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Werner Herzog à Saint-Sébastien : une carrière honorée, un film à découvrir

Un hommage à une carrière peut aussi servir de porte d’entrée vers une oeuvre qui n’est pas encore entrée dans l’histoire. Le 18 septembre 2026, Werner Herzog a reçu le prix Donostia lors de la soirée d’ouverture du 74e Festival de Saint-Sébastien. Le cinéaste allemand y a également présenté Bucking Fastard, son nouveau long métrage. Le festival court jusqu’au 26 septembre et annonce 263 films issus de 47 pays. Dans ce vaste programme, l’association d’une distinction honorifique et d’une projection récente pose une question simple : comment regarder le film de maintenant sans le laisser disparaître derrière la réputation de son auteur ?

Le prix Donostia, reconnaissance d’un parcours

Le communiqué du festival confirme que Herzog a reçu le premier prix Donostia de cette édition, au Kursaal, pendant la cérémonie inaugurale. Cette récompense distingue une carrière ; elle ne constitue pas un verdict sur Bucking Fastard. La nuance est essentielle. Les prix d’honneur résument parfois des décennies de travail dans une image ou dans une poignée de titres célèbres. Ils rappellent la place d’un artiste dans le cinéma mondial, mais peuvent aussi faire écran à ce qu’il tente aujourd’hui. Associer le film à la remise du prix permet au public de confronter l’hommage à une proposition concrète.

Selon la présentation officielle, Herzog a travaillé pendant six décennies et signé environ 80 films. Les paysages extrêmes, les figures obstinées et la frontière mouvante entre documentaire et fiction traversent souvent les commentaires consacrés à son oeuvre. Pourtant, une filmographie de cette ampleur ne se réduit pas à une formule. Un festival qui accueille le cinéaste vivant plutôt que sa seule légende offre la possibilité de voir des continuités, des écarts et peut-être des surprises. La projection d’un nouveau titre n’est donc pas un supplément décoratif à la cérémonie : elle met à l’épreuve le récit que le prix construit.

Deux soeurs au coeur de Bucking Fastard

La fiche du festival présente Jean et Joan Holbrooke, deux soeurs si proches qu’elles parlent à l’unisson, aiment le même homme et partagent leurs rêves. Le récit s’intéresse aussi à la façon dont le monde réagit à leur lien, notamment à travers les tribunaux, la presse et ceux qui souhaitent les aider ou profiter d’elles. C’est une prémisse singulière, pas une invitation à diagnostiquer les personnages depuis un synopsis. Le public doit encore découvrir comment Herzog filme cette relation et quelle place il laisse au regard des deux femmes dans une histoire que les autres tentent d’interpréter.

La production est indiquée comme américaine et irlandaise, pour une durée de 109 minutes. Rooney Mara et Kate Mara figurent dans la distribution aux côtés d’Orlando Bloom et de Domhnall Gleeson. Ces informations situent l’objet présenté à Saint-Sébastien, mais elles ne suffisent pas à le classer. Le titre, l’étrangeté du duo et le regard extérieur exercé sur les soeurs pourraient nourrir des lectures très différentes. La prudence éditoriale consiste à rapporter ce que le festival annonce, puis à laisser au film lui-même la charge de démontrer ce qu’il fait de cette matière.

Une ouverture dans un festival plus large

Saint-Sébastien n’est pas seulement le décor d’un prix de carrière. Sa 74e édition programme, d’après son communiqué, des films venus de 47 pays et se déroule pendant neuf jours. Le film d’ouverture en compétition est Geister / Ghost Song de Fatih Akin, tandis que Bucking Fastard figure dans les projections liées au prix Donostia. Confondre ces deux statuts ferait perdre la diversité de la programmation. Une cérémonie attire les projecteurs ; les sections du festival racontent une autre histoire, faite de films en compétition, de nouvelles voix et de conversations professionnelles qui se poursuivent après le tapis rouge.

Le festival signale également que sa soirée d’ouverture a porté une défense des droits humains et de la liberté d’expression. Cette dimension publique rappelle que les festivals ne sont pas de simples machines à distribuer des images ou des récompenses. Ils sont des lieux où des artistes, des spectateurs et des institutions choisissent ce qu’ils rendent visible. Il serait excessif de faire de chaque film une réponse directe aux déclarations d’une cérémonie. Mais le contexte change la manière dont une projection est reçue, surtout lorsqu’un auteur aussi reconnu que Herzog partage l’affiche avec des oeuvres moins familières au grand public.

Regarder le présent, pas seulement le palmarès

Un prix honorifique peut ouvrir la curiosité plutôt que refermer un jugement. Il invite à revisiter les anciens films, mais aussi à évaluer les nouveaux sans leur demander de reproduire un mythe. Pour Bucking Fastard, l’enjeu sera de savoir si le point de vue sur les deux soeurs résiste au poids de la signature de son réalisateur. Les interprètes, le montage, le son et la construction du récit compteront davantage que les étiquettes déjà accolées à la carrière du cinéaste. Le festival fournit un cadre de découverte ; il n’offre pas à lui seul une critique achevée.

Pour B-EMPIRE, l’actualité de Saint-Sébastien tient dans cette coexistence du passé et du présent. Herzog reçoit un hommage mérité par la durée de son travail, tandis que son nouveau film doit encore rencontrer des publics et des lectures qui lui soient propres. Les faits confirmés sont la remise du Donostia, la projection et le cadre du festival. La réception durable de Bucking Fastard reste ouverte. C’est précisément ce qui rend la nouvelle intéressante : une carrière consacrée ne met pas fin à la possibilité d’être surpris par un film, ni au droit de le discuter librement.

Sources

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