Il existe des milliers de forêts protégées, mais seulement quatre sites reconnus dans ce cercle très particulier. La Mata Nacional do Bussaco, au centre du Portugal, vient de devenir la première forêt thérapeutique certifiée de la péninsule Ibérique. Derrière cette distinction rare se joue une idée puissante : la nature ne serait plus seulement un décor à visiter, mais un espace organisé pour accompagner le bien-être et certaines prises en charge, sans jamais remplacer la médecine.
La certification, attribuée en juillet 2026 par le Healing Forest – International Certification Office, propulse Bussaco aux côtés de trois sites situés en Autriche et en Allemagne. L’annonce résonne bien au-delà du Portugal. Elle intervient alors que le tourisme de bien-être progresse, que les villes cherchent des réponses au stress chronique et que les effets du contact avec les espaces verts intéressent de plus en plus les chercheurs comme les professionnels de santé.
Un domaine portugais rejoint un club de quatre sites mondiaux
Située dans la paroisse de Luso, sur la commune de Mealhada, la forêt nationale de Bussaco couvre environ 105 hectares. Sa taille peut sembler modeste, mais sa densité patrimoniale est exceptionnelle. La fondation qui la gère recense près de 250 espèces d’arbres et d’arbustes, constituant l’une des collections dendrologiques les plus remarquables d’Europe.
Le site rassemble plusieurs univers : un arboretum, des jardins, la vallée des fougères, une forêt relictuelle et une pinède. Son histoire, son architecture et sa biodiversité lui ont déjà valu le statut de monument national portugais en 2017. La nouvelle certification ajoute une fonction contemporaine à cet héritage : accueillir des parcours et des programmes encadrés autour du contact avec la forêt.
Le président de la Fondation Mata do Bussaco, Gonçalo Breda Marques, a présenté ce classement comme un statut mondial accompagné d’une forte responsabilité. Le message est central : le label ne doit pas devenir une simple formule publicitaire. Il engage le gestionnaire sur la qualité des parcours, la formation des intervenants, la préservation du vivant et la capacité à recevoir le public sans détériorer le lieu.
Ce que signifie vraiment « forêt thérapeutique »
Une forêt thérapeutique n’est pas un hôpital à ciel ouvert et ses arbres ne sont pas présentés comme des médicaments. La certification désigne un espace dont les caractéristiques naturelles et les aménagements permettent des usages encadrés : réduction du bruit, protection visuelle, chemins de difficultés variées, zones de repos et espaces adaptés à des exercices spécifiques.
Le dispositif prévoit l’intervention de professionnels qualifiés. Les activités peuvent inclure la marche lente, l’attention portée aux sons et aux odeurs, des exercices respiratoires ou des séquences de détente. Dans un cadre de santé, ces pratiques peuvent compléter une prise en charge conventionnelle. Elles ne doivent ni promettre une guérison ni pousser une personne à interrompre un traitement.
Les chiffres qui rendent Bussaco unique
- 4 sites : le nombre de forêts thérapeutiques citées comme certifiées dans le monde avec Bussaco.
- 1re : la place de Bussaco dans la péninsule Ibérique.
- 105 hectares : la superficie approximative du domaine.
- 250 espèces : la richesse annoncée de sa collection d’arbres et d’arbustes.
- 2031 : l’échéance de validité indiquée pour la certification actuelle.
Du shinrin-yoku japonais au tourisme européen
L’idée du « bain de forêt » est souvent associée au terme japonais shinrin-yoku, développé au Japon à partir des années 1980. Le principe n’est pas de parcourir le plus de kilomètres possible, mais de ralentir et de mobiliser les sens. Le succès mondial de cette pratique a progressivement créé un marché composé de guides, de séjours, de formations et de destinations spécialisées.
Des travaux scientifiques ont associé l’exposition régulière aux espaces verts à des effets favorables sur le stress, l’humeur, le sommeil ou certains indicateurs cardiovasculaires. Mais les résultats varient selon les protocoles, les populations étudiées et la durée des expériences. La prudence reste indispensable : parler de bénéfices possibles et mesurés dans certains contextes est plus juste que d’affirmer que la forêt « soigne tout ».
Cette nuance est précisément ce qui peut distinguer Bussaco d’une tendance passagère. La valeur du projet dépendra de sa capacité à documenter les programmes, à travailler avec des professionnels compétents et à expliquer clairement les limites de la démarche. Le label attire l’attention ; la crédibilité se gagnera ensuite par la méthode.
Une nouvelle carte à jouer pour le Portugal
Pour le Portugal, Bussaco devient un produit touristique différenciant. Le pays est déjà connu pour Lisbonne, Porto, l’Algarve et ses plages. La forêt propose un autre récit : celui d’un séjour plus lent, lié à la nature, à la prévention et au patrimoine. La proximité des thermes de Luso renforce cette cohérence et peut encourager des offres combinant hébergement, détente, activités forestières et découverte culturelle.
Le potentiel économique est réel. Les voyages consacrés au bien-être attirent souvent des visiteurs prêts à rester plus longtemps et à dépenser dans des services locaux. Guides, hôtels, restaurants, centres thermaux et producteurs régionaux peuvent en bénéficier. Bussaco offre ainsi à l’intérieur du pays une visibilité internationale rarement accessible à un site de cette taille.
La France et le reste de l’Europe observeront probablement l’expérience. De nombreuses régions françaises disposent de forêts, de stations thermales et d’une tradition de tourisme de santé. Si le modèle portugais prouve qu’il peut associer exigences scientifiques, retombées locales et conservation, d’autres territoires pourraient chercher une certification comparable.
Le piège du succès : protéger la forêt que l’on vient célébrer
La reconnaissance internationale peut aussi fragiliser Bussaco. Davantage de visiteurs signifie davantage de pression sur les sentiers, de stationnement, de déchets et de besoins en eau. Une expérience fondée sur le calme perdrait son sens si le site devenait saturé. La fondation devra donc arbitrer entre accès, capacité d’accueil et protection.
Le changement climatique ajoute une contrainte majeure. Les forêts du sud de l’Europe sont exposées aux sécheresses, aux vagues de chaleur, aux incendies et aux parasites. Promouvoir Bussaco comme un espace de santé suppose d’abord de garantir la santé de son écosystème. Le tourisme généré par le label devra contribuer à l’entretien, à la prévention et à la connaissance scientifique du domaine.
La gouvernance sera donc le véritable test. Réserver certains créneaux aux programmes encadrés, mesurer les flux, protéger les zones sensibles et publier des indicateurs transparents permettraient d’éviter que le mot « thérapeutique » ne se réduise à une étiquette marketing.
Le signal que le monde du voyage ne peut pas ignorer
La certification de Bussaco raconte une transformation profonde du tourisme. Après des années dominées par la vitesse, les listes de lieux à photographier et les destinations surchargées, une partie du public recherche désormais du silence, du temps et une expérience personnelle. Une forêt de 105 hectares peut soudain devenir une référence mondiale parce qu’elle répond à ce désir avec un cadre précis.
Bussaco ne promet pas un miracle : il propose un modèle. Celui d’un patrimoine naturel utilisé avec méthode, relié au bien-être sans discours médical trompeur et capable de créer de la valeur locale. Si le Portugal protège cette ambition contre la surfréquentation et les promesses excessives, sa première forêt thérapeutique pourrait inspirer bien plus que la péninsule Ibérique.
Sources fiables
- Euronews — certification, critères et caractéristiques de la forêt de Bussaco, 27 juillet 2026
- Fundação Mata do Bussaco — informations officielles sur le domaine, son patrimoine et sa gestion
- The Portugal News / Lusa — annonce de la certification et déclaration de la fondation, 9 juillet 2026
- iNature / Forest Therapy Hub — portée du label, tourisme de nature et préservation de la biodiversité, juillet 2026


