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mardi 8 septembre 2026

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Le monde sait lire, mais pas assez : le chiffre qui assombrit 60 ans de progrès

La Journée internationale de l’alphabétisation fête ses 60 ans au Chiapas. Mais derrière les cérémonies, 739 millions de jeunes et d’adultes ne maîtrisent toujours pas les compétences de base et 273 millions d’enfants restent hors de l’école.


Amara Diallo
Amara Diallo
Journaliste à B-Empire Magazine, Amara Diallo couvre l'actualité
septembre 8, 2026  ·  7 min de lecture
Le monde sait lire, mais pas assez : le chiffre qui assombrit 60 ans de progrès
B-EMPIRE Magazine

Soixante ans après avoir fait de l’alphabétisation une cause mondiale, la planète se heurte encore à un chiffre vertigineux. Au moins 739 millions de jeunes et d’adultes ne disposent toujours pas des compétences de base en lecture et en écriture, selon l’UNESCO. Ce 8 septembre 2026, ministres, enseignants, experts et élèves se réunissent au Chiapas, au Mexique, pour célébrer les progrès accomplis. Mais l’anniversaire ressemble surtout à un rappel brutal : savoir déchiffrer, comprendre et utiliser l’information demeure un privilège pour une immense partie de l’humanité.

La Journée internationale de l’alphabétisation 2026 marque le 60e anniversaire de sa proclamation par l’UNESCO en 1966. Son thème, « L’alphabétisation pour les peuples, la planète et la prospérité », élargit l’enjeu bien au-delà de la salle de classe. Lire permet de suivre une ordonnance, comprendre un contrat de travail, distinguer une information fiable d’une manipulation, accéder à un service public numérique ou réagir à une alerte climatique. Dans un monde saturé de textes, d’écrans et d’intelligence artificielle, l’exclusion commence souvent par une phrase que l’on ne peut pas comprendre.

739 millions de personnes : le chiffre que le monde ne peut plus ignorer

Les données réunies par l’UNESCO montrent l’ampleur du défi. En 2024, au moins 739 millions de jeunes et d’adultes manquaient de compétences élémentaires d’alphabétisation. Dans le même temps, quatre enfants sur dix n’atteignaient pas le niveau minimal en lecture. Ces statistiques ne décrivent pas seulement des personnes qui n’ont jamais appris l’alphabet. Elles incluent des millions d’individus capables de reconnaître des mots, mais pas d’interpréter un formulaire, de comparer deux informations ou de tirer une conclusion d’un texte simple.

Cette fragilité a un coût humain immédiat. Elle réduit les chances d’obtenir un emploi stable, augmente la dépendance envers des intermédiaires et complique l’accès à la santé, à la justice ou aux aides sociales. Elle pèse aussi sur l’économie : une entreprise ne peut pas gagner durablement en productivité si ses salariés sont exclus de la formation, des outils numériques ou des consignes techniques. L’alphabétisation n’est donc pas une dépense périphérique. Elle est une infrastructure invisible de la prospérité.

273 millions d’enfants hors de l’école : une crise qui s’aggrave

Le rapport mondial de suivi sur l’éducation 2026 de l’UNESCO ajoute un signal encore plus inquiétant. Environ 273 millions d’enfants et de jeunes étaient hors de l’école en 2024, soit près d’un sur six. Leur nombre progresse pour la septième année consécutive, sous l’effet des conflits, des déplacements, de la pauvreté, de la croissance démographique et de budgets trop faibles. L’Afrique subsaharienne concentre une part majeure du défi, mais aucune région n’est totalement épargnée.

La présence en classe ne garantit d’ailleurs pas l’apprentissage. Des enfants fréquentent l’école pendant plusieurs années sans parvenir à lire un texte adapté à leur âge. Les classes surchargées, le manque de livres, la formation insuffisante des enseignants et l’enseignement dans une langue mal comprise transforment parfois la scolarisation en promesse inachevée. Au Cambodge, lors des célébrations organisées le 7 septembre à Ratanakiri, l’UNESCO a rappelé que quatre apprenants sur dix dans le monde ne reçoivent pas l’enseignement dans une langue qu’ils comprennent pleinement.

Pourquoi le Chiapas devient le centre du monde pendant deux jours

Le choix du Chiapas pour la célébration mondiale des 8 et 9 septembre est hautement symbolique. Cet État du sud du Mexique rassemble une importante diversité de peuples et de langues autochtones, dans un contexte où les inégalités territoriales restent fortes. L’événement réunit le directeur général de l’UNESCO Khaled El-Enany, des ministres de l’Éducation, des spécialistes, des enseignants et des élèves. Il comprend aussi la remise des Prix internationaux d’alphabétisation de l’UNESCO à des programmes jugés exemplaires.

Les débats doivent porter sur les politiques efficaces, le suivi des résultats, le multilinguisme et les partenariats capables d’atteindre les publics laissés de côté. Le message est clair : une politique uniforme ne suffit pas. Une enfant vivant dans une zone rurale, un adulte déplacé par une guerre et une travailleuse qui doit apprendre à utiliser des services numériques n’ont ni les mêmes contraintes ni les mêmes besoins. Les solutions doivent partir des langues, des horaires, des outils et des réalités de chaque communauté.

L’écran a changé la définition même de savoir lire

En 2026, lire ne signifie plus seulement comprendre une page imprimée. Il faut naviguer entre une application bancaire, une messagerie, un moteur de recherche, une vidéo sous-titrée et des contenus parfois produits automatiquement. La maîtrise numérique suppose de repérer une arnaque, vérifier une source et protéger ses données. Les personnes déjà fragiles face à l’écrit risquent donc une double exclusion : elles accèdent moins aux services physiques à mesure qu’ils disparaissent, tout en étant moins armées pour utiliser leurs remplaçants en ligne.

L’intelligence artificielle amplifie cette tension. Elle peut traduire, lire un texte à voix haute, personnaliser des exercices et aider un adulte à apprendre discrètement. Mais elle peut aussi générer de fausses informations avec une apparence d’autorité. Sans compétences de compréhension et d’esprit critique, l’utilisateur ne gagne pas forcément en autonomie. La technologie devient réellement inclusive lorsqu’elle renforce l’apprentissage, respecte les langues locales et reste accessible sur des appareils abordables.

La France aussi reste concernée

La France est loin des taux d’exclusion scolaire observés dans les pays les plus pauvres, mais elle n’est pas sortie du problème. Les difficultés de lecture touchent des jeunes scolarisés, des adultes peu qualifiés, certains nouveaux arrivants et des personnes éloignées des services numériques. La dématérialisation rapide des démarches rend ces fragilités plus visibles : prendre un rendez-vous, renouveler un document ou répondre à une offre d’emploi exige désormais de lire, comprendre et agir sur plusieurs interfaces.

La réponse française compte aussi à l’échelle internationale. Le financement de l’éducation, la francophonie, l’aide au développement et les programmes destinés aux territoires en crise peuvent soutenir l’apprentissage dans plusieurs régions. La baisse de l’aide internationale inquiète toutefois les organisations éducatives. Selon un avertissement relayé par l’UNESCO à partir d’estimations de l’UNICEF, les coupes prévues pourraient exposer jusqu’à six millions d’enfants supplémentaires au risque de déscolarisation d’ici la fin de 2026.

Après 60 ans, l’urgence est de transformer les promesses en résultats

Le monde a progressé : depuis 2000, les inscriptions dans le primaire et le secondaire ont augmenté d’environ 30 %, soit 327 millions d’élèves supplémentaires. Cette avancée prouve que les politiques publiques fonctionnent lorsqu’elles sont financées et suivies. Pourtant, le ralentissement observé depuis 2015 et la hausse continue du nombre d’enfants hors de l’école montrent que l’élan ne suffit plus.

Le 60e anniversaire de la Journée internationale de l’alphabétisation ne sera utile que s’il débouche sur des enseignants mieux soutenus, des livres dans les langues réellement parlées, des formations accessibles aux adultes et des technologies conçues pour inclure. Derrière les 739 millions de personnes privées de compétences de base, il y a autant de carrières, de décisions et de libertés empêchées. Le monde ne manque pas de déclarations sur l’importance de lire. Il lui manque encore la volonté de garantir ce pouvoir à chacun.

Sources

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