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Oaxaca : les enfants gardiens du patrimoine

Oaxaca : les enfants gardiens du patrimoine

B-EMPIRE Magazine

On protège mieux une ville quand on apprend d’abord à la regarder. À Oaxaca de Juárez, au Mexique, une initiative municipale soutenue par l’UNESCO propose aux enfants de découvrir le centre historique à travers des parcours, des jeux et des échanges. Baptisée « Guardianes del Patrimonio », elle veut faire du patrimoine autre chose qu’une liste de monuments à mémoriser. Dans une publication du 18 septembre 2026, l’UNESCO indique que le programme, initialement proposé gratuitement pendant l’été, s’étend désormais à plus de 300 filles et garçons de cinq écoles primaires. Son intérêt tient à une idée simple : les habitants les plus jeunes ne sont pas seulement les futurs visiteurs d’un site célèbre ; ils en font déjà partie.

Une ville qui se lit en marchant

Le centre historique d’Oaxaca et la zone archéologique de Monte Albán forment ensemble un bien inscrit sur la Liste du patrimoine mondial depuis 1987. Il ne s’agit pas d’un seul bâtiment remarquable. La fiche du Centre du patrimoine mondial décrit d’un côté la trame urbaine et l’architecture du centre ancien, de l’autre un site préhispanique façonné par plusieurs civilisations. Cette association oblige à raconter plusieurs époques à la fois. Une promenade éducative peut aider les enfants à comprendre ce qu’une façade, une place, un plan de rues ou un vestige disent des personnes qui ont habité ces lieux, plutôt que de réduire le patrimoine à un décor de carte postale.

Les activités décrites par l’UNESCO mêlent des visites du centre historique à des supports ludiques : livret, lotería et jeu de serpents et échelles, entre autres. Le jeu n’est pas ici une concession pour retenir une attention supposée fragile. Il permet de poser des questions, de comparer des détails et de revenir sur une idée sans transformer la ville en salle de classe. Les guides ont reçu une formation préalable en pédagogie et en interprétation du patrimoine, puis ont conçu leurs propres parcours. Cette préparation est importante : un bon médiateur ne transmet pas seulement des dates, il sait relier un lieu à l’expérience de ceux qui le traversent.

Le patrimoine ne tient pas seulement dans la pierre

Le programme invite aussi à regarder le patrimoine immatériel : savoir-faire, pratiques, récits et liens sociaux qui donnent une forme particulière à la vie locale. Ce déplacement évite un piège fréquent. Lorsqu’une ville attire des visiteurs, ses rues et ses monuments peuvent devenir très visibles tandis que les connaissances portées par ses habitants restent moins racontées. Un enfant qui demande comment un objet est fabriqué ou pourquoi une fête compte pour son quartier découvre que la culture n’est pas uniquement ce qui a été conservé derrière une barrière. Elle est aussi ce que des personnes continuent de faire et de transmettre.

Ce regard n’abolit pas la différence entre une activité éducative et une politique de conservation. Comprendre un site ne suffit pas à financer son entretien, à réguler la fréquentation ou à préserver les pratiques qui l’entourent. Mais l’éducation peut rendre ces décisions plus intelligibles aux habitants. Elle peut aussi ouvrir un espace de discussion : qui décide de ce qui mérite d’être montré, quels récits restent à l’écart, et comment concilier la vie d’un quartier avec sa valeur patrimoniale ? Ces questions ne sont pas annoncées comme des résultats mesurés du programme ; elles en constituent une lecture possible et un horizon exigeant.

Au-delà du circuit touristique

L’initiative s’inscrit dans « Communities for Heritage », un programme de l’UNESCO soutenu par le ministère de la Culture d’Arabie saoudite dans le cadre d’un dispositif de rémunération du travail communautaire. À Oaxaca, ce cadre associe la sauvegarde du patrimoine immatériel à la planification urbaine, à la gestion des visiteurs et à un tourisme plus responsable. Cela donne au projet une dimension économique et civique : une visite guidée ne vaut pas seulement par ce qu’elle montre aux touristes, mais par les compétences qu’elle développe localement et par la place qu’elle laisse aux résidents dans le récit de leur ville.

Le chiffre de plus de 300 enfants indique une extension du programme, pas encore une mesure de son impact durable. Pour en juger, il faudra savoir si les écoles peuvent poursuivre les activités, si les guides disposent de missions stables et si les familles se sentent invitées à participer au-delà d’une visite ponctuelle. La gratuité est un point d’entrée utile, mais l’accès dépend aussi des horaires, des trajets, des langues utilisées et de la capacité à accueillir des enfants aux besoins différents. Une médiation culturelle réussie est celle qui ne laisse pas la découverte du patrimoine aux seuls foyers déjà habitués à fréquenter les institutions.

À qui appartient l’histoire racontée ?

La valeur du programme sera également liée à la diversité des voix qu’il rend audibles. Le centre historique et Monte Albán bénéficient d’une reconnaissance internationale, mais le label mondial ne remplace pas la mémoire locale. Les récits d’artisans, d’enseignants, de familles et de communautés peuvent enrichir la lecture d’un site sans être réduits à une illustration du discours officiel. Donner aux enfants des outils pour observer et questionner leur environnement revient aussi à leur reconnaître une capacité d’interprétation. Ils peuvent apprendre qu’un patrimoine se protège précisément parce qu’il demeure vivant, partagé et parfois débattu.

« Guardianes del Patrimonio » ne transforme pas, à lui seul, l’avenir du centre ancien. Il propose une première expérience, concrète et reproductible, entre l’école et la rue. À l’heure où les villes patrimoniales sont souvent racontées depuis le point de vue du visiteur, Oaxaca rappelle que la transmission commence aussi avec celles et ceux qui y grandissent. Le succès du projet ne se lira pas seulement dans le nombre de participants, mais dans leur possibilité de revenir, de poser d’autres questions et de reconnaître la ville comme un lieu qui les concerne.

Sources

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