Et si l’on pouvait expliquer à Spotify que ce qu’on a écouté hier ne décrit pas forcément ce qu’on veut entendre demain ? Le 23 septembre 2026, la plateforme a annoncé l’extension de Taste Profile, en version bêta, aux abonnés Premium de 18 ans et plus aux États-Unis. La fonction, testée auparavant en Nouvelle-Zélande, montre à l’utilisateur un résumé de la manière dont Spotify interprète ses goûts. Elle lui permet ensuite d’écrire des indications pour infléchir les recommandations de sa page d’accueil. C’est un changement discret dans l’interface, mais une évolution plus profonde dans la relation entre l’auditeur et l’algorithme.
Voir ce que la plateforme croit savoir
Un service de streaming apprend des écoutes, des recherches et des habitudes qui se répètent. Le résultat peut être confortable, puis devenir étroit : une playlist lancée pour une soirée, un podcast suivi pendant quelques semaines ou un livre audio écouté par curiosité peuvent peser dans l’image que la plateforme se fait de la personne. Taste Profile rend cette image partiellement visible. D’après Spotify, elle rassemble une interprétation des préférences en musique, podcasts et livres audio, puis autorise l’auditeur à la corriger par des notes.
Cette visibilité n’est pas une fenêtre complète sur le fonctionnement du système. Spotify parle d’une présentation succincte de ses conclusions, pas de l’accès aux données, aux pondérations ni au code qui classent chaque titre. Le changement est néanmoins réel : au lieu de seulement sauter une chanson ou de chercher manuellement autre chose, l’utilisateur peut donner une direction générale à son accueil.
Une phrase pour déplacer la découverte
Les exemples fournis par l’entreprise sont variés : demander davantage de rock alternatif des années 1990, explorer une scène indépendante contemporaine, chercher des musiques adaptées à un moment de la journée ou faire apparaître davantage de podcasts d’histoire et de livres audio d’art. On peut aussi indiquer ce dont on ne veut plus. Les notes servent de « guide souple » à la page d’accueil, selon Spotify. Elles ne constituent donc pas un ordre absolu garantissant qu’un genre ou un créateur précis sera proposé à chaque ouverture de l’application.
La différence avec une playlist construite à la main est importante. Une playlist répond à une sélection de morceaux ; Taste Profile tente d’influencer l’environnement de découverte lui-même. Si la fonction tient sa promesse, l’auditeur pourrait sortir d’une boucle de recommandations trop fidèle à son passé sans repartir de zéro. Pour les artistes émergents, cela pourrait aussi créer de nouvelles occasions d’être découverts par des personnes qui expriment un intérêt explicite pour un style ou une époque. Cet effet possible reste une hypothèse, pas un résultat démontré par l’annonce.
Qui peut l’utiliser, et comment ?
Pour l’instant, Spotify limite cette bêta aux abonnés Premium âgés d’au moins 18 ans aux États-Unis et en Nouvelle-Zélande. Dans l’application mobile, les personnes éligibles doivent toucher leur photo de profil, choisir Taste Profile, lire l’interprétation proposée, puis saisir une note sous « Tell us more ». Spotify précise que les changements apparaissent généralement dans les heures qui suivent et que les notes peuvent être modifiées ou supprimées. Ne rien écrire reste une option : la fonction n’oblige pas à piloter soi-même toute sa découverte musicale.
La restriction géographique compte pour les lecteurs francophones. L’annonce du 23 septembre ne prévoit pas de disponibilité immédiate en France, en Belgique, au Canada ou dans les pays africains. Elle ne donne pas non plus de calendrier mondial. Présenter Taste Profile comme accessible partout confondrait lancement américain et déploiement global. Le test néo-zélandais avait été annoncé en mars ; l’étape américaine élargit l’expérience, sans en faire encore une fonction universelle.
Un contrôle supplémentaire, pas le premier
Spotify permettait déjà d’exclure certains titres ou certaines playlists de son profil de goût. Le 15 septembre, la société a aussi annoncé un interrupteur permettant de retirer les musiques pour enfants et familles de l’influence exercée sur les recommandations. Ce dernier outil répond à un problème fréquent : partager un appareil ou une écoute familiale ne signifie pas que les chansons jouées pour un enfant doivent déterminer les suggestions adressées à l’adulte. Taste Profile va plus loin en autorisant une intention positive, formulée en langage courant, plutôt qu’une seule exclusion.
Ces outils soulèvent une question de fond : qui décide de ce qu’est un goût personnel ? Les historiques d’écoute racontent des comportements, pas nécessairement des préférences durables. On écoute parfois pour travailler, apprendre, accompagner quelqu’un ou simplement essayer. En permettant d’ajouter du contexte, Spotify reconnaît implicitement la limite d’une identité calculée uniquement à partir des clics. Mais ce contexte passe encore par les catégories et les objectifs que la plateforme sait interpréter.
La personnalisation devient une négociation
Du point de vue économique, la qualité des recommandations aide un service à retenir ses abonnés et à augmenter le temps passé dans son application. Donner davantage de contrôle peut donc servir à la fois l’intérêt de l’auditeur et celui de Spotify. L’équilibre se jugera dans l’expérience réelle : les notes modifient-elles utilement l’accueil, ouvrent-elles la découverte, et restent-elles assez simples à gérer ? La société ne fournit pas encore, dans cette annonce, de données indépendantes sur ces effets.
La nouveauté n’est pas que Spotify personnalise la musique : il le fait depuis longtemps. C’est qu’il demande désormais, à une partie de ses abonnés, de participer plus explicitement à cette personnalisation. Pour l’instant, Taste Profile est une bêta réservée à deux marchés et à des adultes Premium. Son intérêt est de rendre les recommandations un peu moins mystérieuses et un peu plus discutables. Sa véritable réussite dépendra de ce que l’auditeur constatera après avoir dit à l’application, avec ses propres mots, ce qu’il veut découvrir.
Sources
- Spotify, annonce du 23 septembre 2026 sur Taste Profile : fonctionnement, marchés et conditions d’accès.
- Spotify, lancement de la bêta en Nouvelle-Zélande en mars 2026 : origine du test.
- Spotify, annonce du 15 septembre 2026 : contrôle des musiques pour enfants et familles dans le profil de goût.
