Site icon B-empire magazine

Batoumi : le cinéma d’auteur prépare sa relève

Photo : Formaloi/Wikimedia CommonsCC BY-SA 4.0. Image cropped by B-Empire Magazine.

Un festival de cinéma ne se limite pas aux films que le public voit cette semaine. À Batoumi, en Géorgie, le Batumi International Art-House Film Festival (BIAFF) tient sa vingtième édition du 19 au 26 septembre 2026. La manifestation annonce une compétition internationale de dix longs métrages, des courts, des programmes patrimoniaux et des rendez-vous professionnels. Son intérêt tient à cet ensemble : montrer des œuvres achevées tout en aidant d’autres films à passer de l’idée au tournage. L’anniversaire offre ainsi un observatoire du cinéma d’auteur dans une région qui cherche à élargir ses réseaux.

Dix films pour une compétition, plusieurs manières de raconter

Le BIAFF présente dix films dans sa compétition internationale de longs métrages. Dans son annonce, il insiste sur la diversité des générations, des pays et des langages cinématographiques. Il évoque des récits intimes aussi bien que des réalités sociales, autour de l’identité, de la famille, de l’appartenance et de la mémoire. Ce vocabulaire reste celui du festival, pas un jugement critique porté sur chaque film. Ce que l’on peut vérifier aujourd’hui est la structure du programme ; les prix et les réactions du public ne sont pas encore connus.

La sélection générale publiée sur le site rassemble aussi des titres comme All of a Sudden (Soudain) de Ryusuke Hamaguchi, Fjord de Cristian Mungiu et Filipiñana de Rafael Manuel. Ces exemples signalent l’ambition internationale de la manifestation, mais ils ne doivent pas être confondus automatiquement avec la liste des dix films en compétition : le site répartit ses œuvres entre plusieurs sections. L’enjeu pour un spectateur est précisément de naviguer entre découvertes, cinéastes établis et propositions de formats différents, sans réduire le festival à un seul palmarès à venir.

Le présent face à la mémoire des images

La programmation 2026 comprend une collection de films de cinéastes reconnus, une compétition de courts métrages, des séances spéciales, une section consacrée à la musique au cinéma et deux volets portant sur le patrimoine filmique et les classiques de l’animation géorgienne. La présence de ces derniers est importante. Un festival international peut servir de fenêtre vers le monde, mais aussi donner aux publics locaux l’occasion de revoir leurs propres images sur grand écran. Dans les deux cas, l’expérience dépend d’un contexte : présenter, discuter et situer les films permet de faire plus qu’enchaîner des séances.

Le BIAFF revendique une histoire commencée en 2006. Vingt éditions plus tard, sa place dans la vie culturelle de Batoumi ne se mesure pas seulement au nombre de titres projetés. Les rencontres entre réalisateurs, critiques et spectateurs créent un espace où des cinémas de provenances différentes peuvent être comparés sans être ramenés à une formule commerciale unique. Il serait exagéré d’y voir une solution aux difficultés de distribution du cinéma indépendant. Le festival offre néanmoins un moment de visibilité et de conversation que beaucoup de films peinent à obtenir autrement.

Alternative Wave : huit films encore à inventer

Le versant professionnel est plus discret que les projections, mais il dit beaucoup de la stratégie du festival. Créée en 2015, la plateforme Alternative Wave accompagne des projets de films en développement, notamment de Géorgie et de la région de la mer Noire. Son programme 2026 annonce huit équipes sélectionnées, appelées à travailler à partir du 22 septembre au Radisson Batumi. Leurs séances doivent porter sur l’écriture, la présentation du projet, le financement international et les stratégies de production avant une présentation à des professionnels.

La difficulté à laquelle répond cette plateforme est concrète : une idée originale ne devient pas un film parce qu’elle a été remarquée dans une salle. Elle a besoin d’un scénario abouti, d’un budget, de partenaires, parfois d’une coproduction, puis d’une stratégie de circulation. Le BIAFF décrit des ateliers collectifs, des consultations individuelles et un travail sur les matériaux de présentation. Aucun financement obtenu pour les huit projets de 2026 n’est annoncé à ce stade ; leur sélection signifie un accompagnement, non une garantie de tournage.

Le festival comme infrastructure culturelle

Cette articulation entre public et industrie permet de voir le festival comme une petite infrastructure. Les salles donnent accès aux films terminés ; les rencontres professionnelles ouvrent des possibilités pour ceux qui ne le sont pas encore. Les deux dimensions se nourrissent. Un cinéaste peut mesurer la réaction d’un public, rencontrer un futur partenaire et découvrir la manière dont d’autres racontent une histoire. Pour une ville, cela crée de l’activité culturelle au-delà d’un événement isolé, même si la durée réelle de ces effets demande à être évaluée plutôt que présumée.

Ce que l’édition 2026 laissera derrière elle n’est pas encore écrit. Il faudra voir quels films trouveront une autre vie après Batoumi, quels projets d’Alternative Wave avanceront effectivement et si les archives locales toucheront de nouveaux publics. Pour B-EMPIRE, cette vingtième édition rappelle une vérité simple : le cinéma d’auteur a besoin d’écrans, mais aussi de temps, d’échanges et de moyens de fabrication. Un festival utile ne célèbre pas seulement des œuvres déjà prêtes ; il aide à rendre possibles celles qui manquent encore.

Sources

Quitter la version mobile