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dimanche 20 septembre 2026

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La bola negra, de Cannes au vote du public à Toronto

Le film de Javier Calvo et Javier Ambrossi remporte le prix du public du TIFF 2026, après un prix de mise en scène à Cannes et sa désignation pour représenter l'Espagne aux Oscars.


Santhia Antoine
Santhia Antoine
Rédactrice en chef de B-Empire Magazine, Santhia Antoine
septembre 20, 2026  ·  5 min de lecture
La bola negra, de Cannes au vote du public à Toronto
B-EMPIRE Magazine

Un prix décerné par les spectateurs change la nature d’un parcours de festival. Le 20 septembre 2026, La bola negra, réalisé par Javier Calvo et Javier Ambrossi, a remporté le People’s Choice Award du Festival international du film de Toronto, selon l’Associated Press. Le film espagnol avait déjà reçu, en mai, le prix de la mise en scène ex aequo à Cannes. Entre l’appréciation d’un jury et le vote d’un public, il franchit deux épreuves différentes. Cela ne préjuge pas des prix à venir, mais montre que son histoire circule au-delà du cercle de ceux qui l’ont distinguée sur la Croisette.

Un film, trois vies et plusieurs époques

La présentation officielle du Festival de Cannes décrit trois hommes dont les destins sont reliés à travers trois périodes. Désir, sexualité, douleur et héritage composent le tissu de cette histoire, construite autour d’une oeuvre inachevée de Federico García Lorca. Le synopsis ne promet donc pas une biographie linéaire du poète, mais une circulation entre des vies et des temps. Cette différence compte : le nom de Lorca n’est pas seulement une caution culturelle, il devient une manière d’interroger ce qui se transmet, ce qui demeure tu et ce qui peut enfin être raconté.

Javier Calvo et Javier Ambrossi, connus ensemble sous le nom de Los Javis, signent la réalisation et le scénario, auquel participe également Alberto Conejero, d’après les crédits cannois. Un tel dispositif pourrait rester enfermé dans ses références littéraires. Le prix torontois suggère au contraire que des spectateurs ont trouvé une porte d’entrée dans l’émotion et les personnages. Il ne dit pas pourquoi chacun a voté, ni comment le film sera reçu lors de sa sortie. Il indique simplement qu’une proposition exigeante peut rencontrer une audience nombreuse dans le cadre particulier d’un festival.

Ce que changent Cannes et Toronto

À Cannes, le prix de la mise en scène a été partagé avec Paweł Pawlikowski pour Fatherland, précise le palmarès officiel du festival. Cette distinction porte sur le travail des cinéastes, non sur un classement général du film devant tous les autres. À Toronto, le prix du public relève d’une autre logique : il traduit un choix de festivaliers. Additionner ces deux distinctions dans une formule triomphale serait facile, mais trompeur. Leur intérêt tient précisément à leur différence : l’une reconnaît une démarche de cinéma, l’autre mesure un accueil dans une salle et une ville différentes.

Les récompenses de festival servent aussi de passeports médiatiques. Elles facilitent les conversations avec les distributeurs, les salles et les publics qui n’ont pas encore vu le film. Elles ne remplacent pourtant ni une sortie accessible ni un débat critique sur l’oeuvre elle-même. Pour une histoire queer ancrée dans la mémoire espagnole, la question dépasse les trophées : quelles traductions, quelles séances et quelles discussions permettront aux spectateurs éloignés de Cannes et de Toronto de la rencontrer sans devoir se fier seulement au prestige de ses prix ?

La candidature espagnole n’est pas une nomination

Le 16 septembre, l’Académie espagnole du cinéma a choisi La bola negra pour représenter l’Espagne dans la course à l’Oscar du meilleur film international lors de la 99e cérémonie. Cette décision nationale est une étape importante, mais elle ne signifie pas que l’Académie américaine l’a déjà retenu parmi les nommés. La nuance est indispensable au moment où le prix torontois attire une attention nouvelle. Un candidat présenté par son pays doit encore franchir les étapes de sélection propres aux Oscars ; aucun résultat de ces étapes n’est acquis à ce jour.

L’enchaînement des dates explique néanmoins pourquoi le film concentre les regards : Cannes en mai, choix de l’Académie espagnole le 16 septembre, puis vote du public à Toronto le 20 septembre. Ce calendrier dessine une campagne internationale avant même que la trajectoire commerciale du film soit pleinement visible. Il offre à Los Javis plusieurs façons de présenter leur travail, de la reconnaissance artistique à l’adhésion des spectateurs. Mais la visibilité d’une campagne n’est pas une mesure de l’expérience vécue par tous les futurs publics, encore moins une garantie de palmarès.

Raconter la mémoire sans la réduire à un symbole

La fiche du ministère espagnol de la Culture présente le film comme une coproduction Espagne-France et rappelle la structure de trois vies liées. Cette dimension transfrontalière aide à comprendre sa circulation, sans effacer son point d’ancrage dans l’histoire culturelle espagnole. Lorca, l’oeuvre inachevée et les personnages ne sont pas interchangeables. Le film peut susciter des lectures sur l’intimité, le silence et la transmission, mais il faudra regarder ses choix de mise en scène pour juger ce qu’il accomplit réellement. Le synopsis et les prix ouvrent une discussion ; ils ne la terminent pas.

Pour B-EMPIRE, la nouvelle n’est pas seulement celle d’un favori potentiel aux Oscars. Elle raconte la façon dont un récit situé peut voyager entre festivals et trouver des interlocuteurs différents sans perdre ses tensions. Le prix du public de Toronto atteste un accueil dans ce contexte précis ; il ne transforme pas automatiquement le film en succès universel. La prochaine étape sera de suivre sa diffusion, les critiques et les conversations qu’il suscitera. Une oeuvre gagne en portée lorsque le regard des spectateurs reste aussi libre que les interprétations qu’elle rend possibles.

Sources

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