À Tachkent, la technologie est présentée cette semaine comme une stratégie économique nationale. ICT Week Uzbekistan se tient du 22 au 25 septembre 2026 au CAEx, avec des rencontres consacrées aux startups, au capital-risque, à la sous-traitance informatique, au cloud et à l’intelligence artificielle. Le ministère ouzbek des Technologies numériques indique qu’Uzum, qui réunit commerce électronique, fintech et services bancaires, en est le partenaire principal. Cette présence donne au programme une question concrète : comment transformer la croissance d’une plateforme locale en capacité numérique utile à une économie entière ?
Uzum, une vitrine et un test
Le ministère présente Uzum comme la première licorne technologique du pays. Une telle étiquette attire l’attention des investisseurs, mais elle ne raconte pas à elle seule la solidité d’un modèle. L’intérêt de l’entreprise tient plutôt à la combinaison de plusieurs usages quotidiens : acheter, payer, accéder à des services financiers et fournir des outils aux commerçants. Lorsque ces activités se croisent, la plateforme peut devenir une infrastructure de marché, avec des effets sur les vendeurs comme sur les consommateurs.
Cette concentration appelle aussi des questions que le salon ne peut éluder. Une place de marché qui gère les paiements dispose de données précieuses sur les transactions et les habitudes de ses utilisateurs. Les partenaires doivent comprendre qui contrôle ces données, comment les vendeurs peuvent changer de prestataire et quelles conditions s’appliquent aux petites entreprises. La promesse de croissance se juge donc également à la possibilité d’entrer sur la plateforme sans devenir totalement dépendant d’elle.
Selon le programme publié par le ministère, plusieurs dirigeants d’Uzum interviendront pendant la semaine, dont Kevin Handa, responsable technique et produit, Nikolay Seleznyov, cofondateur chargé de la stratégie, et Ruslan Namazov, responsable du commerce électronique. Le 24 septembre, la société prévoit une discussion sur le passage de l’industrie aux plateformes. L’annonce décrit une intention et un calendrier ; elle ne permet pas encore d’attribuer à cette rencontre des décisions ou des investissements nouveaux.
Quatre jours pour parler aux investisseurs
IT Park Uzbekistan présente le rendez-vous comme douze sommets et forums rassemblés sur un même site. Le 22 septembre met notamment à l’affiche les startups, le capital-risque et un forum informatique ouzbéko-japonais. Le lendemain se concentre sur l’entreprise et l’externalisation. Le 24 septembre doit accueillir une étape de la Startup World Cup et un programme consacré au jeu vidéo ; le 25, le cloud, l’IA et la cybersécurité gagnent en visibilité. Ce calendrier fait apparaître plusieurs portes d’entrée dans le marché, plutôt qu’un seul récit centré sur une entreprise.
La représentation berlinoise d’IT Park vise explicitement les entreprises qui évaluent un lieu d’implantation ou une source de services informatiques. Elle évoque un réseau de plus de 3 000 résidents. Il faut lire ce chiffre comme une indication de l’écosystème présenté par l’organisateur, sans le confondre avec un nombre d’entreprises exportatrices ou rentables. Pour un acheteur étranger, les critères décisifs restent la qualité des équipes, les contrats, la protection des données et la continuité du service.
Une ambition régionale à éprouver
L’intérêt international du salon tient à la position que Tachkent cherche à occuper entre marchés voisins, investisseurs et donneurs d’ordre extérieurs. Le croisement de la fintech, de l’e-commerce et des services professionnels peut aider des entreprises locales à gagner une clientèle plus large. Mais un grand programme de conférences n’est pas une mesure d’exportations réalisées. Les partenariats annoncés après l’événement, leur durée et les emplois créés seront des repères plus solides que l’affluence seule.
Les organisateurs proposent également un récit de montée en gamme : passer de la prestation informatique à la création de produits et de plateformes. Cela suppose davantage que du financement. Une jeune société doit pouvoir recruter, retenir ses spécialistes, trouver des clients et accéder à une infrastructure fiable. Les investisseurs, eux, auront besoin de comprendre les règles locales et les débouchés au-delà du marché intérieur. ICT Week peut rapprocher ces acteurs, mais la transformation annoncée se construira au fil de contrats et d’exécutions vérifiables.
Cette distinction est particulièrement utile dans l’IA. Un défi de startups ou une démonstration cloud montre une capacité à imaginer des usages. Un produit déployé exige des données exploitables, une équipe capable de le maintenir et des clients prêts à payer pour un résultat précis. À Tachkent, le meilleur signal sera donc moins le nombre de présentations que la manière dont les entreprises décrivent leurs cas d’usage, leurs coûts et leurs limites techniques.
ICT Week Uzbekistan met ainsi en scène une économie numérique qui veut être regardée comme un lieu de production, pas seulement comme un marché à conquérir. Uzum en est la vitrine la plus visible, tandis que les discussions sur le capital, la sous-traitance et les infrastructures élargissent le tableau. Lorsque les quatre journées s’achèveront, il faudra revenir aux faits simples : quels accords ont été conclus, quelles entreprises ont trouvé des clients et quels projets ont réellement avancé. C’est à cette échelle que se mesurera le pari de Tachkent.
