Site icon B-empire magazine

Lionsgate dans le viseur français : la bataille qui peut rebattre les cartes d’Hollywood

Lionsgate dans le viseur français : la bataille qui peut rebattre les cartes d’Hollywood

B-EMPIRE Magazine

Le prochain grand bouleversement d’Hollywood pourrait porter une signature française. Lionsgate Studios, la maison derrière les franchises John Wick, Hunger Games et Twilight, examine des marques d’intérêt alors que plusieurs groupes européens cherchent à gagner du poids face aux géants mondiaux du streaming. Parmi les noms cités figurent Banijay, groupe né en France et devenu un mastodonte international de la production, ainsi que Mediawan, l’entreprise fondée par Pierre-Antoine Capton, Xavier Niel et Matthieu Pigasse.

Ce dossier ne se résume pas à une rumeur de marché. Il raconte une bataille beaucoup plus vaste : celle pour le contrôle des histoires, des personnages et des catalogues capables de voyager immédiatement de Paris à Los Angeles, de Londres à Séoul et de Lagos à Dubaï. Selon Reuters, Lionsgate travaille avec une banque d’investissement afin d’évaluer des approches reçues, mais aucune transaction n’est garantie et le studio peut encore choisir de rester indépendant. Variety a ensuite rapporté l’intérêt de Banijay et Mediawan, tout en apportant une nuance importante sur le rôle prêté à Bolloré. À ce stade, la prudence reste donc essentielle.

Un studio culte devenu une cible stratégique

Lionsgate occupe une place rare dans le paysage audiovisuel américain. Le groupe n’a pas la taille de Disney, Warner Bros. Discovery ou Universal, mais possède ce que toutes les plateformes recherchent : des franchises identifiables, une bibliothèque profonde et une capacité à produire des films et séries qui circulent dans le monde entier. John Wick a transformé Keanu Reeves en héros d’action transgénérationnel. Hunger Games demeure une marque mondiale. Twilight continue d’alimenter une puissante nostalgie populaire.

Reuters estimait la valeur boursière de Lionsgate Studios à environ 3,8 milliards de dollars lors de la révélation des discussions. Le simple signal d’un possible intérêt avait fait grimper l’action jusqu’à 9 % dans les échanges après la clôture. Ce mouvement ne prouve pas qu’une vente aura lieu, mais il montre à quel point les investisseurs considèrent le catalogue Lionsgate comme un actif convoité dans une industrie en consolidation accélérée.

Banijay veut changer de dimension

Banijay n’est plus seulement le groupe associé à des formats télévisés comme Big Brother ou Survivor. Son rapprochement avec All3Media a renforcé un ensemble déjà présent sur de nombreux continents, avec une force considérable dans la création, l’adaptation et la distribution de programmes. Lionsgate lui offrirait une autre dimension : un accès beaucoup plus direct au cinéma hollywoodien, à des franchises mondiales et à une infrastructure de distribution nord-américaine.

Le défi est cependant immense. Reuters souligne qu’une éventuelle démarche de Banijay pourrait prendre du temps, le groupe étant encore concentré sur l’intégration d’All3Media. Absorber Lionsgate demanderait des moyens financiers, une discipline opérationnelle et une vision industrielle très claire. Acheter un catalogue célèbre est une chose ; faire vivre ses franchises sans diluer leur valeur en est une autre.

Mediawan, l’autre ambition française

Variety a également placé Mediawan parmi les acteurs intéressés. Le groupe français s’est construit par acquisitions et partenariats, avec l’ambition affichée de produire des contenus premium capables de circuler au-delà de l’Europe. Une prise de contrôle de Lionsgate représenterait un saut spectaculaire, en donnant à Mediawan une présence immédiate au cœur de l’industrie américaine et un portefeuille de propriétés intellectuelles déjà connues par des centaines de millions de spectateurs.

Pour la France, l’enjeu dépasse le prestige. Le pays possède une tradition cinématographique puissante, des talents, des dispositifs de financement et des groupes audiovisuels influents. Mais la bataille moderne se joue aussi sur la taille des catalogues, la distribution mondiale et la capacité à négocier avec Netflix, Amazon, Apple ou les grands réseaux de salles. Contrôler une structure comme Lionsgate permettrait à un acteur européen de peser davantage dans chacune de ces négociations.

Bolloré et Canal+ : des informations qui divergent

Le nom de Bolloré a d’abord occupé le centre du récit. Reuters a rapporté que le groupe français avait suscité l’intérêt du dossier, en expliquant qu’un renforcement des capacités de production pourrait servir Canal+, dont Bolloré détient le contrôle. Deux jours plus tard, Variety a affirmé de son côté que Bolloré ne déposait pas d’offre. Ces informations ne sont pas nécessairement incompatibles : un groupe peut examiner une opportunité, participer à des échanges préliminaires ou être approché sans aller jusqu’à une proposition formelle.

La conclusion rigoureuse est donc la suivante : l’intérêt européen autour de Lionsgate est réel selon plusieurs médias professionnels, mais la composition exacte des prétendants et leur niveau d’engagement restent mouvants. Aucun rachat n’a été annoncé. Les discussions sont confidentielles et leur issue demeure incertaine.

Pourquoi Hollywood vend désormais plus que des films

Dans l’économie du divertissement, une franchise est devenue une plateforme en miniature. Elle peut produire des films, des séries dérivées, des jeux vidéo, des expériences, des produits de luxe, des événements et des licences. John Wick ne vaut pas seulement par les recettes de ses longs-métrages : son univers peut être prolongé. Il en va de même pour Hunger Games, dont la mythologie peut être revisitée par de nouveaux récits et de nouvelles générations d’acteurs.

Cette logique explique pourquoi les catalogues indépendants deviennent rares et chers. Les plateformes ont besoin de marques capables de réduire le risque marketing : un nom déjà connu attire plus facilement l’attention qu’une création lancée de zéro. Dans un univers saturé, où chaque service publie des centaines de nouveautés, la familiarité est une monnaie. Lionsgate détient plusieurs de ces monnaies à la fois.

Ce que cela changerait pour le public

Pour les spectateurs, une acquisition peut produire des effets contradictoires. Un propriétaire plus puissant peut investir davantage, relancer des franchises et financer des productions ambitieuses. Il peut aussi rationaliser les budgets, fermer des projets jugés trop risqués ou privilégier les marques les plus rentables. L’identité d’un futur acquéreur déterminerait donc la manière dont le catalogue serait exploité.

Une prise de contrôle européenne pourrait également modifier les passerelles entre talents français, britanniques et américains. Banijay dispose d’un immense réseau de producteurs. Mediawan a développé des alliances internationales. Lionsgate apporte une puissance hollywoodienne, une expertise du cinéma commercial et des débouchés de distribution. Sur le papier, la combinaison est séduisante. Dans la réalité, elle exigerait de préserver les équipes créatives tout en créant de véritables synergies.

Le signal que l’Europe ne veut plus ignorer

L’affaire Lionsgate révèle surtout un changement d’état d’esprit. Pendant longtemps, les groupes européens ont été perçus comme des fournisseurs de programmes ou des détenteurs de marchés régionaux face aux studios américains. Désormais, certains veulent contrôler des actifs mondiaux, posséder des franchises et devenir des interlocuteurs incontournables. Le mouvement de consolidation ne vient plus uniquement de Los Angeles ou de New York.

Le scénario le plus spectaculaire serait qu’un groupe à forte empreinte française prenne le contrôle de l’un des derniers studios indépendants de cette taille. Mais même sans accord, le fait que Banijay et Mediawan soient cités dans cette conversation internationale envoie déjà un message : l’Europe cherche une place plus haute dans la chaîne de valeur du divertissement.

Les prochaines étapes à surveiller

Trois éléments seront décisifs. D’abord, l’apparition éventuelle d’une offre formelle, avec un prix et un financement identifiables. Ensuite, la position du conseil d’administration et des principaux actionnaires de Lionsgate, dont les attentes de valorisation ont déjà refroidi certains prétendants selon Reuters. Enfin, les questions réglementaires et la capacité d’un acheteur à intégrer le studio sans déstabiliser son calendrier de productions.

Il faudra aussi surveiller les démentis et précisions. Les informations publiées par Reuters et Variety ne décrivent pas exactement la même liste d’acteurs. Cette divergence est typique d’un processus préliminaire, où les intérêts évoluent rapidement et où les sources parlent sous couvert d’anonymat. Tant qu’aucun document officiel n’est déposé, le dossier doit être traité comme une exploration stratégique et non comme une vente acquise.

Une certitude demeure : Lionsgate concentre plusieurs des actifs les plus désirables du cinéma populaire, et les groupes français ne veulent plus rester spectateurs de la recomposition mondiale. Si une offre se matérialise, la bataille ne portera pas seulement sur un studio évalué en milliards. Elle portera sur la capacité de l’Europe à devenir propriétaire d’une part du rêve hollywoodien.

Sources fiables

Quitter la version mobile