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dimanche 20 septembre 2026

Culture without borders. / La culture sans frontières.

Bangladesh : culture et médias à l’heure de l’IA

À Dacca, l'UNESCO et le Bangladesh ont rapproché trois dossiers souvent traités séparément : information fiable, gouvernance de l'IA et patrimoine culturel. Ce que cette conversation ouvre, et ce qu'elle ne décide pas encore.


Cheventong Vil
Cheventong Vil
Journaliste à B-Empire Magazine, Cheventong Vil couvre l'actualité
septembre 20, 2026  ·  5 min de lecture
Bangladesh : culture et médias à l'heure de l'IA
B-EMPIRE Magazine

À Dacca, une même table a réuni des questions que l’on range habituellement dans des ministères différents. Le 16 septembre 2026, une délégation de l’UNESCO conduite par Susan Vize, représentante de l’organisation au Bangladesh, a rencontré Zahed Ur Rahman, conseiller chargé de l’information, de la radiodiffusion et des affaires culturelles. Selon le compte rendu publié par l’UNESCO le 18 septembre, les échanges ont porté sur le journalisme, la sécurité des journalistes, la gouvernance numérique, l’intelligence artificielle responsable, la culture et le patrimoine. L’intérêt de cette rencontre tient moins à une annonce spectaculaire qu’à la façon dont ces sujets se répondent.

Une information solide est aussi une infrastructure culturelle

Le communiqué de l’UNESCO cite explicitement l’intégrité de l’information, la mésinformation et la désinformation, ainsi que l’éducation aux médias et à l’information. Ces expressions peuvent sembler abstraites. Elles désignent pourtant des expériences très concrètes : savoir d’où vient une image, distinguer un reportage d’une publicité, vérifier une affirmation qui circule sur une messagerie ou comprendre pourquoi une source mérite confiance. Une politique culturelle ne vit pas hors de cet environnement. Les artistes, les lieux de mémoire et les récits collectifs passent eux aussi par les médias et les plateformes.

L’autre point nommé par l’UNESCO est la sécurité des journalistes. Sans conditions de travail permettant d’enquêter et de publier, les outils de vérification ne suffisent pas. La qualité de l’information dépend à la fois des compétences du public, des pratiques professionnelles et de la protection de celles et ceux qui produisent les faits. Le dialogue de Dacca relie ces trois dimensions, mais le communiqué ne détaille ni nouvelle mesure de protection ni calendrier de réforme. Il faut donc lire cette rencontre comme une étape de discussion, non comme une politique déjà adoptée.

L’IA responsable, au-delà du mot d’ordre

La gouvernance responsable de l’intelligence artificielle figure également dans les échanges, au côté du paysage numérique et du processus de réforme des médias. Ce voisinage est important. Les systèmes capables de générer du texte, des images ou du son peuvent aider à traduire et à diffuser des contenus, mais ils compliquent aussi l’identification de leur origine. Pour une rédaction, une institution culturelle ou un service public, les questions décisives deviennent alors très pratiques : qui vérifie une sortie automatisée, comment signaler son usage, quelles données ont servi à la produire et qui répond d’une erreur ?

Le compte rendu ne précise pas de dispositif national nouveau sur ces points. Il serait prématuré de présenter la rencontre comme le lancement d’une réglementation de l’IA. Son intérêt éditorial est ailleurs : elle place la technologie dans le même cadre que la confiance publique et la circulation des œuvres. Une innovation n’est pas seulement un outil à déployer ; c’est aussi un ensemble de choix sur la responsabilité, l’accès et la représentation des langues et des cultures. La suite devra montrer si ce dialogue se traduit par des règles, des formations ou des projets identifiables.

Patrimoine vivant et économie créative dans la même conversation

La partie culturelle de la réunion est tout aussi large. L’UNESCO évoque les possibilités de coopération autour d’une stratégie culturelle nationale globale, de la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel, des procédures de candidature auprès de l’organisation, du programme Mémoire du monde et de l’économie créative du Bangladesh. Ces dossiers n’ont pas la même temporalité. Préserver une pratique vivante suppose de travailler avec ses porteurs ; documenter des archives demande d’autres compétences ; faire grandir une activité créative exige encore des conditions de diffusion et de rémunération.

Les réunir dans une même discussion peut éviter une séparation artificielle entre conservation et création. Un patrimoine n’est pas seulement un objet à exposer : il circule dans les gestes, les voix, les images et les usages contemporains. À l’inverse, l’économie créative ne se réduit pas à une promesse de croissance. Elle dépend de la capacité des créateurs à être visibles, crédités et payés, ainsi que de l’accès du public aux œuvres. Le communiqué ne chiffre aucun financement et n’annonce aucune inscription patrimoniale. La nuance compte : une candidature évoquée n’est pas une reconnaissance accordée.

Ce qu’il faudra surveiller maintenant

Les deux parties ont salué la poursuite de leurs échanges et une coordination plus étroite avec les institutions concernées. L’UNESCO dit vouloir soutenir le Bangladesh par la coopération technique, le dialogue sur les politiques publiques et le partage international de connaissances. Aucun accord signé, budget ou programme doté d’échéances n’est mentionné dans son texte du 18 septembre. Le prochain indice de progrès sera donc concret : une feuille de route publiée, des partenaires désignés, des actions de formation, des protections vérifiables ou des projets culturels auxquels les acteurs locaux participent réellement.

Pour B-EMPIRE, le fil conducteur est simple : la culture ne peut plus être pensée à part des technologies qui la rendent visible, ni les médias à part des conditions de confiance qui permettent aux publics de s’orienter. La rencontre de Dacca ne résout pas ce triangle. Elle pose néanmoins la bonne question de méthode : comment faire avancer ensemble liberté d’informer, responsabilité numérique et transmission culturelle, sans transformer une conversation diplomatique en victoire annoncée trop tôt ? C’est sur la réponse, et non sur la seule photo de la réunion, que cette coopération devra être jugée.

Sources

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