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mardi 3 novembre 2026

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À Accra, l’Afrique met la gouvernance de l’IA à l’épreuve du réel

Réuni à Accra, le Forum africain sur la gouvernance de l’Internet consacre sa journée du 3 novembre à l’IA, aux droits numériques et à l’inclusion. L’enjeu dépasse les principes : qui décide, qui bénéficie et qui peut effectivement se connecter ?


Cheventong Vil
Cheventong Vil
Journaliste à B-Empire Magazine, Cheventong Vil couvre l'actualité
novembre 3, 2026  ·  6 min de lecture
À Accra, l’Afrique met la gouvernance de l’IA à l’épreuve du réel

À Accra, la question n’est plus seulement de savoir comment l’intelligence artificielle va transformer l’Afrique, mais qui en fixera les règles et qui pourra réellement en profiter. Le Forum africain sur la gouvernance de l’Internet (AfIGF), organisé du 2 au 5 novembre, consacre ce mardi 3 novembre plusieurs sessions à la gouvernance de l’IA, à la connectivité, aux droits numériques et à la participation des jeunes. Le programme ne constitue pas un accord déjà conclu : il ouvre un espace de discussion dont la portée dépendra de ce qui sera traduit en politiques, en budgets et en pratiques.

Cette distinction compte. Les conférences sur le numérique produisent souvent des déclarations ambitieuses, tandis que les obstacles les plus concrets demeurent très quotidiens : prix des données, qualité du réseau, accès aux appareils, protection des informations personnelles et capacité des administrations à appliquer des règles cohérentes. Le rendez-vous d’Accra place ces sujets dans une même conversation, en réunissant pouvoirs publics, acteurs techniques, entreprises, chercheurs, société civile et jeunes participants.

Une journée qui relie l’IA aux droits et à l’inclusion

Le programme officiel du 3 novembre annonce notamment une discussion sur une approche panafricaine de la gouvernance de l’IA, une session sur la souveraineté numérique et une autre sur la sécurité des enfants à l’ère de l’IA. D’autres échanges portent sur les droits et libertés sur Internet, les usages de l’IA pour les femmes rurales en Ouganda et la place des jeunes dans les institutions numériques. Ce choix révèle une idée essentielle : la gouvernance ne concerne pas uniquement les modèles d’IA ou les textes réglementaires. Elle touche aussi aux services, aux langues, aux libertés et aux personnes qui restent à l’écart.

Le Forum s’inscrit dans une démarche continentale plus large. La stratégie de transformation numérique de l’Union africaine pour 2020-2030 associe le numérique à des domaines aussi différents que l’éducation, la santé, l’agriculture, les services publics et le commerce. Le défi consiste désormais à relier cette vision aux cadres nationaux : des règles qui protègent les citoyens sans figer l’innovation, et des mécanismes de coopération qui évitent que chaque pays doive repartir de zéro.

La souveraineté ne signifie pas l’isolement

Dans le débat sur l’IA, la souveraineté numérique peut désigner le contrôle des données, la capacité à choisir ses infrastructures, la maîtrise des compétences et le pouvoir de négocier avec les grandes plateformes. Mais une politique de souveraineté ne se résume pas à fermer les frontières numériques. Les entreprises, les chercheurs et les administrations ont besoin de standards compatibles, de services interopérables et de partenariats transfrontaliers. L’expression « souveraineté sans isolement », qui figure dans le programme, résume cette tension productive : accroître la capacité de décision locale tout en conservant la possibilité de coopérer.

Cette coopération est particulièrement importante pour l’IA. Les systèmes automatisés peuvent être entraînés sur des données qui reflètent mal les langues, les usages et les réalités locales. L’accès à des corpus de qualité, le consentement des personnes, la protection des données et la possibilité de contester une décision automatisée sont donc des questions économiques autant que juridiques. Une entreprise qui ne peut expliquer ses décisions ou sécuriser les données de ses clients risque de perdre leur confiance, même si son outil paraît performant.

La connectivité reste le test le plus immédiat

Les chiffres de l’Union internationale des télécommunications rappellent l’écart entre la promesse et l’usage. Dans son rapport régional publié en 2025, l’UIT estime qu’en 2024, 38 % de la population africaine utilisait Internet, contre 68 % à l’échelle mondiale. La couverture mobile haut débit atteignait 86 % de la population, mais la couverture ne signifie pas automatiquement qu’un service est abordable, stable ou suffisamment rapide. L’UIT relève également un écart marqué entre zones urbaines et rurales : 57 % d’utilisation en ville contre 23 % en milieu rural.

Ces données changent la manière d’évaluer une stratégie d’IA. Un service agricole automatisé peut être prometteur sur le papier, mais il doit fonctionner avec les téléphones et les réseaux disponibles, dans les langues comprises par ses utilisateurs et à un coût réaliste. Une administration peut annoncer un portail numérique ; si une partie importante du public ne peut pas s’y connecter ou ne sait pas comment protéger ses identifiants, le service n’est pas véritablement universel. La « connectivité significative » implique donc qualité, accessibilité, compétences et sécurité, et pas seulement une antenne sur une carte.

Des résultats mesurables plutôt qu’un nouveau vocabulaire

Pour les décideurs, la valeur d’un forum comme AfIGF se mesurera moins au nombre de panels qu’aux suites données à ses échanges. Des objectifs concrets pourraient inclure des mécanismes de signalement accessibles, des règles compréhensibles sur l’usage des données, des évaluations de sécurité adaptées aux enfants, ou des standards communs facilitant les services transfrontaliers. Il faut aussi rendre les engagements vérifiables : qui est responsable, quel calendrier est retenu, quels moyens sont prévus et comment les communautés concernées peuvent-elles demander des comptes ?

La présence de sessions consacrées aux jeunes, aux droits numériques et aux communautés rurales rappelle que la participation ne doit pas être décorative. Les personnes touchées par une technologie connaissent souvent les défaillances que les concepteurs ne voient pas : absence d’une langue locale, coût des données, biais dans un service, risque d’exposition ou manque de recours. Les inclure tôt dans la conception et l’évaluation peut améliorer la confiance et éviter que l’innovation ne creuse les inégalités qu’elle prétend réduire.

Le véritable enjeu d’Accra

AfIGF 2026 ne peut, à lui seul, résoudre les écarts d’infrastructure, de financement et de compétences qui traversent le continent. Il peut cependant aider à faire converger des priorités et à construire des règles plus cohérentes. Le programme du 3 novembre met en regard l’IA, les droits, la sécurité et la connectivité : une combinaison qui évite de traiter la technologie comme un sujet isolé de ses conditions matérielles.

Le meilleur indicateur de réussite ne sera donc pas la promesse d’une « IA africaine » abstraite. Ce sera la capacité à bâtir des systèmes utiles, contestables, sûrs et accessibles, tout en laissant aux pays et aux communautés la possibilité de choisir leur trajectoire. À Accra, le débat est ouvert. Le travail décisif commencera lorsque les principes formulés dans les salles de conférence devront se traduire dans les services, les budgets et la vie quotidienne.

Sources

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