Une mer de lumières, des drones au-dessus de la foule et une fontaine musicale annoncée comme la plus haute du monde : l’Ouzbékistan n’a pas seulement célébré ses 35 ans d’indépendance, il a voulu projeter une image de puissance nouvelle. À Nouvelle Tachkent, le spectacle organisé autour de l’anniversaire national a transformé une cérémonie politique en carte postale mondiale. Derrière les jets d’eau et la musique, le message est limpide : ce pays d’Asie centrale veut désormais être regardé comme un centre d’investissement, de culture et d’innovation.
Les images relayées le 30 août par Euronews montrent la dimension visuelle de l’événement, entre chorégraphies lumineuses, scène monumentale et célébration populaire. Deux jours plus tôt, la présidence ouzbèke avait confirmé que la cérémonie des 35 ans se tenait dans la ville nouvelle développée à l’est de la capitale. Le choix du lieu n’est pas décoratif : Nouvelle Tachkent est appelée à incarner le prochain chapitre du pays.
Une célébration pensée pour impressionner le monde
Depuis son indépendance proclamée en 1991, l’Ouzbékistan a traversé une transformation profonde. Pour ce 35e anniversaire, les autorités ont choisi une mise en scène spectaculaire capable de voyager instantanément sur les réseaux sociaux. La fête mêle symboles nationaux, mémoire historique, danse, musique, technologies visuelles et récit de modernisation. Cette combinaison donne au pays un contenu idéal pour une nouvelle diplomatie de l’image.
Le détail le plus viral est la fontaine musicale inaugurée dans la nouvelle capitale. Dans son discours officiel, le président Shavkat Mirziyoyev a affirmé qu’elle avait rejoint le Guinness World Records comme la plus haute fontaine musicale du monde. Cette annonce doit être attribuée clairement aux autorités ouzbèkes tant que la fiche détaillée du record n’est pas publiquement accessible. Mais sa fonction symbolique est déjà évidente : créer un monument immédiatement reconnaissable, capable de devenir une destination touristique et une signature visuelle.
Nouvelle Tachkent, bien plus qu’un décor
Organiser la cérémonie à Nouvelle Tachkent permet de montrer un projet avant même qu’il soit achevé. Le futur quartier doit accueillir des institutions, des logements, des infrastructures culturelles et des pôles d’enseignement. Quelques jours avant l’anniversaire, la présidence a annoncé l’ouverture de nouveaux équipements majeurs, dont le complexe de New Uzbekistan University et une Bibliothèque nationale moderne.
L’université a été construite sur un site de dix hectares et doit pouvoir accueillir 7 000 étudiants. Les autorités annoncent aussi une coopération avec Harvard pour une école destinée aux recteurs, un pôle avec Oxford pour la formation des fonctionnaires et l’ouverture d’un Institut d’intelligence artificielle le 1er octobre. La nouvelle bibliothèque, sur 30 000 mètres carrés et cinq étages, dispose d’une capacité simultanée de 1 500 lecteurs et d’un fonds de plus de 200 000 ouvrages.
Ces chiffres expliquent pourquoi l’anniversaire dépasse la simple commémoration. L’Ouzbékistan utilise la date pour présenter une infrastructure intellectuelle, administrative et culturelle. Le pays veut convaincre sa jeunesse qu’un avenir est en construction, mais aussi signaler aux investisseurs étrangers que Tachkent ambitionne de devenir une plateforme régionale.
Les chiffres d’une accélération économique
Le récit officiel est appuyé par une vague d’inaugurations. Le 25 août, la présidence a annoncé la mise en service de 163 installations industrielles, de services et sociales. Soixante-douze grands projets économiques et 91 équipements sociaux représentent environ 50 000 milliards de soums et doivent créer 15 000 emplois. Les secteurs concernés vont de l’énergie au textile, en passant par la métallurgie, l’automobile, l’agroalimentaire et les matériaux de construction.
Le gouvernement affirme que l’économie a été multipliée par plus de 2,5 en dix ans, que 160 milliards de dollars d’investissements étrangers ont été attirés et que 2 163 grands projets industriels, évalués à 76 milliards de dollars, ont été lancés. Ces données proviennent de la présidence et doivent donc être lues comme les indicateurs mis en avant par le pouvoir. Elles donnent néanmoins l’échelle de l’ambition : passer d’une économie exportatrice de matières premières à une base capable de vendre des produits transformés et des services.
Pourquoi l’Asie centrale attire soudainement davantage
L’Ouzbékistan occupe une position stratégique entre la Chine, la Russie, l’Afghanistan, le Kazakhstan, le Turkménistan, le Kirghizistan et le Tadjikistan. Dans un monde où les routes commerciales se fragmentent, l’Asie centrale redevient un corridor convoité. Les entreprises cherchent des voies logistiques alternatives, des marchés jeunes et des territoires capables d’accueillir de nouvelles capacités énergétiques et industrielles.
Le pays dispose aussi d’un capital culturel considérable. Samarcande, Boukhara et Khiva appartiennent depuis longtemps à l’imaginaire de la Route de la soie. Tachkent tente maintenant d’ajouter une dimension contemporaine à cet héritage. La stratégie consiste à ne plus vendre seulement les monuments anciens, mais une expérience complète : architecture neuve, événements internationaux, gastronomie, mode, musique, enseignement et économie créative.
Un spectacle, mais aussi une bataille d’image
Les grands spectacles nationaux ne sont jamais neutres. Ils montrent ce qu’un État veut mettre au premier plan et ce qu’il préfère laisser hors champ. Ici, la communication insiste sur l’ouverture, les investissements, la jeunesse et la renaissance culturelle. Elle sert à repositionner un pays encore mal connu d’une grande partie du public européen.
Pour rester crédible, il faut distinguer la puissance des images et la réalité quotidienne. Une fontaine record ne résume ni le développement social ni les défis politiques d’un pays. Mais elle peut devenir un point d’entrée. Les visiteurs qui découvrent le spectacle chercheront ensuite Nouvelle Tachkent, l’économie ouzbèke, ses villes historiques et son rôle régional. C’est exactement l’objectif d’un symbole réussi : provoquer la curiosité avant de construire une réputation.
Ce que la France et l’Europe peuvent y voir
Pour la France et l’Europe, l’événement rappelle que la compétition d’influence ne se limite plus aux capitales habituelles. L’Asie centrale recherche des partenariats dans l’éducation, les infrastructures, les transports, l’énergie, le tourisme et la culture. Les institutions européennes et les entreprises françaises disposent d’expertises dans plusieurs de ces domaines, mais elles évoluent face à des acteurs chinois, turcs, russes, sud-coréens et du Golfe déjà très présents.
Il existe également un potentiel culturel direct. Expositions, coproductions audiovisuelles, festivals, architecture, patrimoine et échanges universitaires peuvent donner une profondeur humaine aux relations économiques. À l’heure où Paris cherche à diversifier ses partenariats et où Tachkent veut multiplier ses portes vers l’extérieur, le terrain est plus large qu’un simple contrat commercial.
Le signal que personne ne peut ignorer
Les 35 ans d’indépendance de l’Ouzbékistan arrivent donc comme un message soigneusement chorégraphié. Le pays célèbre son histoire, mais choisit de placer les caméras dans une ville tournée vers demain. La fontaine, les drones et les lumières attirent l’attention ; les universités, les bibliothèques, les projets industriels et les investissements donnent de la substance au récit.
Le pari sera jugé sur la durée : capacité à créer des emplois qualifiés, à attirer les talents, à protéger le patrimoine et à faire bénéficier la population de cette croissance. Mais sur le terrain de l’image, l’Ouzbékistan vient déjà de réussir une opération puissante. En une nuit, Nouvelle Tachkent n’était plus seulement un chantier urbain. Elle est devenue la scène sur laquelle l’Asie centrale demande au monde de la regarder autrement.
Sources
- Euronews, images des célébrations, de la musique, des lumières et des drones, 30 août 2026.
- Présidence de l’Ouzbékistan, cérémonie des 35 ans à Nouvelle Tachkent et annonce concernant la fontaine, 28 août 2026.
- Présidence de l’Ouzbékistan, 163 nouveaux équipements et données sur les investissements, l’université et la bibliothèque, 25 août 2026.
- Présidence de l’Ouzbékistan, hommage au Monument de l’Indépendance, 28 août 2026.

