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lundi 21 septembre 2026

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Kabia : Saint-Sébastien transforme le réseautage en tremplin pour jeunes cinéastes

À Saint-Sébastien, Kabia réunit aujourd’hui de jeunes cinéastes et des professionnels internationaux. Une rencontre ciblée qui révèle l’importance des réseaux dans la naissance d’une carrière.


Cheventong Vil
Cheventong Vil
Journaliste à B-Empire Magazine, Cheventong Vil couvre l'actualité
septembre 21, 2026  ·  5 min de lecture
Kabia : Saint-Sébastien transforme le réseautage en tremplin pour jeunes cinéastes
B-EMPIRE Magazine

Dans le cinéma, un premier film peut révéler une voix ; il ne suffit pas toujours à ouvrir une carrière. Le 21 septembre, le Festival de Saint-Sébastien, Tabakalera et l’Elías Querejeta Zine Eskola organisent la quatrième édition de Kabia, une rencontre destinée à mettre de jeunes cinéastes en contact direct avec des professionnels de l’industrie internationale. Deux heures de discussions au laboratoire de cinéma et d’audiovisuel de Tabakalera seront prolongées par une réception en soirée.

Le dispositif est volontairement resserré et accessible sur invitation. Il réunit les équipes des quatorze courts métrages sélectionnés dans Nest, la compétition du Festival consacrée aux écoles de cinéma, les résidents d’Ikusmira Berriak, des participants de Noka et de 2deo Serieak, ainsi que des étudiants de l’école Elías Querejeta et d’autres programmes internationaux de formation ou de développement.

Le maillon invisible entre l’école et le marché

Les festivals sont souvent perçus à travers leurs tapis rouges, leurs compétitions et leurs palmarès. Pourtant, une autre activité se déroule en parallèle : présentation de projets, recherche de partenaires, rencontres avec des programmateurs, retour sur des scénarios ou premières discussions avec des financeurs. Pour un auteur en début de parcours, cette couche professionnelle peut compter autant qu’une projection publique.

Kabia rassemble cette fonction dans un cadre conçu pour les talents émergents. Parmi les invités annoncés figurent des représentants du Torino Film Lab, des Arcs, du Festival de Sarajevo, de la Semaine de la Critique à Cannes et de la Berlinale, ainsi que des professionnels du financement, de la production et de la promotion internationale. Il ne s’agit donc pas seulement d’échanger des cartes de visite, mais de comprendre comment un projet entre dans la circulation mondiale du cinéma.

Le format donne aux participants la possibilité de présenter leur travail, de recevoir un retour et d’identifier le programme le plus adapté à l’étape suivante. Un court métrage peut conduire à une résidence ; une résidence peut consolider un premier long ; un laboratoire peut aider à réécrire, produire ou trouver des coproducteurs. Cette continuité est essentielle dans une industrie où les projets se développent souvent pendant plusieurs années.

Nest, un vivier devenu international

L’édition 2026 de Nest a reçu 503 courts métrages produits dans 232 écoles de 61 pays, un record pour la section. Quatorze œuvres ont été retenues. Elles explorent notamment les liens familiaux, l’identité, le déplacement, le désir, les nouvelles masculinités, l’enfance rurale et les violences de genre, dans des formes qui vont de la fiction à l’essai et à la non-fiction.

Depuis sa création en 2002, Nest a accueilli plus de mille cinéastes. Plusieurs anciens participants ont ensuite présenté leurs longs métrages à Saint-Sébastien et dans d’autres festivals majeurs. Ce bilan ne signifie pas qu’une sélection garantit une carrière. Il montre plutôt qu’un rendez-vous étudiant gagne de la valeur lorsqu’il offre à la fois exposition, conversation critique et accès à des réseaux professionnels.

Les films de cette année concourent aussi pour le prix Tabakalera-Laboratoire de cinéma et d’audiovisuel-Nest, doté de 10 000 euros. La somme peut être décisive à l’échelle d’un court métrage ou d’une première phase de développement, mais la mise en relation proposée par Kabia répond à un besoin différent : construire une trajectoire au-delà d’un seul projet.

Un écosystème qui travaille toute l’année

Tabakalera ne limite pas son action à la semaine du Festival. Son laboratoire accompagne des projets par des résidences, des ateliers, des présentations, des ressources techniques et des espaces de travail. Ikusmira Berriak soutient le développement de projets cinématographiques ; Noka accompagne notamment de nouvelles réalisatrices ; 2deo Serieak s’intéresse aux talents et aux projets de séries.

Cette architecture est importante. Une rencontre isolée peut favoriser une conversation heureuse, mais un écosystème durable permet de revenir sur le travail, de tester une nouvelle version et d’accéder à d’autres compétences. Le Festival ajoute une fenêtre internationale à cet accompagnement local et annuel. Les projets peuvent aussi utiliser une formule de pitch vidéo sur la plateforme professionnelle en ligne de Saint-Sébastien afin d’élargir leur visibilité.

Le modèle répond à une fragilité bien connue du secteur indépendant : les talents ne manquent pas, mais les parcours restent inégalement lisibles. Savoir à quel laboratoire s’adresser, comment présenter son film, quand chercher une coproduction ou comment transformer un court en projet de long exige un capital relationnel que toutes les écoles et toutes les familles ne peuvent transmettre.

Le réseau doit rester une porte, pas un filtre

L’accès sur invitation protège la qualité des échanges, mais il rappelle aussi la limite de tout programme de réseautage : ceux qui ne sont pas sélectionnés demeurent à distance. La transparence des critères, la diversité des profils, l’ouverture géographique et le suivi après l’événement sont donc essentiels. Sans cela, un réseau pensé pour corriger les inégalités peut reproduire les mêmes cercles fermés.

Kabia doit ainsi être jugé moins au nombre de rencontres qu’à ce qu’elles rendent possible : une résidence obtenue, un scénario renforcé, un producteur trouvé, un film mieux distribué ou une collaboration durable. La quatrième édition confirme en tout cas une évolution des grands festivals. Ils ne veulent plus seulement montrer les œuvres achevées ; ils cherchent à intervenir plus tôt, au moment fragile où un regard devient un projet et où un projet tente de devenir une carrière.

Sources

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