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Locarno 2026 : 233 films et une bataille mondiale pour l’avenir du cinéma

Locarno 2026 : 233 films et une bataille mondiale pour l’avenir du cinéma

B-EMPIRE Magazine

Le monde du cinéma se prépare à converger vers une ville suisse de 16 000 habitants. Du 5 au 15 août 2026, la 79e édition du Festival de Locarno déploiera 233 films, dont 103 premières mondiales et huit premières internationales. Sur la Piazza Grande comme dans les salles, le rendez-vous promet bien davantage qu’un défilé de vedettes : il expose la nouvelle carte d’un cinéma qui cherche des récits, des marchés et des publics au-delà des frontières traditionnelles.

À deux jours de l’ouverture, les chiffres donnent le vertige. Dix-sept longs-métrages concourent pour le Léopard d’or, tandis que la sélection traverse la Corée du Sud, Singapour, l’Inde, le Vietnam, le Brésil, le Canada, l’Europe et l’Amérique latine. La France occupe une place visible, à la fois par ses réalisateurs, ses interprètes et ses nombreuses coproductions. Locarno devient ainsi un observatoire privilégié d’une industrie où la nationalité d’un film ne se résume plus à un drapeau.

233 films et 103 premières mondiales : le signal est immense

Locarno a construit sa réputation sur un équilibre rare. Le festival peut recevoir des cinéastes consacrés tout en offrant une scène centrale à des auteurs encore peu connus du grand public. En 2026, cette identité s’affirme avec une compétition de 17 titres décrite par la direction artistique comme aventureuse et pleine de surprises. Derrière la formule, un choix stratégique se dessine : ne pas laisser les algorithmes et les franchises décider seuls des histoires qui voyageront demain.

Parmi les noms attendus figure Hong Sangsoo avec Nowhere To Lay My Eyes. Le réalisateur sud-coréen, déjà récompensé à Locarno, partage la compétition avec le Canadien Denis Côté, le Singapourien Nelson Yeo, l’Indien Gurvinder Singh et le duo brésilien Matheus Farias et Enock Carvalho. Cette géographie n’est pas décorative. Elle montre que la vitalité du cinéma d’auteur se fabrique désormais dans une circulation permanente entre continents, financements et langues.

La France arrive avec des films, des talents et une influence réelle

La réalisatrice française Sarah Leonor revient en compétition avec D’ici là, porté notamment par Laetitia Dosch. Le film rejoint un ensemble où la France intervient aussi comme coproductrice de Rehmat de Gurvinder Singh, de Hearing du Vietnamien Lê Bảo et du film d’animation Donkey Princess des Chiliens Cristóbal León et Joaquín Cociña. Cette présence révèle l’une des forces les moins visibles du modèle français : sa capacité à participer à des œuvres venues d’autres territoires.

Hors compétition, l’empreinte française continue avec Bertrand Mandico, Mamadou Dia, F. J. Ossang et Albert Serra. L’actrice belge Virginie Efira, figure majeure du cinéma francophone, doit recevoir le Leopard Club Award. La mise à l’honneur de ces artistes ne transforme pas Locarno en annexe d’un festival français ; elle confirme plutôt que la France reste un carrefour essentiel pour la production, la distribution et la reconnaissance internationale de films difficiles à financer seuls.

Isabella Rossellini et Darren Aronofsky : des icônes face aux nouveaux regards

L’édition 2026 réunit plusieurs générations de cinéma. Isabella Rossellini recevra un prix d’excellence, Darren Aronofsky un Léopard d’honneur et James Gray un Léopard pour l’ensemble de sa carrière. Asia Argento et le créateur d’effets spéciaux Rick Baker figurent également parmi les personnalités célébrées. Ces hommages donnent au festival une puissance populaire sans effacer la compétition, où de nouveaux noms cherchent précisément à entrer dans l’histoire.

Le contraste est fécond. Rossellini incarne une carrière construite entre cinéma européen, Hollywood, mode et télévision. Aronofsky représente un cinéma américain capable de mêler ambition formelle et grand public. Face à eux, les premières mondiales rappellent que le patrimoine n’a de valeur que s’il ouvre un passage à la relève. Locarno ne choisit donc pas entre mémoire et découverte : il utilise l’une pour rendre l’autre plus visible.

De l’Asie à l’Afrique, la compétition brise les anciennes frontières

La sélection raconte des réalités que les grands circuits commerciaux montrent encore trop rarement. The House On The Moon de Nelson Yeo relie Singapour, Taïwan, l’Allemagne et l’Indonésie. Hearing associe des partenaires d’Asie, d’Europe et du Moyen-Orient. The Riverbank observe le Brésil à travers le regard d’un jeune homme noir et gay, tandis que Atcha atcha du Sénégalais Mamadou Dia est présenté hors compétition avec une participation française.

Cette diversité répond à une transformation économique. Pour exister sur le marché international, de nombreux films indépendants doivent réunir des partenaires issus de plusieurs pays. Les coproductions partagent le risque, facilitent l’accès aux aides et ouvrent des réseaux de distribution. Elles peuvent aussi compliquer la fabrication, mais Locarno leur offre une première vitrine mondiale, là où critiques, vendeurs, programmateurs et futurs diffuseurs se rencontrent.

La Piazza Grande, une arme contre la solitude du streaming

Le symbole le plus puissant du festival reste la Piazza Grande, transformée en salle géante à ciel ouvert. À une époque où une part croissante des films est découverte seul devant un écran, cette place rappelle que le cinéma peut encore être une émotion collective. La coproduction suisse et britannique Frank & Louis, avec Kingsley Ben-Adir et Rob Morgan, y sera notamment présentée en première européenne.

Cette expérience physique est aussi un argument économique. Un festival crée de la rareté, du récit et des images capables de circuler dans le monde entier. La première n’est plus seulement une projection : elle devient un événement éditorial qui peut déclencher des ventes, une campagne de prix ou une sortie en salles. Pour les distributeurs français et européens, la réaction d’un public réuni sur la Piazza fournit un indicateur qu’aucun tableau de données ne remplace complètement.

Pourquoi Locarno 2026 peut compter bien après le 15 août

Le véritable résultat du festival ne se limitera pas au nom du futur Léopard d’or. Il se mesurera à la trajectoire des films découverts, aux accords conclus par leurs producteurs et à leur capacité à atteindre des salles françaises, africaines, asiatiques ou américaines. Avec son programme professionnel, Locarno sert aussi de laboratoire à des projets encore en développement, notamment entre l’Autriche, la France, l’Allemagne, l’Italie et la Suisse.

Dans un secteur dominé par la concentration des plateformes et la compétition pour l’attention, l’existence d’un lieu capable de défendre 103 premières mondiales constitue déjà une déclaration. Locarno affirme que le prochain film important peut venir de Lisbonne, Dakar, Séoul, Hô Chi Minh-Ville ou Paris. À partir du 5 août, le monde regardera la Piazza Grande ; mais l’enjeu sera surtout de savoir quels films continueront leur voyage une fois les lumières rallumées.


Sources

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