions d’IA, la conception de leurs appareils et les partenariats logiciels, à un moment où la valeur peut se déplacer entre matériel, système d’exploitation et services.

HP devra clarifier la façon dont ses activités d’impression s’intègrent à ce récit. Les revenus d’imprimantes et de consommables répondent à des logiques différentes de celles des PC, même si les deux métiers partagent des clients professionnels, des canaux et des coûts de support. L’enjeu n’est pas seulement d’ajouter l’IA à une gamme existante : il est de définir les usages qui créent une raison d’achat, puis de les livrer à une échelle et à un coût cohérents. La nouvelle dirigeante devra également maintenir une exécution stable pendant la passation.

Une nomination à juger sur les résultats

La décision du conseil intervient après le départ de l’ancien CEO Enrique Lores en février 2026, parti diriger PayPal selon les comptes rendus de presse. Broussard a assuré l’intérim tandis que le conseil cherchait un successeur permanent. En nommant une dirigeante extérieure au secteur informatique, HP signale que le prochain chapitre ne sera pas seulement une affaire de spécifications techniques : il s’agira aussi de repositionnement, de discipline d’investissement et de cohérence de portefeuille.

La nomination ne prouve pas encore que l’IA fera repartir la demande, ni que la méthode qui a fonctionné dans la pharmacie et les produits de grande consommation s’appliquera directement à l’informatique. Les indicateurs à suivre seront plus concrets : stabilité de la chaîne d’approvisionnement, évolution des marges, ventes de PC, adoption réelle des fonctionnalités d’IA et capacité à financer l’innovation sans fragiliser le bilan. À partir du 4 janvier, Walmsley aura une fenêtre pour démontrer que son expérience intersectorielle peut aider HP à transformer une promesse technologique en valeur durable pour les clients et l’entreprise.

Sources

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