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mercredi 22 juillet 2026

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Le basculement que le monde ne peut plus ignorer : l’Afrique devient l’épicentre de la faim

Pour la première fois, l’Afrique dépasse l’Asie en nombre de personnes sous-alimentées. Le rapport SOFI 2026 décrit un basculement historique : 309 millions de personnes touchées sur le continent, alors que les progrès mondiaux restent fragiles.


Cheventong Vil
Cheventong Vil
Journaliste à B-Empire Magazine, spécialisé dans l'économie, la
juillet 22, 2026  ·  7 min de lecture
Le basculement que le monde ne peut plus ignorer : l’Afrique devient l’épicentre de la faim
B-EMPIRE Magazine

C’est un basculement historique, et un signal que personne ne peut ignorer. Pour la première fois, l’Afrique est devenue le continent qui compte le plus grand nombre de personnes souffrant de la faim. En 2025, environ 309 millions d’Africains étaient sous-alimentés, contre 292 millions en Asie, selon l’édition 2026 du rapport de référence des Nations unies sur la sécurité alimentaire mondiale.

Le constat est d’autant plus saisissant que la faim a légèrement reculé à l’échelle mondiale pour la troisième année consécutive. Cette amélioration globale cache pourtant une fracture de plus en plus profonde : l’Asie et l’Amérique latine progressent, tandis que l’Afrique concentre désormais la crise. Derrière les moyennes se dessine une planète alimentaire à deux vitesses.

309 millions de personnes : le chiffre qui change la carte mondiale de la faim

Le rapport L’État de la sécurité alimentaire et de la nutrition dans le monde 2026, connu sous l’acronyme SOFI, est publié conjointement par la FAO, le Fonds international de développement agricole, l’UNICEF, le Programme alimentaire mondial et l’Organisation mondiale de la santé. Il estime qu’entre 608 et 696 millions de personnes ont souffert de la faim dans le monde en 2025, soit entre 7,4 % et 8,5 % de la population mondiale.

L’estimation centrale confirme une baisse d’environ 14 millions de personnes par rapport à 2024. Mais cette trajectoire n’est ni uniforme ni suffisante. En Afrique, une personne sur cinq reste touchée par la sous-alimentation. La proportion a très légèrement diminué, passant de 20,3 % à 20 %, mais la croissance démographique a fait augmenter le nombre absolu de personnes concernées.

  • Afrique : environ 309 millions de personnes sous-alimentées en 2025.
  • Asie : environ 292 millions, contre 372 millions en 2021.
  • Amérique latine et Caraïbes : environ 32 millions, avec une prévalence ramenée à 4,8 %.
  • Monde : entre 608 et 696 millions de personnes touchées.

Le dépassement de l’Asie par l’Afrique ne signifie pas que la situation asiatique est résolue. Il montre cependant que des progrès rapides sont possibles lorsque la croissance, les politiques sociales, la production agricole et l’accès aux marchés avancent ensemble. Il révèle surtout l’ampleur du retard accumulé dans de nombreuses régions africaines.

Pourquoi l’Afrique devient le nouveau centre de gravité de la crise

Il n’existe pas une cause unique. Les conflits détruisent les récoltes, déplacent les populations et ferment les routes commerciales. Les événements climatiques extrêmes alternent sécheresses, inondations et pertes de bétail. L’endettement réduit les marges budgétaires des États, tandis que la faiblesse des infrastructures renchérit le transport, le stockage et la conservation des aliments.

La crise est particulièrement aiguë dans plusieurs zones du Sahel, de la Corne de l’Afrique et d’Afrique centrale. Au Soudan et au Soudan du Sud, la guerre et les déplacements aggravent les risques de famine. Dans d’autres pays, l’insécurité, la volatilité des monnaies et le prix des importations empêchent les ménages de bénéficier pleinement d’une amélioration de la production mondiale.

La démographie compte également. Même lorsque la proportion de personnes sous-alimentées baisse légèrement, la population augmente assez vite pour faire progresser le nombre total de personnes touchées. Cette mécanique explique en partie le seuil historique franchi en 2025, sans diminuer la responsabilité des politiques publiques ni l’urgence des investissements.

Le vrai obstacle est aussi le prix d’une alimentation saine

La faim ne se mesure pas seulement au nombre de calories disponibles. Le rapport 2026 insiste sur le coût d’un régime alimentaire sain. En 2025, environ 2,69 milliards de personnes dans le monde, soit près d’un tiers de l’humanité, n’avaient pas les moyens de s’offrir une alimentation équilibrée.

L’Afrique affiche de très loin la situation la plus difficile : 66,6 % de sa population ne pouvait pas financer un régime sain, contre 28,9 % en Asie et 25,7 % en Amérique latine et dans les Caraïbes. Les produits d’origine animale représentent la principale composante du coût d’une alimentation saine sur le continent, selon les agences de l’ONU.

Cette différence est essentielle. Un foyer peut éviter la faim aiguë tout en renonçant régulièrement aux protéines, aux fruits, aux légumes ou à d’autres aliments nutritifs. Les conséquences apparaissent ensuite dans la santé des enfants, les capacités d’apprentissage, la productivité des adultes et les dépenses médicales. La facture de la malnutrition se prolonge donc bien au-delà de l’assiette.

Le conflit au Moyen-Orient menace les progrès déjà fragiles

Les données du rapport portent principalement sur 2025 et ne mesurent pas encore pleinement les chocs de 2026. Les cinq agences avertissent que le conflit au Moyen-Orient, les perturbations possibles des routes maritimes et la hausse des coûts énergétiques peuvent effacer une partie des progrès récents.

L’impact se transmet rapidement. Le pétrole et le gaz influencent le transport, la transformation des aliments et la chaîne du froid. Le prix de l’énergie pèse aussi sur la fabrication des engrais. Une fermeture durable ou une forte perturbation du détroit d’Ormuz pourrait donc augmenter les coûts agricoles dans des pays très éloignés du Golfe.

Le président du FIDA, Alvaro Lario, a estimé auprès de l’Associated Press que des tensions prolongées sur le transport maritime et l’énergie pourraient faire basculer 9 à 18 millions de personnes supplémentaires dans la faim. Cette projection n’est pas une certitude, mais elle montre à quelle vitesse une crise géopolitique peut devenir une crise alimentaire mondiale.

L’objectif « Faim zéro » en 2030 s’éloigne dangereusement

Les Nations unies projettent que plus de 500 millions de personnes pourraient encore souffrir de faim chronique en 2030. L’objectif international d’éradication de la faim ne sera donc pas atteint au rythme actuel. Le léger recul mondial enregistré depuis trois ans ne suffit pas à compenser les conflits, les inégalités régionales et le coût persistant d’une alimentation de qualité.

La baisse des financements humanitaires ajoute une pression supplémentaire. Lorsque les programmes d’aide réduisent les rations ou le nombre de bénéficiaires, les familles vendent leurs biens, retirent les enfants de l’école ou consomment les semences prévues pour la saison suivante. Une économie immédiate pour les bailleurs peut alors créer une crise plus coûteuse quelques mois plus tard.

Le rapport appelle à agir sur plusieurs fronts : protéger les populations dans les zones de conflit, investir dans l’agriculture locale, améliorer les routes et le stockage, soutenir les revenus, faciliter l’accès au crédit et rendre les aliments nutritifs moins chers. Les politiques doivent aussi tenir compte des femmes, souvent essentielles à la production et à la vente des aliments mais moins bien servies par la propriété foncière et le financement.

Un enjeu africain devenu une question mondiale

La nouvelle géographie de la faim concerne directement l’Europe, le Moyen-Orient, l’Asie et les Amériques. L’instabilité alimentaire nourrit les déplacements forcés, fragilise les économies, alimente les tensions politiques et compromet l’éducation d’une génération entière. À l’inverse, une Afrique capable de transformer son potentiel agricole peut devenir un moteur de croissance, d’emploi et de sécurité pour l’économie mondiale.

Le continent dispose de terres, d’une population jeune, d’entrepreneurs agricoles et de marchés urbains en expansion. Mais ces atouts ne se convertiront pas automatiquement en sécurité alimentaire. Il faut des investissements patients, des institutions solides, des échanges régionaux plus fluides et une réponse climatique adaptée à chaque territoire.

Le chiffre de 309 millions ne doit pas devenir une statistique de plus. Il marque un déplacement du centre de gravité de la faim mondiale et révèle l’insuffisance des réponses actuelles. Le monde a enregistré un progrès réel en 2025, mais il risque de le perdre si l’Afrique reste le continent où deux personnes sur trois ne peuvent pas financer une alimentation saine.

Sources

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