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mercredi 26 août 2026

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NAZA à Venise : le documentaire qui force le cinéma à regarder Gaza

La Mostra de Venise ajoute NAZA, documentaire de Yuval Abraham et Rachel Szor, à sa compétition officielle. Un film produit par The Guardian qui transforme le festival en chambre d'écho politique et artistique.


Santhia Antoine
Santhia Antoine
Rédactrice en chef de B-Empire Magazine, Santhia Antoine
août 26, 2026  ·  7 min de lecture
NAZA à Venise : le documentaire qui force le cinéma à regarder Gaza
B-EMPIRE Magazine

La Mostra de Venise vient d’ajouter un film qui change immédiatement la température de sa 83e édition. NAZA, documentaire réalisé par Yuval Abraham et Rachel Szor, entrera en compétition officielle et sera présenté au Lido le 10 septembre 2026. Le geste est rare par sa force symbolique : le plus ancien festival de cinéma du monde place au coeur de la course au Lion d’or un documentaire politique, signé par deux cinéastes israéliens déjà liés à l’Oscar remporté par No Other Land.

Ce n’est pas seulement une annonce de programmation. C’est une prise de risque curatoriale. Venise accueille déjà des auteurs majeurs, des stars, des studios, des plateformes et des films attendus comme des événements industriels. En y insérant NAZA, la Biennale rappelle que le cinéma de festival n’est pas qu’une fabrique de glamour : il peut aussi devenir un lieu où les images disputent la version officielle du monde.

Un documentaire dans l’arène du Lion d’or

Selon l’annonce officielle de La Biennale di Venezia, NAZA complète la section compétition de la 83e Mostra, organisée du 2 au 12 septembre 2026. Le film, d’une durée de 80 minutes, est réalisé par Yuval Abraham et Rachel Szor, produit par The Guardian et James Wilson, avec Jonathan Glazer à la production exécutive. Il doit être projeté en Sala Grande le 10 septembre à 17 h 15, en présence des réalisateurs, des producteurs, de journalistes du Guardian et de la délégation officielle.

Le synopsis publié par le festival présente une oeuvre tournée de nuit sur les toits de Tel-Aviv et consacrée aux systèmes qui auraient encadré des frappes israéliennes contre des civils palestiniens à Gaza. La formulation est lourde, et elle impose une lecture prudente : le film porte une enquête, une accusation documentaire, un point de vue artistique et journalistique. C’est précisément cette friction entre preuve, récit, mise en scène et controverse qui peut faire de NAZA l’un des titres les plus débattus de Venise 2026.

L’après No Other Land

Yuval Abraham et Rachel Szor ne débarquent pas au Lido comme des inconnus. Ils faisaient partie du collectif de quatre cinéastes derrière No Other Land, documentaire oscarisé en 2025, aux côtés de Basel Adra et Hamdan Ballal. Ce film avait déjà installé leur travail dans une zone où l’art, le reportage, l’activisme et la politique internationale deviennent indissociables. NAZA prolonge cette trajectoire avec une autre forme : moins l’observation longue d’un territoire qu’une enquête resserrée sur des mécanismes de décision.

Le choix de The Guardian comme producteur accentue cette dimension. Le documentaire est présenté comme le prolongement d’investigations publiées entre 2023 et 2025 par +972 Magazine, Local Call et The Guardian. Dans un marché audiovisuel où les plateformes cherchent souvent des récits immédiatement consommables, NAZA affirme au contraire une méthode plus frontale : partir de l’enquête, porter le dossier à l’écran, puis exposer ce matériau dans l’espace prestigieux et vulnérable d’un grand festival.

Venise, scène de cinéma et tribunal symbolique

Un festival n’est pas un tribunal. Il ne remplace ni l’enquête judiciaire, ni le travail des institutions internationales, ni le contradictoire politique. Mais les festivals produisent autre chose : une concentration d’attention. En quelques jours, une oeuvre peut être vue par des programmateurs, des distributeurs, des journalistes, des artistes, des plateformes et des décideurs culturels. Dans le cas d’un documentaire comme NAZA, cette attention a une valeur stratégique.

Venise sait que cette programmation sera lue comme un signal. Le festival a déjà été traversé par les débats autour de la guerre, de la responsabilité des artistes et du pouvoir des images. L’ajout de NAZA, seul documentaire dans la compétition selon les éléments rapportés par AP, transforme cette édition en espace d’écho mondial pour une question que beaucoup d’institutions culturelles redoutent : comment montrer la violence contemporaine sans se contenter d’en faire un spectacle ?

La puissance fragile du documentaire

Le documentaire politique occupe une place paradoxale. Il est souvent moins financé, moins distribué et moins protégé commercialement que la fiction. Pourtant, lorsqu’il touche juste, il peut déplacer plus durablement l’opinion qu’une superproduction. Sa force vient de sa promesse : montrer ce qui a été ignoré, classé, dissimulé ou rendu abstrait par la distance. Sa faiblesse vient du même endroit : chaque choix de montage, chaque absence, chaque phrase de synopsis devient immédiatement contestable.

NAZA entre donc dans un territoire où la précision sera décisive. Le public ne jugera pas seulement la beauté des plans ou l’efficacité dramatique. Il examinera la solidité des sources, la clarté de l’argument, la place donnée aux victimes, la manière dont la parole institutionnelle est représentée ou non. Le cinéma ne suffit pas à lui-même quand il prétend révéler un système. Il doit aussi faire sentir sa méthode.

Un enjeu industriel pour The Guardian

Pour The Guardian, NAZA n’est pas un simple prolongement de marque. C’est une manière d’affirmer que le journalisme d’enquête peut vivre au cinéma sans perdre sa rigueur ni son identité. La présence de James Wilson et de Jonathan Glazer, associés à The Zone of Interest, donne au projet une architecture symbolique forte : un média d’information, des documentaristes oscarisés et une équipe déjà reconnue pour avoir exploré, par le cinéma, la banalité administrative de la violence.

Ce type d’alliance devient de plus en plus important. Les rédactions cherchent de nouveaux formats pour faire circuler leurs enquêtes. Les festivals cherchent des oeuvres capables d’exister dans le débat public au-delà de la critique cinéphile. Les distributeurs, eux, observent si un documentaire aussi chargé peut devenir un objet international sans être réduit à son sujet. NAZA se situe exactement à cette intersection : information, cinéma, prestige, risque.

Pourquoi cette sélection compte

L’arrivée de NAZA dans la compétition rappelle une vérité simple : les grands festivals ne se contentent pas de consacrer les films, ils organisent aussi la conversation mondiale autour d’eux. En 2026, une oeuvre politique ne circule pas seulement dans les salles. Elle traverse les réseaux sociaux, les communiqués, les tribunes, les prises de position d’artistes, les décisions de plateformes et les réactions diplomatiques. Chaque projection peut devenir un événement médiatique autonome.

La responsabilité de Venise sera donc double. D’un côté, protéger l’espace artistique nécessaire à un film d’enquête. De l’autre, éviter que la polémique n’écrase la réception cinématographique. NAZA devra être regardé comme une oeuvre, interrogé comme un document et discuté comme un acte public. Peu de films demandent autant à la fois.

Le Lido face au réel

La Mostra aime les images de tapis rouge, les robes, les flashes et les retours de grands auteurs. Mais son histoire a toujours été traversée par le réel politique. NAZA s’inscrit dans cette veine moins confortable. Il arrive à Venise avec la puissance d’un sujet brûlant, mais aussi avec une question plus large pour le cinéma contemporain : que peut encore une image quand le monde est saturé d’images de guerre ?

La réponse ne viendra pas d’un communiqué. Elle se jouera dans la salle, le 10 septembre, quand le public découvrira si NAZA parvient à transformer l’enquête en expérience de cinéma. Si le film tient sa promesse, il ne sera pas seulement un ajout tardif au programme. Il deviendra peut-être l’un des points de gravité de Venise 2026, là où l’industrie du spectacle accepte, pour un instant, de regarder en face ce qui la dépasse.

Sources

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