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lundi 21 septembre 2026

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Busan construit la grande place publique du cinéma asiatique

La billetterie du 31e Festival de Busan ouvre avec 315 films, un marché de projets et des hommages à Michelle Yeoh, Ann Hui et Kim Dong-ho. Une architecture complète pour faire circuler le cinéma asiatique.


Santhia Antoine
Santhia Antoine
Rédactrice en chef de B-Empire Magazine, Santhia Antoine
septembre 21, 2026  ·  6 min de lecture
Busan construit la grande place publique du cinéma asiatique
B-EMPIRE Magazine

À Busan, la billetterie ouverte ce 21 septembre vend plus que des places : elle donne accès à une cartographie du cinéma asiatique contemporain. La 31e édition du Busan International Film Festival se tiendra du 6 au 15 octobre avec 315 films au total, dont 246 sélections officielles venues de 59 pays et 69 œuvres présentées dans le cadre de Community BIFF.

Le festival annonce 105 premières mondiales ou internationales, 31 écrans répartis dans huit cinémas et sa programmation officielle la plus vaste depuis 2019. Cette ampleur ne vaut pas seulement par le nombre. Busan assemble dans une même ville découverte de nouveaux auteurs, grands films internationaux, séries, patrimoine, rencontres avec les acteurs et marché professionnel. Sa véritable force est cette continuité entre public, artistes et industrie.

Une porte d’entrée, pas une simple vitrine

La compétition, créée en 2025, entre dans sa deuxième année avec des films de Corée, du Japon, de Chine, de Taïwan, d’Iran, d’Ouzbékistan et d’Indonésie. La section Vision complète ce travail avec 23 productions indépendantes, douze coréennes et onze issues d’autres territoires asiatiques. Les nombreux prix associés donnent à ces films plusieurs voies de reconnaissance auprès des critiques, des réseaux professionnels et du public.

Pour un jeune cinéaste, être sélectionné ne garantit ni distribution ni prochain financement. Mais Busan réduit la distance entre la première projection et les conversations qui peuvent prolonger la vie d’une œuvre. Le 21e Asian Contents & Film Market, organisé du 10 au 13 octobre, mettra notamment en circulation 25 propriétés intellectuelles venues de Corée, du Japon, de Taïwan et d’Indonésie au sein du Busan Story Market.

Cette approche reconnaît que le cinéma commence souvent avant le scénario final. Un roman, une bande dessinée, un concept ou une histoire locale peut devenir film, série ou coproduction si les bons partenaires se rencontrent. Le marché ne remplace pas le geste artistique ; il construit les conditions économiques qui lui permettent de changer d’échelle.

Michelle Yeoh, une carrière entre plusieurs centres

Le prix Asian Filmmaker of the Year sera remis à Michelle Yeoh lors de la cérémonie d’ouverture. Le choix résume la vocation transnationale de Busan. Née en Malaisie, révélée par le cinéma d’action hongkongais, devenue une star mondiale puis la première femme asiatique récompensée par l’Oscar de la meilleure actrice, Yeoh a construit une carrière qui ne se laisse enfermer dans aucun marché unique.

Le festival ne se contente pas d’un trophée. Une programmation spéciale réunit trois films choisis par l’actrice, Reign of Assassins, Everything Everywhere All at Once et Sandiwara, ainsi que son nouveau long métrage It’s My Time. Cette sélection permet de regarder une trajectoire, ses transformations et les différents imaginaires industriels qu’elle traverse.

Ann Hui et la mémoire active du cinéma

La réalisatrice hongkongaise Ann Hui recevra le Camellia Award, créé par le festival avec Chanel pour distinguer les contributions à la place des femmes dans le cinéma. Depuis The Secret en 1979, Hui a réalisé 27 longs métrages de fiction et deux documentaires, devenant une figure déterminante de la Nouvelle Vague hongkongaise.

Cette récompense rend visible une œuvre, mais aussi un enjeu de transmission. Les carrières des pionnières risquent trop souvent d’être célébrées sans que leurs films restent accessibles, restaurés et enseignés. En associant distinction, présence de l’artiste et rencontre avec le public, un festival peut transformer l’hommage en circulation réelle.

Honorer celui qui a construit le passage

Le Korean Cinema Award remis à Kim Dong-ho apporte un autre niveau de lecture. Ancien président et fondateur du BIFF, il a participé à la construction institutionnelle qui a permis au cinéma coréen de gagner une reconnaissance mondiale. Le festival honore ainsi non seulement ceux qui apparaissent à l’écran ou signent les films, mais aussi ceux qui bâtissent les lieux où ces œuvres rencontrent des partenaires et des publics.

Le film d’ouverture, The Table: Day and Night de Kim Jong-kwan, ancre toutefois l’édition dans la création actuelle. Présenté en première mondiale, il raconte quatre histoires d’amour dans un même café, au fil des saisons et des moments de la journée. À côté des grandes distinctions, ce choix rappelle que le cœur du festival demeure une rencontre entre une œuvre nouvelle et une salle.

Quand les séries entrent dans la maison du cinéma

La section On Screen, lancée en 2021, accueille des séries avant leur diffusion officielle. Elle traduit une évolution culturelle : les récits audiovisuels circulent entre salles, télévisions et plateformes, tandis que les festivals redéfinissent leur rôle. Projeter une série au cinéma ne supprime pas la différence des formats, mais lui donne un espace critique et collectif que l’algorithme domestique ne fournit pas.

Busan évite ainsi de choisir entre héritage et mutation. Il programme des maîtres contemporains, des premiers films, des séries, des œuvres communautaires et un hommage à Ahn Sung-ki coorganisé avec les archives cinématographiques coréennes. La cohérence vient moins d’un format unique que d’une mission : faire exister les cinémas d’Asie dans toute leur diversité.

La billetterie comme premier test public

L’ouverture des ventes mesure désormais la capacité du festival à transformer cette architecture en expérience accessible. L’ajout de séances et l’ouverture exceptionnelle un mardi doivent donner davantage de choix pendant les journées les plus chargées. Mais l’accès dépend aussi de prix lisibles, d’un système robuste et d’une programmation capable de conduire le public au-delà des titres déjà connus.

À l’heure où le succès mondial du cinéma coréen pourrait attirer toute la lumière, Busan maintient une ambition plus large : mettre en relation les cinémas du continent sans les réduire à une tendance. Michelle Yeoh, Ann Hui et Kim Dong-ho représentent trois formes de passage — devant la caméra, derrière elle et autour des institutions. Le festival leur répond par une quatrième : le passage du film vers son public.

Sources

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