L’Italie vient de rappeler l’homme qui lui avait rendu sa fierté, mais le décor n’a plus rien d’un conte de fées. Mardi 28 juillet 2026, Roberto Mancini a été choisi pour reprendre la sélection nationale, trois ans après un départ qui avait profondément divisé le pays. Champion d’Europe avec les Azzurri en 2021, l’entraîneur de 61 ans revient désormais avec une mission autrement plus lourde : reconstruire une équipe qui vient de manquer une troisième Coupe du monde consécutive.
Cette nomination dépasse le simple changement de sélectionneur. Elle arrive au terme de plusieurs jours de confusion, marqués par l’échec de la piste Andrea Pirlo, le refus de Pep Guardiola et les démissions rapides de Paolo Maldini et Leonardo de leurs responsabilités fédérales. Pour une nation quatre fois championne du monde, le constat est brutal : le football italien ne cherche plus seulement un entraîneur. Il cherche une direction, une identité et une raison de croire que sa chute peut enfin s’arrêter.
Un retour spectaculaire après le troisième Mondial manqué
La Fédération italienne de football a confirmé le retour de Roberto Mancini à la tête de la Nazionale. Le président de la FIGC, Giovanni Malagò, a présenté ce choix au conseil fédéral, tandis que Claudio Ranieri doit occuper un rôle central comme directeur technique. Le tandem réunit deux entraîneurs immensément expérimentés, associés à certains des plus grands moments du football italien et européen.
L’urgence est immense. L’Italie n’a plus participé à une Coupe du monde depuis 2014. Après les absences de 2018 et 2022, son nouvel échec dans la course au tournoi 2026 a installé une crise qui ne peut plus être considérée comme un accident. Une génération entière de supporters italiens a grandi sans voir la Squadra Azzurra sur la plus grande scène du football mondial.
Pourquoi Mancini apparaît encore comme l’homme du dernier grand souvenir
Le choix Mancini possède une force émotionnelle évidente. Entre 2018 et 2023, il avait transformé une sélection traumatisée par son absence au Mondial russe. Son Italie jouait avec audace, pressait haut, conservait le ballon et semblait libérée du poids de son histoire. Cette reconstruction avait culminé à Wembley, en juillet 2021, avec une victoire à l’Euro contre l’Angleterre.
Sous sa direction, les Azzurri avaient également établi une série internationale de 37 matches sans défaite, un record mondial à l’époque. Mancini avait su intégrer de nouveaux joueurs, restaurer une culture collective et convaincre un pays sceptique qu’un football italien plus offensif était possible. Ces souvenirs expliquent pourquoi son nom reste puissant, malgré la fin douloureuse de son premier mandat.
Le départ de 2023 n’a jamais été complètement oublié
Le retour ne sera pourtant pas accueilli par une confiance unanime. En août 2023, Roberto Mancini avait démissionné à la surprise générale avant de devenir sélectionneur de l’Arabie saoudite quelques semaines plus tard. Cette séquence avait été vécue comme une rupture brutale par une partie du public italien, d’autant que l’équipe cherchait déjà à se stabiliser après l’échec de la qualification au Mondial 2022.
Revenir signifie donc réparer deux histoires en même temps : celle d’une sélection en crise et celle d’une relation abîmée entre Mancini et l’Italie. Les résultats pourront apaiser la polémique, mais ils ne l’effaceront pas automatiquement. Le sélectionneur devra expliquer son projet, montrer qu’il s’inscrit dans la durée et convaincre que son deuxième mandat n’est pas une simple tentative de recréer artificiellement l’été 2021.
Pirlo écarté, Maldini et Leonardo partis : les coulisses d’un chaos
La nomination intervient après une recherche de sélectionneur particulièrement agitée. Andrea Pirlo avait semblé proche du poste, mais sa candidature a été abandonnée sur fond de controverse liée à ses liens commerciaux avec une société de paris russe. Pep Guardiola avait également été approché, sans donner suite. Dans le même temps, Paolo Maldini et Leonardo, arrivés récemment pour participer à la reconstruction, ont quitté leurs fonctions.
Cette succession d’épisodes a donné l’image d’une fédération traversée par des désaccords profonds. Mancini n’arrive donc pas dans une structure calme qui lui laisserait simplement le terrain. Il rejoint une institution qui doit rétablir sa crédibilité, clarifier sa gouvernance et réduire la distance entre la sélection, les clubs et les centres de formation.
Claudio Ranieri, l’autre figure clé de l’opération sauvetage
L’arrivée annoncée de Claudio Ranieri à la direction technique donne au projet une dimension supplémentaire. À 74 ans, l’ancien entraîneur de Leicester, champion d’Angleterre contre toute attente en 2016, possède une expérience rare des vestiaires, des clubs italiens et du football international. Son calme et son autorité peuvent servir de contrepoids dans une fédération ébranlée.
La réussite du tandem dépendra cependant d’une répartition claire des pouvoirs. Mancini doit rester maître du projet sportif de la sélection, tandis que Ranieri devra penser plus largement la continuité entre les équipes de jeunes, la formation et l’équipe A. L’Italie ne se relèvera pas uniquement grâce à une nouvelle composition au prochain match. Elle doit créer davantage de joueurs prêts pour le très haut niveau et leur offrir du temps dans les clubs.
Le vrai problème italien dépasse le sélectionneur
La tentation serait de présenter Mancini comme un sauveur. Ce serait oublier que les difficultés italiennes sont structurelles. La Serie A reste un championnat prestigieux, suivi dans le monde entier et capable de produire des équipes compétitives en Europe. Mais les jeunes joueurs italiens peinent souvent à accumuler des minutes au plus haut niveau, tandis que les infrastructures, la formation technique et la gouvernance avancent à des rythmes inégaux.
Le manque d’efficacité offensive, l’instabilité autour du poste de sélectionneur et l’absence de continuité ont également fragilisé la Nazionale. Mancini connaît ces problèmes, puisqu’il avait déjà tenté d’élargir le réservoir de joueurs lors de son premier mandat. Cette fois, son défi sera d’aller plus vite sans sacrifier la cohérence. L’Euro 2028 constituera le premier grand verdict, mais le véritable horizon est la Coupe du monde 2030.
Une décision qui concerne tout le football européen
Le retour de Mancini aura des conséquences au-delà de l’Italie. Les internationaux évoluent dans les plus grands championnats européens, et chaque choix du sélectionneur influencera leur statut en club. Les joueurs de l’Inter, de la Juventus, de l’AC Milan, de Naples ou de l’Atalanta seront observés, tout comme les Italiens installés en Premier League et dans d’autres grands marchés.
Pour la France, l’Espagne, l’Allemagne et l’Angleterre, une Italie redevenue compétitive changerait immédiatement l’équilibre des prochaines compétitions. Peu de sélections possèdent une telle histoire, une telle culture tactique et une telle capacité à se transformer lorsque la pression atteint son maximum. Mais le prestige ne qualifie plus automatiquement pour les tournois : l’Italie en a payé le prix trois fois.
Mancini n’a plus le droit à la nostalgie
Le deuxième mandat de Roberto Mancini commence avec une contradiction fascinante. Il est rappelé parce qu’il incarne le dernier grand triomphe italien, mais il ne pourra réussir qu’en refusant de vivre dans ce souvenir. L’équipe de 2021 n’existe plus. Les adversaires ont évolué, les cadres ont vieilli et une nouvelle génération doit prendre le pouvoir.
Le choix de la FIGC est à la fois rassurant et risqué. Rassurant, car Mancini connaît l’environnement, le maillot et la pression. Risqué, car un retour peut facilement devenir un exercice de nostalgie ou une solution provisoire à une crise institutionnelle. Dans les prochains mois, chaque liste, chaque jeune appelé et chaque décision tactique seront interprétés comme un signal.
L’Italie a rappelé son ancien champion pour éviter que l’absence au Mondial ne devienne sa nouvelle normalité. Le défi est désormais simple à formuler et terriblement difficile à accomplir : transformer le choc de 2026 en point de départ, reconstruire une sélection crédible pour l’Euro 2028 et ramener enfin les Azzurri sur la scène mondiale en 2030. Cette fois, Roberto Mancini ne doit pas seulement gagner des matches. Il doit sauver une histoire.
Sources fiables
- FIGC — encadrement officiel de la sélection italienne, consulté le 28 juillet 2026.
- ANSA — annonce du retour de Roberto Mancini par Giovanni Malagò, 28 juillet 2026.
- Sky Sports — retour de Mancini et arrivée de Claudio Ranieri, 28 juillet 2026.
- Associated Press — Mancini rappelé après le troisième Mondial consécutif manqué par l’Italie, 28 juillet 2026.
- Le Monde — retour de Mancini dans une fédération italienne en crise, 28 juillet 2026.


