Le monde du cinéma tourne ses regards vers la Suisse ce mercredi 5 août 2026. Le Festival de Locarno ouvre sa 79e édition avec une promesse rare : faire cohabiter des stars internationales, 103 premières mondiales et des cinéastes encore inconnus du grand public. Monica Bellucci entre dans la course au Léopard d’or, tandis que Virginie Efira, Isabelle Huppert et Sandrine Kiberlain renforcent une présence française particulièrement visible. Jusqu’au 15 août, les films découverts au bord du lac Majeur peuvent devenir les révélations de la prochaine saison.
Locarno n’est ni Cannes, ni Venise, ni Berlin. C’est précisément ce qui fait sa force. Le festival suisse possède le prestige d’un grand rendez-vous international, mais conserve une liberté de programmation qui lui permet de miser sur des formes audacieuses, des auteurs émergents et des œuvres venues de territoires moins exposés. Selon Screen International, l’édition 2026 réunit 103 premières mondiales. L’agence ANSA évoque au total 233 œuvres programmées : une masse de cinéma qui transforme la ville en immense laboratoire pendant dix jours.
Une ouverture qui dépasse le simple tapis rouge
La cérémonie d’ouverture lance une édition construite autour de la diversité des regards. Les célébrités donnent au festival sa puissance médiatique, mais elles ne résument pas son identité. Le Monde souligne que plusieurs personnalités invitées viennent recevoir un prix ou célébrer leur carrière, tandis que la compétition reste largement ouverte à des réalisateurs dont le nom n’est pas encore familier du grand public.
Cette combinaison est essentielle. Une star attire les objectifs ; une découverte peut modifier durablement la carte du cinéma mondial. Locarno sert souvent de rampe de lancement à des films qui poursuivent ensuite leur route dans d’autres festivals, trouvent un distributeur ou s’imposent dans les débats critiques. L’événement ne promet donc pas seulement des images glamour. Il propose un premier aperçu de ce que le public pourrait regarder, commenter et défendre dans les prochains mois.
Monica Bellucci entre dans la bataille du Léopard d’or
Parmi les visages les plus attendus, Monica Bellucci occupe une place singulière. L’actrice joue dans Ketticè, réalisé par l’Italien Giovanni Tortorici et sélectionné en compétition internationale. Sa présence apporte une exposition immédiate au film, sans garantir son destin. À Locarno, la notoriété ne dispense jamais une œuvre d’affronter le regard du jury et d’un public réputé exigeant.
Dix-sept longs-métrages sont annoncés dans la compétition principale, selon Le Monde. Le cinéaste sud-coréen Hong Sang-soo figure parmi les auteurs les plus connus de la sélection, tandis que le réalisateur belge Fabrice du Welz préside le jury. Ce mélange de signatures confirmées et de nouveaux talents crée l’incertitude qui nourrit les grands festivals : le futur Léopard d’or peut consacrer une valeur sûre comme révéler un cinéaste inattendu.
La France s’installe au cœur de Locarno 2026
Le cinéma français dispose d’un puissant relais dans cette édition. Isabelle Huppert et Sandrine Kiberlain doivent accompagner la première mondiale de Ni vue, ni connue, la comédie de Marc Fitoussi présentée hors compétition sur la Piazza Grande. Cet écran en plein air, installé au cœur de la ville, permet à plusieurs milliers de spectateurs de partager une séance dans une atmosphère que peu de festivals peuvent reproduire.
Virginie Efira fait également partie des personnalités célébrées durant le festival. Cette visibilité ne constitue pas seulement un moment de prestige pour des actrices reconnues. Elle rappelle la capacité des productions et des talents français à circuler dans un marché européen et mondial où la concurrence est intense. Locarno offre une vitrine complémentaire de Cannes : plus intime, plus imprévisible et souvent plus favorable aux œuvres qui ont besoin de temps pour construire leur réputation.
La Piazza Grande, arme spectaculaire d’un festival différent
La Piazza Grande est l’image la plus immédiatement identifiable de Locarno. À la nuit tombée, la place se transforme en salle géante sous les étoiles. Le dispositif réunit deux expériences que l’industrie oppose parfois : le cinéma populaire capable de fédérer une foule et la découverte artistique défendue par les festivals. Cette architecture donne à chaque projection un caractère d’événement, à l’heure où les plateformes ont habitué le public à regarder les nouveautés seul et à domicile.
L’ouverture 2026 convoque aussi la mémoire du septième art avec un ciné-concert autour de Le Mécano de la « General », le classique de Buster Keaton et Clyde Bruckman qui célèbre son centenaire. L’Orchestra della Svizzera italiana accompagne le film avec la musique de Carl Davis. Le choix résume l’ambition de Locarno : regarder vers l’avenir sans considérer l’histoire du cinéma comme une pièce de musée.
Pourquoi ces dix jours peuvent changer la saison cinéma
Pour les producteurs, vendeurs internationaux et distributeurs, un festival est aussi un marché de réputation. Une réaction enthousiaste peut accélérer les négociations, déclencher des invitations dans d’autres événements et donner à un film fragile l’élan nécessaire pour atteindre les salles. À l’inverse, une réception froide peut ralentir une trajectoire préparée depuis des mois. Locarno fonctionne ainsi comme un premier test grandeur nature pour de nombreuses œuvres.
Le festival défend par ailleurs une idée devenue stratégique : le cinéma mondial ne se limite pas aux franchises hollywoodiennes ni aux productions des pays les plus riches. Des récits issus de quartiers populaires, de petites industries nationales ou de cinéastes indépendants peuvent entrer dans la même conversation que les grands noms. Cette ouverture répond à une attente réelle du public, lassé des calendriers uniformes et à la recherche d’histoires capables de surprendre.
Un signal que l’industrie ne peut pas ignorer
Locarno 2026 s’ouvre donc sur une tension féconde. Le festival doit séduire une audience large sans diluer son goût du risque, honorer les stars sans étouffer les nouveaux visages et défendre la salle au moment où les habitudes de consommation continuent de changer. Ses 103 premières mondiales ne sont pas un simple chiffre : elles représentent autant de paris sur l’avenir.
Le palmarès ne sera connu qu’au terme de l’édition, mais la bataille de l’attention commence dès cette première nuit. Monica Bellucci, les grandes actrices françaises et les hommages prestigieux offriront les images les plus partagées. Derrière elles, un film sans vedette peut encore devenir la sensation que personne n’avait vue venir. C’est cette possibilité, plus que le tapis rouge, qui place Locarno au centre du monde cinéphile.

