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Washington donne une voix à l’économie créative

Washington donne une voix à l'économie créative

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À Washington, la culture vient d’obtenir une nouvelle porte d’entrée politique. Le 16 septembre 2026, trois élus de la Chambre des représentants ont lancé le caucus bipartisan MoMEntS, acronyme de Movies, Music, Entertainment, & Sports. Son ambition est large : réunir dans une même conversation le cinéma, la télévision, la musique, le sport, le spectacle vivant, la mode, la beauté, le jeu vidéo, l’esport, l’édition, les arts et l’économie des créateurs.

La représentante démocrate Sydney Kamlager-Dove copréside cette nouvelle enceinte avec la républicaine María Elvira Salazar et le démocrate Troy Carter. D’autres élus des deux partis l’ont déjà rejointe. Le signal compte parce qu’il intervient au moment où les frontières entre studio, plateforme, marque, athlète et influenceur disparaissent rapidement. Une chanson devient une campagne mondiale, un tournoi produit une bibliothèque de contenus, un défilé se transforme en commerce direct et un créateur individuel peut gérer une petite entreprise médiatique.

Une industrie trop vaste pour rester dispersée

Le communiqué de lancement présente les secteurs créatifs et du divertissement comme des puissances économiques générant plus de 1 000 milliards de dollars par an et soutenant plus de cinq millions d’emplois. Ces ordres de grandeur sont cohérents avec le dernier compte satellite publié par le Bureau of Economic Analysis : en 2023, les arts et la production culturelle représentaient 1 170 milliards de dollars, soit 4,2 % du produit intérieur brut américain. L’activité réelle du secteur avait progressé de 6,6 %, davantage que l’ensemble de l’économie cette année-là.

Le chiffre ne décrit pourtant qu’une partie du nouvel écosystème. Les statistiques culturelles classiques saisissent bien les studios, les diffuseurs, les musées ou l’édition, mais elles peinent encore à isoler les revenus hybrides d’un streamer, d’une star du sport devenue productrice ou d’une marque de beauté née sur une plateforme sociale. MoMEntS arrive donc avec une promesse de lisibilité : traiter cette constellation comme une chaîne de valeur, et non comme une collection de métiers sans lien.

L’intelligence artificielle place les droits au centre

Le caucus dit vouloir renforcer les parcours professionnels et protéger les droits créatifs. En 2026, cette formule ne peut être séparée de l’intelligence artificielle générative. Les industries représentées partagent désormais les mêmes interrogations : qui autorise l’utilisation d’une voix, d’un visage, d’un catalogue, d’un style ou d’une performance pour entraîner et exploiter un système ? Comment rémunérer les ayants droit ? Comment signaler un contenu synthétique sans étouffer les usages créatifs légitimes ?

La difficulté est que les intérêts ne sont pas parfaitement alignés. Les studios veulent protéger leurs actifs tout en utilisant l’automatisation. Les plateformes souhaitent conserver de la souplesse. Les artistes établis peuvent négocier des clauses sophistiquées, tandis que les indépendants risquent d’accepter des licences générales faute de pouvoir de marché. Un caucus commun peut rendre ces tensions visibles, mais il devra éviter que la voix des plus grands groupes couvre celle des techniciens, auteurs, athlètes, petites salles et créateurs émergents.

Les plateformes deviennent un sujet de politique industrielle

Parmi ses objectifs, MoMEntS mentionne l’innovation, la concurrence et des pratiques responsables de plateforme. Le choix des mots est révélateur. La distribution culturelle ne dépend plus seulement de chaînes de télévision, de salles ou de magasins : elle passe par des moteurs de recommandation, des places de marché publicitaires, des services de streaming et des applications sociales capables de modifier une carrière en quelques heures.

Pour une petite entreprise créative, l’algorithme est à la fois vitrine, distributeur et arbitre. Une modification de rémunération ou de visibilité peut supprimer un marché sans débat public. À l’inverse, une réglementation trop rigide peut consolider les acteurs capables d’absorber les coûts de conformité. Le vrai enjeu du caucus sera donc moins de célébrer les créateurs que de comprendre les infrastructures dont ils dépendent : données, paiements, billetterie, publicité, découvrabilité et accès au capital.

Du soft power à la bataille des talents

Le programme inclut aussi l’échange culturel et le leadership américain à l’étranger. Hollywood, le hip-hop, la NBA, les jeux vidéo, Broadway et les plateformes ont longtemps servi de diplomatie informelle aux États-Unis. Mais ce monopole symbolique s’effrite. La K-pop, les séries turques, les jeux chinois, les industries indiennes, l’afrobeats et les cinémas africains imposent leurs propres circuits et leurs propres imaginaires.

Cette concurrence n’est pas une menace à contenir ; elle redéfinit le marché mondial. Les collaborations entre Lagos, Séoul, Paris, Miami et Los Angeles montrent que l’influence circule dans plusieurs directions. Pour rester attractifs, les États-Unis devront faciliter les visas, les coproductions, la formation et la mobilité des professionnels, tout en garantissant que les échanges ne se réduisent pas à l’extraction de talents ou de catalogues étrangers.

Un test pour une coalition très large

Le soutien public de TikTok USDS Joint Venture et de TKO Group, propriétaire d’actifs majeurs dans le sport et le divertissement, montre que les entreprises voient déjà MoMEntS comme un lieu d’influence. Leur présence apporte une expertise réelle, mais elle souligne aussi la nécessité de transparence. Un caucus parlementaire n’est pas une commission législative et ne vote pas directement les lois ; il organise des échanges, construit des priorités et rapproche des élus autour d’un secteur. Sa valeur dépendra donc de la diversité des voix qu’il invite et de la précision des dossiers qu’il choisit.

L’étendue du mandat constitue sa force et son principal risque. Réunir mode, sport, musique, édition et gaming permet de défendre des enjeux communs, comme la propriété intellectuelle ou la formation. Mais une liste trop vaste peut produire un discours général sans résultats mesurables. Les premiers travaux devront transformer les slogans en questions concrètes : portabilité des avantages sociaux, transparence des revenus numériques, protection de l’image, accès des petites structures aux marchés publics et accompagnement des métiers bouleversés par l’IA.

La culture reconnue comme infrastructure

La nouveauté la plus importante est peut-être conceptuelle. En regroupant divertissement, création et sport sous une bannière économique, MoMEntS affirme que la culture n’est pas un supplément décoratif. Elle produit des emplois, des exportations, des technologies, du tourisme, de la propriété intellectuelle et de la cohésion sociale. Elle fonctionne comme une infrastructure invisible qui relie villes, communautés et marchés.

Washington ne résoudra pas en un caucus les déséquilibres de l’économie créative. Mais la création de MoMEntS change le niveau de la conversation. Les artistes et les athlètes ne sont plus seulement invités à illustrer une cause ; leurs industries deviennent elles-mêmes un objet de politique économique. Si cette enceinte écoute réellement toute la chaîne, du travailleur indépendant au groupe mondial, elle pourrait donner à l’économie culturelle la représentation institutionnelle que son poids exige déjà.

Sources

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