Le calendrier culturel francilien se densifie encore ce mercredi 3 juin 2026, mais un rendez-vous merite une attention particuliere du cote du cinema: le festival Cote court ouvre sa 35e edition au Cine 104 a Pantin, en Seine-Saint-Denis. Sur le papier, il s’agit d’un festival de films courts. Dans les faits, c’est bien plus que cela. Pendant dix jours, du 3 au 13 juin, Pantin devient l’un des points les plus strategiques du cinema emergent en France, avec des projections, des competitions, des rencontres et une programmation qui relie nouvelles signatures, ecoles, formes experimentales et cinastes deja identifies. Pour B-Empire Magazine, le sujet est fort parce qu’il parle a la fois de culture francaise, de scene parisienne elargie et de la maniere dont la France continue de fabriquer des lieux de prescription au-dela des grands tapis rouges.
L’actualite est nette et datee. Le site du festival indique clairement qu’il s’agit de la 35e edition, organisee du 3 au 13 juin 2026 au Cine 104 a Pantin. Le Departement de la Seine-Saint-Denis confirme le meme calendrier et insiste sur la dimension anniversaire de cette edition, presentee comme dix jours de projections, de decouvertes et de rencontres pour defendre un cinema court dans la forme mais ambitieux dans ses propositions. Ce simple cadrage suffit deja a comprendre pourquoi Cote court reste un marqueur important: il ne se contente pas de diffuser des oeuvres courtes, il defend un ecosysteme complet, entre creation, reperage et circulation des talents.
Un festival installe a Pantin, mais branche sur tout le cinema d’aujourd’hui
Ce qui fait la singularite de Cote court, c’est d’abord son ancrage. Pantin n’est pas un decor interchangeable. Aux portes de Paris, la ville accueille depuis des annees un evenement qui a reussi a devenir un rendez-vous central pour le court metrage francais et europeen sans perdre son identite locale. Le Departement rappelle d’ailleurs que le festival, installe au Cine 104 et soutenu par la Seine-Saint-Denis, s’est exporte au fil du temps vers Romainville, Paris et d’autres villes d’Ile-de-France. En clair, Cote court part de Pantin mais rayonne plus large. C’est exactement le type de dynamique que recherchent aujourd’hui les grands evenements culturels: un lieu fort, une signature claire, puis une capacite a irriguer un territoire plus vaste.
Le programme officiel 2026 confirme cette ambition. La selection n’est pas enfermee dans une seule definition du court metrage. Elle se deploie en sections fiction, essai et art video, prospective cinema, grand angle, ecran libre et clips. Cette architecture est revelatrice. Elle montre que le festival ne pense pas le format court comme une simple rampe d’acces vers le long metrage, mais comme un espace autonome de recherche, de narration et de prise de risque. Dans la section fiction, on retrouve par exemple des films comme Agnes de Nora Arnezeder, La Semaine de quatre jours de Ludovic Beot ou Une Chimere d’Esther Mysius. En essai et art video, la selection va de 1Q89 de Mihai Grecu a L’Mina de Randa Maroufi. La section prospective cinema, elle, pousse le curseur vers des formats plus longs et hybrides, preuve que le festival suit aussi les zones de friction entre court, moyen et geste d’auteur.
Les chiffres 2026 confirment une edition tres dense
Il y a aussi les chiffres, qui donnent de la profondeur a l’evenement. France Televisions, partenaire de l’edition, indique que 126 films hors clips ont ete retenus sur 2 138 recus. Parmi eux, 36 sont des premiers films et 20 des films d’ecole. Autre indicateur important: 55 % des cineastes selectionnes arrivent a Cote court pour la premiere fois, et 48 % des films y feront leur premiere projection en festival. Ces donnees comptent enormement. Elles montrent que l’evenement ne vit pas sur sa nostalgie ou sur une liste fermee de noms connus. Il reste un appareil de decouverte. Pour un media qui surveille les tendances culturelles avant qu’elles ne deviennent generalistes, c’est un vrai signal de valeur.
La repartition des profils est egalement interessante sur le plan editorial. Selon la meme source, 47 % des cineastes selectionnes sont des femmes, 50 % des hommes et 3 % se definissent comme non binaires. Sans surjouer le commentaire, cela dit quelque chose du paysage de la creation courte en 2026: une scene plus diverse, plus ouverte, et sans doute plus representative des sensibilites qui travaillent aujourd’hui le cinema francais et europeen. Dans un contexte ou beaucoup d’institutions parlent d’inclusion sans toujours produire d’effets visibles, Cote court affiche au moins des donnees concretes.
La derniere edition de Jacky Evrard change la lecture du festival
L’autre element qui transforme cette edition en veritable actualite culturelle, c’est sa dimension de passage de relais. France Televisions souligne que 2026 sera la derniere edition de Jacky Evrard, fondateur et directeur artistique du festival. Le Departement de la Seine-Saint-Denis parle lui aussi d’une tonalite particuliere et explique que cette 35e edition est construite autour de son « amour du cinema », apres 35 ans de direction. Ce n’est pas un detail biographique. Dans les festivals, les lignes editoriales fortes sont souvent indissociables de celles et ceux qui les ont pensees dans la duree. Quand une figure historique s’apprete a quitter la barre, tout le monde regarde a la fois le present et l’apres.
Le site officiel formule cet esprit de facon tres claire: a l’occasion de cette 35e edition, le festival veut revisiter l’amour du cinema en compagnie de personnalites passees par Cote court. Cette orientation donne une couleur particuliere a l’evenement. Il ne s’agit pas uniquement d’une edition de plus au calendrier. C’est une edition bilan, une edition memoire, mais sans posture museale. Le Departement precise d’ailleurs que neuf seances viennent revisiter cet amour du cinema avec des courts metrages lies a des noms comme Chantal Akerman, Jean Genet, Jean-Luc Godard, Pier Paolo Pasolini, Maurice Pialat, Eric Rohmer ou Agnes Varda. Autrement dit, Pantin ne se contente pas de regarder vers l’avant; le festival reconnecte aussi les jeunes spectateurs et les nouveaux cineastes a une genealogie du regard.
Pourquoi ce sujet compte au-dela des cinephiles
La tentation serait de ranger ce genre d’actualite dans une case tres niche. Ce serait une erreur. Le court metrage est souvent le premier territoire ou se testent les formes, les narrations et les sensibilites qui irriguent ensuite le cinema plus large, la pub, le clip, la video d’artiste et parfois meme les series. Regarder ce qui se joue a Pantin aujourd’hui, c’est donc regarder une partie du futur proche de l’image francaise. D’autant que la selection 2026 fait dialoguer fiction, documentaire, art video, animation et clips, ce qui correspond parfaitement aux usages culturels d’un public qui navigue de plus en plus entre salles, plateformes, reseaux et experiences hybrides.
Il y a aussi un enjeu de centralite culturelle. Cannes reste la grande vitrine internationale du cinema francais, mais tout ne peut pas se jouer sur la Croisette. Des lieux comme Pantin, avec des festivals solides, creent un deuxieme niveau de legitimite: plus proche du public, plus poreux aux talents emergents, plus agile dans la prise de risque. En ce sens, Cote court complete l’architecture culturelle francaise. Il rappelle qu’un pays de cinema n’est pas seulement un pays de palmares, mais aussi un pays de selection, de reperage, de circulation et de conversations critiques.
Ce qu’il faut retenir en ce 3 juin 2026
A la date du mercredi 3 juin 2026, l’information la plus solide est donc la suivante: Cote court ouvre a Pantin une 35e edition a la fois dense, symbolique et tres utile pour prendre la temperature du cinema court francais. Le festival dure jusqu’au 13 juin au Cine 104, s’appuie sur une selection large et competitive, met en avant un volume important de premieres oeuvres et de premieres projections en festival, et prend en meme temps la forme d’un moment charniere avec la derniere edition dirigee par Jacky Evrard. Pour un titre comme B-Empire Magazine, le bon angle n’est pas seulement l’agenda. C’est la lecture d’ensemble: Pantin devient, pendant dix jours, un observatoire concret de la jeune creation cinematographique francaise et europeenne.
Dans une actualite souvent aspiree par les blockbusters, le streaming ou les polarisations politiques, voir un festival francilien reussir a tenir une ligne artistique lisible, a attirer plus de deux mille candidatures et a rester un lieu de premiere exposition pour de nombreux cineastes est tout sauf anecdotique. C’est meme un rappel assez precieux: la culture francaise continue de se renouveler dans ses marges actives, et Pantin en offre cette semaine l’une des meilleures demonstrations.
Sources
- Festival Cote court, page officielle de l’edition 2026, consultee le 3 juin 2026.
- Festival Cote court, selection officielle 2026, consultee le 3 juin 2026.
- Departement de la Seine-Saint-Denis, « Cote Court, 35 ans d’amour du cinema », publie le 18 mai 2026.
- France Televisions, « Festival Cote court, du 3 au 13 juin au Cine 104 a Pantin », consulte le 3 juin 2026.
