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samedi 19 septembre 2026

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What Holds Us : trois regards sur la photographie mobile

À New York, l'exposition What Holds Us réunit Alex Prager, Jack Davison et Jimmy Chin autour d'images réalisées à l'iPhone 18 Pro. Trois façons de photographier le lien humain.


Cheventong Vil
Cheventong Vil
Journaliste à B-Empire Magazine, Cheventong Vil couvre l'actualité
septembre 19, 2026  ·  5 min de lecture
What Holds Us : trois regards sur la photographie mobile
B-EMPIRE Magazine

Une montagne, des mains couvertes d’argile et une foule traversée de confettis : les images de What Holds Us ne semblent pas appartenir à la même histoire. C’est précisément leur intérêt. Ouverte à New York du 18 au 20 septembre 2026, l’exposition rassemble Jimmy Chin, Jack Davison et Alex Prager autour d’une question commune : qu’est-ce qui relie les êtres ? Les trois artistes ont travaillé exclusivement avec un iPhone 18 Pro. Mais réduire l’ensemble à une démonstration d’appareil photo manquerait ce que les œuvres racontent de la distance, du contact et de la mise en scène.

Un outil commun, trois langages

La commissaire Kathy Ryan, ancienne directrice de la photographie du New York Times Magazine, a choisi des artistes dont les méthodes diffèrent fortement. Ce cadre commun rend leurs écarts plus visibles. Le téléphone intervient dans les trois projets, mais il n’impose ni un style unique ni un sujet identique. Il devient tour à tour outil léger en montagne, présence discrète dans un studio de portraits et caméra de précision sur un plateau très construit.

La commande vient d’Apple et présente les possibilités de son nouveau modèle. Ce contexte commercial doit rester visible : les images sont aussi une vitrine technologique. Leur valeur artistique se joue pourtant ailleurs, dans les décisions de cadrage, de lumière et de relation avec les personnes photographiées. Le fait qu’un appareil puisse enregistrer un détail ne dit pas pourquoi ce détail mérite de devenir une image.

Jimmy Chin : mesurer la confiance dans le paysage

Jimmy Chin est allé dans les Bugaboos, en Colombie-Britannique, avec des alpinistes dont Conrad Anker. Ses photographies passent de gros plans sur la roche, la neige et la glace à des panoramas où un corps humain devient presque un point. Le contraste d’échelle fait apparaître la confiance comme une nécessité concrète. Dans cet environnement, la présence d’un partenaire n’est pas un simple thème abstrait : elle fait partie de la manière de progresser et de se protéger.

Chin souligne que la légèreté du téléphone lui a permis de porter moins de matériel. Le gain n’est pas seulement physique. Lorsque chaque objet transporté compte, une installation plus simple peut laisser davantage d’attention à la scène elle-même. L’exposition ne prouve pas qu’un smartphone remplace tout équipement de montagne ou tout boîtier spécialisé. Elle montre un choix adapté à une contrainte précise, avec ses avantages narratifs.

Jack Davison : garder le visage découvert

Dans un ancien entrepôt de sucre à Londres, Jack Davison s’est tourné vers les mains, l’argile et la craie. Ses sujets touchent la matière, la modèlent, la portent sur la peau. Le noir et blanc prononcé de ses portraits insiste sur les reliefs et les traces. Plutôt que de représenter une connexion par un symbole convenu, Davison en cherche la preuve matérielle : une empreinte laissée sur une surface, un geste qui transforme un autre corps ou un objet.

Le photographe explique que tenir le téléphone plus bas qu’un appareil placé devant le visage lui permet de conserver le contact visuel avec ses modèles. Ce changement de posture paraît modeste, mais il modifie potentiellement la séance. Une personne photographiée répond aussi à la présence du photographe. Ici, la technologie compte moins comme spectacle que comme interface moins encombrante entre deux regards.

Alex Prager : la foule comme récit ouvert

Alex Prager a, elle, bâti sur un plateau de Los Angeles un monde de personnages et de confettis après une fête que le spectateur n’a pas vue. Ses vues larges et ses portraits rapprochés laissent deviner plusieurs histoires sans en imposer une seule. Le triptyque décrit par Apple donne à la foule une continuité presque cinématographique. Les images semblent contenir un avant et un après, même si elles restent fixes.

Cette approche rappelle qu’une photographie n’est pas forcément le contraire d’une mise en scène. Costumes, direction des figurants, lumière et choix du moment construisent une fiction aussi rigoureusement qu’un film. L’iPhone sert ici à enregistrer une composition collective, pas à capturer par hasard un instant trouvé dans la rue. La mobilité de l’outil n’efface ni la préparation ni le travail de l’équipe.

Au-delà de la performance de caméra

Le dispositif met en avant le nouveau système photo et son ouverture variable. Il serait tentant d’y voir une compétition entre téléphone et équipement professionnel. Ce serait une lecture trop étroite. Les trois projets posent une question plus féconde : que permet un outil lorsqu’il change la façon de se déplacer, de regarder et de rencontrer son sujet ? Les réponses de Chin, Davison et Prager ne sont pas interchangeables.

Après New York, Apple annonce une présentation à Londres et à Shanghai dans les prochains mois, sans détailler ici un calendrier complet. Ce voyage donnera aux images un autre contexte de réception. Sur un écran, elles peuvent être lues comme des preuves de résolution ; dans un espace d’exposition, leurs tailles, leurs voisinages et les silences entre elles invitent à considérer les histoires qu’elles suggèrent. What Holds Us vaut surtout par cette tension : un outil de masse au service de regards singuliers.

Sources

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