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dimanche 6 septembre 2026

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Ellen Burstyn a Venise : le Lion d or qui rappelle Hollywood a sa memoire

A 93 ans, Ellen Burstyn recevra a Venise un Lion d or pour une carriere qui redefinit la duree, la fragilite et la puissance des roles feminins.


Cheventong Vil
Cheventong Vil
Journaliste à B-Empire Magazine, Cheventong Vil couvre l'actualité
septembre 6, 2026  ·  6 min de lecture
Ellen Burstyn a Venise : le Lion d or qui rappelle Hollywood a sa memoire
B-EMPIRE Magazine

Venise s’apprete a remettre a Ellen Burstyn un Lion d’or pour l’ensemble de sa carriere, et l’hommage tombe a un moment ou Hollywood cherche a relire ses propres mythologies. A 93 ans, l’actrice americaine n’arrive pas au Lido comme une relique prestigieuse, mais comme une preuve vivante que la puissance d’une presence peut traverser les modes, les studios, les plateformes et les combats d’interpretation. La Biennale a annonce que la recompense lui serait remise le lundi 7 septembre 2026, pendant la 83e Mostra, organisee du 2 au 12 septembre.

Le calendrier compte. Quelques jours apres le Lion d’or attribue a George Clooney pour l’ensemble de sa carriere, Venise deplace le regard vers une autre idee du prestige hollywoodien. Clooney incarne la star globale, le producteur, le citoyen public, l’acteur devenu institution. Burstyn incarne quelque chose de plus souterrain: la discipline de l’Actors Studio, la fragilite comme force, la capacite a donner une densite morale aux personnages que le cinema aurait pu reduire a des fonctions. Entre les deux Lions, la Mostra raconte en creux deux manieres de survivre dans l’industrie.

La Biennale resume cette trajectoire avec des repères lourds: The Last Picture Show, The Exorcist, Alice Doesn’t Live Here Anymore, Requiem for a Dream, Interstellar. Mais cette liste ne suffit pas. Ce qui rend Burstyn essentielle, c’est la maniere dont elle a transforme chaque role en zone de verite. Dans Alice Doesn’t Live Here Anymore, elle donne a une mere celibataire une energie de reconstruction qui depasse le melodrame. Dans The Exorcist, elle impose au fantastique une terreur maternelle tres concrete. Dans Requiem for a Dream, elle expose l’addiction, la solitude et la violence du regard televisuel avec une precision qui continue de hanter la culture populaire.

Le Lion d’or 2026 ne recompense donc pas seulement une filmographie. Il recompense une facon de jouer qui a aide le cinema americain a regarder les femmes autrement: non comme des symboles parfaits, mais comme des personnes contradictoires, desireuses, fatiguees, drôles, instables, lucides, abimees et capables de recommencer. C’est exactement ce qu’Alberto Barbera, directeur artistique du festival, met en avant lorsqu’il parle d’une presence faite d’intensite, de verite, de complexite et d’une attention aux transformations de la femme contemporaine.

Une lecon de duree

Dans une industrie obsédée par le rajeunissement, la trajectoire de Burstyn offre une lecon de duree. Le star-system sait fabriquer des arrivees spectaculaires; il sait beaucoup moins bien accompagner les vies longues. Les actrices, en particulier, ont souvent du se battre contre la disparition progressive des roles complexes avec l’age. Burstyn a contourne cette logique en construisant une autorite d’interprete. Elle n’a pas seulement conserve une carriere: elle a conserve une gravite.

Cette gravite se retrouve dans son lien avec l’Actors Studio, dont elle est co-presidente avec Al Pacino et Alec Baldwin selon La Biennale. Le detail est important pour comprendre ce que Venise honore. Burstyn appartient a une tradition ou le jeu n’est pas une surface glamour, mais une recherche de memoire, de corps, de rythme interieur. Cette tradition peut sembler austere dans une epoque de contenus rapides, de clips promotionnels et de performances calibrees pour les reseaux sociaux. Pourtant, elle revient au centre chaque fois qu’un role exige plus qu’une presence photogenique.

La Mostra ajoute une dimension symbolique en remettant le prix a l’occasion de Flesh Impact, le court metrage de Maggie Gyllenhaal consacre a Marilyn Monroe pour le centenaire de sa naissance. Dakota Johnson y incarne Monroe au sommet de sa célébrité, tandis que Burstyn joue une version de Marilyn que le monde n’a jamais pu voir. Le dispositif est fort: une actrice qui a toujours cherche la verite derrière les images participe a un film sur l’une des icones les plus consommees, deformeés et mythifiees du XXe siecle.

Ce face-a-face indirect entre Burstyn et Monroe parle au present. Hollywood continue de produire des icones feminines, mais il reste mal a l’aise avec leur vieillissement, leur autonomie, leurs contradictions. En confiant a Burstyn une place dans un projet sur Monroe, Venise signale que la memoire du cinema ne doit pas etre seulement une galerie de visages jeunes. Elle peut etre une conversation entre plusieurs ages, plusieurs blessures, plusieurs manières d’habiter une image.

Pourquoi ce Lion parle au business du cinema

Un prix de carriere n’est jamais uniquement sentimental. Pour les festivals, il est aussi un outil de positionnement. En honorant Burstyn, Venise rappelle son role de gardien d’une certaine idee du cinema: un art de la duree, du corps, de la transmission et de la memoire. Dans une saison ou les studios vendent des franchises, des suites et des marques, la Mostra peut affirmer une valeur differente: la valeur d’une actrice dont le nom porte une histoire de methode, de risque et de profondeur.

Cette valeur a un impact economique discret mais reel. Les festivals ne vivent pas seulement des premieres mondiales. Ils vivent de leur capacite a organiser une hierarchie culturelle. Qui est invite? Qui est honore? Quel recit devient central? En placant Ellen Burstyn au coeur de son edition, Venise investit dans un patrimoine qui parle aux cinephiles, aux studios, aux academies de prix et aux plateformes desireuses de légitimité. Le Lion d’or devient une monnaie symbolique, capable de relier l’histoire du Nouvel Hollywood a la concurrence contemporaine pour l’attention.

Le geste est aussi politique, sans avoir besoin d’etre partisan. Reconnaitre une actrice de 93 ans, encore associee a de nouveaux projets, contredit l’idee que la valeur artistique s’epuise avec l’age. Cela rappelle que l’industrie a longtemps gaspille l’experience des femmes en les eloignant du centre trop tot. Burstyn devient alors plus qu’une laureate: elle devient un argument contre le court-termisme culturel.

Pour B-EMPIRE, ce Lion d’or raconte la bataille actuelle du prestige. Les marques, les plateformes et les festivals cherchent tous a posseder du temps long. Or Burstyn est precisement du temps long devenu visage. Elle relie Scorsese, Friedkin, Bogdanovich, Aronofsky, Nolan et Gyllenhaal dans une meme trajectoire. Elle traverse le cinema d’auteur, l’horreur, le melodrame, le drame psychologique et les grands recits de science-fiction. Sa presence dit que l’histoire d’une industrie ne se mesure pas seulement a ses box-offices, mais aussi aux interpretes qui changent la temperature morale d’une scene.

Le 7 septembre, Venise ne remettra donc pas seulement une statuette. Elle donnera a Hollywood une image rare: celle d’une actrice qui n’a jamais eu besoin de paraitre invincible pour etre monumentale. Dans un monde culturel obsede par la jeunesse, Ellen Burstyn rappelle qu’une carriere peut devenir plus moderne en vieillissant, a condition de rester fidele a sa vérité la plus difficile.

Sources

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