La France ne regarde plus seulement l’espace : ce mardi 1er septembre 2026, l’une de ses astronautes y prend les commandes. Sophie Adenot doit quitter la Station spatiale internationale aux côtés de l’Américaine Jessica Meir pour une sortie extravéhiculaire d’environ six heures et trente minutes. Ce sera sa troisième EVA en trois semaines, mais surtout la première au cours de laquelle elle occupera le rôle de membre numéro un, ou EV1. Reconnaissable aux rayures rouges de sa combinaison, elle portera la responsabilité opérationnelle principale du duo.
Le rendez-vous est prévu vers 14 h 30, heure de Paris, avec une retransmission intégrale proposée par l’Agence spatiale européenne. Derrière l’image spectaculaire de deux silhouettes suspendues au-dessus de la Terre, la mission répond à des besoins très concrets : sécuriser les rendez-vous des vaisseaux, moderniser les échanges de données, préparer une future maintenance scientifique et remplacer une caméra extérieure. Cette sortie raconte donc à la fois l’ascension rapide de Sophie Adenot et le travail permanent nécessaire pour maintenir l’ISS en état de fonctionnement.
Une troisième sortie spatiale, mais un rôle totalement nouveau
Sophie Adenot a effectué sa première sortie extravéhiculaire le 18 août avec l’astronaute de la NASA Anil Menon. Cette opération, longue de six heures et vingt-trois minutes, avait fait d’elle la première femme française à travailler dans le vide spatial. Le duo avait retiré une antenne de communication défaillante, malgré des boulons et des connecteurs particulièrement difficiles à manipuler.
Une semaine plus tard, le 25 août, Adenot et Menon étaient ressortis pour installer et activer l’antenne de remplacement. La liaison à haut débit entre la station et les équipes au sol retrouvait ainsi sa redondance. En seulement quelques jours, l’astronaute française est passée de la découverte de l’environnement extérieur à une expérience opérationnelle rare. La sortie du 1er septembre prolonge cette séquence, mais elle change de dimension avec son affectation comme EV1.
Le membre numéro un n’est pas un titre honorifique. Il s’agit de la personne identifiée comme responsable principale de la sortie, en coordination constante avec le centre de contrôle. La préparation est millimétrée : vérification des combinaisons, organisation des outils, contrôle des attaches et répétition des gestes à l’aide de simulations en trois dimensions. Dans le vide, chaque mouvement doit être anticipé, car une opération simple sur Terre devient une chorégraphie lente avec des gants pressurisés et une visibilité limitée.
Ce que Sophie Adenot et Jessica Meir doivent réparer
La tâche principale consiste à remplacer un rétroréflecteur installé sur le port avant du module Harmony. Ce dispositif renvoie un signal lumineux vers sa source et sert d’aide à la navigation lors des manœuvres de rendez-vous et d’amarrage. Il participe à la précision des approches de vaisseaux qui transportent équipages, expériences et ravitaillement vers le complexe orbital.
Les deux astronautes doivent également installer des câbles pour des systèmes de relais de données. Elles prépareront ensuite le radiateur du spectromètre magnétique Alpha, plus connu sous le nom d’AMS, en vue d’une future intervention. Cet instrument fixé à l’extérieur de l’ISS analyse les rayons cosmiques afin d’aider les scientifiques à mieux comprendre la matière noire, l’antimatière et la structure de l’Univers.
Enfin, Adenot et Meir remplaceront une caméra haute définition sur la poutre de la station. Ces caméras ne produisent pas seulement des images destinées au public. Elles offrent aux contrôleurs et aux équipages un regard indispensable sur l’état des équipements extérieurs, les mouvements robotisés et certaines phases d’approche. La mission relie ainsi navigation, science, communications et surveillance technique.
Jessica Meir, une partenaire parmi les plus expérimentées
Pour cette EVA-99 américaine, Sophie Adenot sera accompagnée de Jessica Meir, commandante de la station et vétérane des sorties extravéhiculaires. Il s’agira de la septième EVA de l’astronaute de la NASA. Meir avait notamment participé en 2019 à la première sortie spatiale entièrement féminine de l’histoire avec Christina Koch.
La composition du duo donne une portée supplémentaire à l’événement. Une Américaine très expérimentée et une Française en pleine montée en responsabilité travailleront ensemble sur une infrastructure internationale. L’ISS reste l’un des rares lieux où la coopération scientifique et technique entre pays se traduit quotidiennement par des décisions prises à plusieurs centaines de kilomètres au-dessus des frontières.
Pourquoi cette mission compte pour la France et l’Europe
La mission Epsilon de Sophie Adenot marque le premier vol orbital d’un astronaute français depuis la mission Alpha de Thomas Pesquet. Son décollage en février 2026 avait déjà placé la recherche française et européenne au premier plan. À bord, elle mène des expériences préparées avec l’ESA et le CNES, notamment avec le CADMOS de Toulouse, qui accompagne les opérations scientifiques en micropesanteur.
Sa progression pendant l’été envoie aussi un signal sur la place des astronautes européens dans les opérations les plus exigeantes. Participer à une EVA suppose des années d’entraînement, une excellente maîtrise des systèmes et la capacité de gérer des imprévus sans perdre le fil de la procédure. En confiant le rôle EV1 à Adenot, les partenaires de la station valident bien davantage qu’une performance médiatique : ils lui accordent une responsabilité technique de premier ordre.
Cette expérience sera précieuse pour les futures missions habitées. Alors que l’exploration se prépare à retourner durablement autour et sur la Lune, les compétences acquises sur l’ISS restent un laboratoire irremplaçable. Entretenir un équipement à l’extérieur, communiquer avec le sol, économiser ses efforts et adapter un plan en temps réel sont exactement les savoir-faire dont les équipages auront besoin plus loin de la Terre.
Un direct à suivre comme un événement mondial
Le CNES annonce un début de sortie vers 14 h 30, heure française, pour une durée prévisionnelle de six heures et trente minutes. L’ESA diffusera l’opération sur sa Web TV et sa chaîne YouTube. Comme toujours dans le spatial, l’horaire et le déroulement peuvent évoluer selon les vérifications techniques, l’état des combinaisons ou les contraintes opérationnelles de la station.
Le spectacle sera saisissant, mais l’enjeu se trouve dans les détails : un câble fixé au bon endroit, une caméra remise en service, un réflecteur capable de guider les prochains véhicules. La force de cette troisième sortie réside précisément dans ce contraste. Le monde verra une Française flotter au-dessus de la planète; les équipes, elles, suivront une professionnelle devenue en quelques semaines l’une des figures centrales de la maintenance orbitale.
Le cap que personne ne peut ignorer
Sophie Adenot ne signe pas seulement un nouvel épisode personnel. Elle installe l’Europe dans le récit contemporain du vol habité et donne à la rentrée française une image de compétence, de préparation et d’ambition scientifique. Trois sorties extravéhiculaires en trois semaines constituent déjà un rythme remarquable. Prendre le rôle principal lors de la troisième transforme cette série en véritable passage de témoin.
Si la mission se déroule comme prévu, le 1er septembre 2026 restera comme le jour où Sophie Adenot n’a plus seulement franchi le sas de l’ISS : elle a dirigé le travail dans le vide. Une étape spectaculaire, mais surtout crédible, concrète et utile, à l’image de ce que l’exploration spatiale produit de plus puissant.

