Reconstruire une bibliothèque ne consiste pas seulement à remplir des étagères. Il faut retrouver un lieu, une équipe, des méthodes et la confiance des habitants. Au Liban, cette reconstruction prend désormais la forme d’un travail collectif. Selon un compte rendu publié par l’UNESCO le 17 septembre 2026, 52 professionnels représentant 34 bibliothèques publiques ont participé à quatre journées de formation les 1er, 2, 8 et 9 septembre. L’organisation présente cette étape comme le début d’une initiative plus large de réhabilitation du réseau national. Ce qui se joue dépasse la remise en état de bâtiments : il s’agit de rendre à nouveau possibles des usages quotidiens de la culture et du savoir.
Le personnel avant les murs
Le récit de l’UNESCO s’ouvre sur Bint Jbeil, où une bibliothèque publique a été détruite. Sa responsable, Rima Charara, reste engagée dans sa reconstruction. Ce cas rappelle une évidence parfois oubliée dans les annonces de rénovation : un établissement ne fonctionne pas parce qu’il possède une enseigne, mais parce que des personnes savent accueillir, orienter, choisir des ressources et maintenir un service. Une formation destinée aux bibliothécaires ne remplace ni les travaux ni les collections perdues. Elle protège néanmoins une compétence sans laquelle les investissements matériels auront une portée limitée.
Les participants venaient de bibliothèques situées du nord au sud du pays. Ils ont travaillé sur la planification, l’identification des besoins locaux, la conception d’activités et les partenariats. La formation a aussi abordé l’usage de données pour prendre des décisions. Concrètement, cela peut signifier repérer quels horaires accueillent les familles, quels ouvrages circulent réellement ou quels publics restent absents. Ce sont des pistes de gestion, et non des résultats annoncés pour les 34 établissements. Leur intérêt est d’éviter qu’une bibliothèque restaurée soit conçue uniquement selon l’image que l’on se fait du public, sans écoute de ses pratiques.
Une infrastructure culturelle de proximité
Une bibliothèque publique remplit plusieurs fonctions qui ne se réduisent pas au prêt de livres. Elle peut offrir un espace d’étude, un accès aux ressources numériques, des rencontres avec des auteurs ou un lieu où les enfants découvrent le plaisir de lire. Sa valeur tient aussi à sa régularité : contrairement à un grand événement culturel, elle reste disponible après la photographie d’inauguration. C’est pourquoi la qualité du service se mesure autant à ses horaires, à son accueil et à la continuité de ses activités qu’au nombre de volumes sur les rayons.
L’UNESCO précise que les sessions ont traité de communication, de documentation des activités et de relations avec les écoles, les associations et d’autres partenaires. Une telle approche transforme la bibliothèque en point de rencontre plutôt qu’en dépôt silencieux. Mais elle exige du temps de travail. Nouer un partenariat scolaire, préparer un atelier ou accompagner une personne peu familière des outils numériques suppose des effectifs et des moyens suivis. L’élargissement de la mission ne devrait pas devenir une manière de demander toujours plus à des équipes insuffisamment soutenues.
Le travail discret des collections
Une autre partie de la formation a suivi le parcours d’un livre : sélection, acquisition, catalogage, circulation, évaluation et, si nécessaire, retrait. Ce vocabulaire paraît technique, mais il détermine l’expérience du lecteur. Sans catalogue fiable, un ouvrage peut être présent sans être trouvable. Sans politique d’acquisition, la collection risque de vieillir loin des besoins réels. Sans règles de circulation claires, le prêt devient plus difficile à gérer et à partager entre établissements. Harmoniser certaines procédures à l’échelle d’un réseau ne signifie pas uniformiser toutes les bibliothèques ; cela peut, au contraire, libérer du temps pour répondre aux particularités de chaque quartier ou ville.
Les ressources numériques et l’usage responsable d’internet figuraient également au programme. Là encore, la question n’est pas simplement de fournir des écrans. Les bibliothèques doivent pouvoir aider à chercher une information, en apprécier la provenance et protéger les données des utilisateurs. Une connexion sans accompagnement risque de reproduire les inégalités existantes entre ceux qui maîtrisent déjà les outils et ceux qui auraient le plus besoin d’une médiation. La compétence numérique du personnel devient donc une composante de l’accès public au savoir, au même titre qu’un fonds documentaire bien organisé.
Une première étape, pas encore un bilan
L’initiative est menée par l’UNESCO avec le ministère libanais de la Culture, avec le soutien de l’ambassade royale de Norvège à Beyrouth, de MCN Build Foundation et de Loops. D’après l’organisation, les phases suivantes doivent poursuivre la montée en compétences, améliorer les systèmes des bibliothèques et moderniser les espaces et les services. Il serait prématuré d’écrire que ce chantier est terminé : le compte rendu de septembre documente une formation et décrit un programme à venir. Pour juger de sa portée, il faudra suivre le nombre de bibliothèques rouvertes ou renforcées, leurs moyens de fonctionnement et la fréquentation sur la durée.
Le témoignage d’Arlette Abi Akar Khoury, bibliothécaire à Sin El Fil, rappelle une autre dimension : une bibliothèque permet parfois de découvrir un intérêt inattendu. Cette possibilité est difficile à inscrire dans un tableau d’indicateurs, mais elle explique pourquoi un lieu ouvert à tous compte dans une ville. Le pari du réseau libanais est de relier cette expérience intime à une organisation solide : des professionnels formés, des procédures partagées et des partenariats locaux. Restaurer les murs sera indispensable. Faire en sorte que les habitants aient une raison d’y entrer, puis d’y revenir, sera le véritable résultat.