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FIFA : le projet à 20 milliards qui fragilise Gianni Infantino

La FIFA voulait ouvrir à des investisseurs privés une société valorisée 20 milliards de dollars regroupant ses compétitions. Face à la menace de boycott de l'Europe et à une fronde interne, Gianni Infantino a reculé. Mais la crise de gouvernance, elle, ne fait que commencer.


Santhia Antoine
Santhia Antoine
Rédactrice en chef de B-Empire Magazine, Santhia Antoine
août 5, 2026  ·  7 min de lecture
FIFA : le projet à 20 milliards qui fragilise Gianni Infantino
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En moins d’une semaine, un projet valorisant les activités commerciales de la FIFA à 20 milliards de dollars a provoqué une menace de boycott européen, une révolte interne et un recul spectaculaire de Gianni Infantino. Le président du football mondial a finalement abandonné l’idée d’ouvrir le capital d’une nouvelle société chargée d’exploiter les grandes compétitions. Pourtant, l’affaire ne s’arrête pas avec le retrait du plan. Les révélations publiées les 4 et 5 août montrent une direction divisée et posent une question explosive : qui contrôle réellement l’avenir économique de la Coupe du monde ?

La bataille dépasse largement les querelles de dirigeants. Au cœur du dossier se trouvent les revenus des Coupes du monde, les droits audiovisuels, les partenariats, les licences et une partie de la valeur future du sport le plus populaire de la planète. Le projet promettait des ressources immédiates aux fédérations. Ses adversaires y voyaient une privatisation durable d’un patrimoine sportif mondial et un bouleversement du principe selon lequel la FIFA appartient à ses 211 associations membres.

Une société à 20 milliards de dollars au cœur de la tempête

Selon les informations publiées par Reuters puis détaillées par l’Associated Press, la FIFA envisageait la création d’une filiale commerciale appelée FIFA Forward Enterprise. Cette structure aurait concentré l’exploitation de ses compétitions, dont les Coupes du monde masculines et féminines, ainsi que leurs principales sources de revenus. Sa valorisation évoquée atteignait 20 milliards de dollars et environ 20 % du capital auraient pu être ouverts à des investisseurs privés.

Pour obtenir l’adhésion des fédérations, le dispositif prévoyait une distribution financière importante. Chaque association membre pouvait espérer un versement initial de 20 millions de dollars, selon l’AP, puis des montants liés aux performances commerciales futures. Sur le papier, l’offre avait de quoi séduire les petites fédérations dont le budget dépend fortement des fonds de développement de la FIFA. Mais cette promesse immédiate soulevait une inquiétude : combien de pouvoir et de revenus futurs faudrait-il céder en échange ?

La menace de boycott qui a renversé le rapport de force

L’opposition européenne a été rapide et exceptionnellement dure. L’UEFA et ses 55 associations nationales ont rejeté le transfert d’intérêts dans les compétitions de la FIFA à des capitaux privés. La menace n’était plus seulement juridique ou symbolique : les sélections européennes pouvaient refuser de participer aux compétitions de la FIFA tant que la proposition resterait en vie.

Un tel boycott aurait frappé le modèle économique à son point le plus sensible. Sans les grandes nations européennes, la valeur sportive, télévisuelle et commerciale des tournois aurait été lourdement diminuée. L’Asie et l’Amérique du Nord ont également exprimé leur opposition, isolant davantage le projet. Le bras de fer a ainsi démontré que le pouvoir de la FIFA n’est pas absolu : il dépend toujours des équipes, des confédérations, des diffuseurs, des sponsors et du public.

Gianni Infantino recule, mais la crise s’installe

Dans une déclaration publiée à la fin du 31 juillet, Gianni Infantino a reconnu que le projet avait créé des divisions incompatibles avec l’objectif affiché d’unité. Il a donc annoncé que la proposition n’irait pas plus loin. Ce retrait évitait une confrontation immédiate avec l’UEFA, mais il ne refermait pas le dossier politique.

Le 4 août, Le Monde a révélé que le secrétaire général de la FIFA, Mattias Grafström, avait pris ses distances dans un message adressé au personnel. Le directeur des opérations, le Français Kevin Lamour, avait déjà dénoncé un projet porté par une seule personne. Carlos Cordeiro, conseiller américain d’Infantino et ancien président de la fédération des États-Unis, avait quant à lui démissionné. Pour un dirigeant habitué à maîtriser étroitement la communication de l’institution, cette succession de ruptures constitue un avertissement majeur.

Ceferin gagne une bataille décisive pour le football européen

Aleksander Ceferin ressort renforcé de cette séquence. Le président de l’UEFA a réussi à unir des fédérations européennes souvent divisées et à transformer leur poids sportif en levier politique. Selon le portrait publié par Le Monde le 5 août, sa contre-offensive a enfermé Infantino dans une alternative impossible : maintenir le projet et risquer une fracture historique, ou reculer et apparaître affaibli.

Cette victoire rappelle la mobilisation qui avait fait échouer la Super Ligue fermée en 2021. Dans les deux cas, l’argument central concerne la propriété et le contrôle du football. Les défenseurs du modèle européen affirment que les compétitions ne peuvent être traitées comme de simples actifs financiers, car leur valeur vient aussi de la participation des clubs, des joueurs, des sélections et des supporters.

Pourquoi les investisseurs privés s’intéressent au football mondial

L’intérêt des fonds n’a rien de mystérieux. Le football offre des audiences mondiales, des droits audiovisuels récurrents, des revenus de billetterie, des licences, des données et des possibilités de développement numérique. La Coupe du monde 2026, organisée aux États-Unis, au Canada et au Mexique, a encore élargi le tournoi à 48 équipes et 104 matches. Cette croissance rend l’écosystème plus attractif pour les capitaux qui recherchent des actifs rares et internationalement identifiables.

Mais le capital privé attend généralement un rendement, une influence sur la stratégie et une visibilité à long terme. Une participation minoritaire peut donc peser sur le calendrier, les formats, les prix des billets, les horaires de diffusion ou la création de nouvelles compétitions. Le débat n’oppose pas simplement modernité et tradition. Il porte sur la répartition du risque, des profits et du pouvoir de décision.

Le point France : un dirigeant français au centre de la fronde

La France est directement concernée par cette crise. Kevin Lamour, directeur des opérations de la FIFA et ancien cadre de la Fédération française de football, a publiquement pris ses distances avec le projet. Son intervention donne une dimension française à une affaire mondiale et montre que la contestation ne vient pas uniquement de l’extérieur de l’institution.

Pour la FFF comme pour les autres fédérations européennes, le retrait du plan protège à court terme leur influence collective. Il ne règle toutefois pas les tensions autour du calendrier, de la multiplication des rencontres et du partage des revenus. Les joueurs évoluant dans les clubs français sont déjà exposés à une densité croissante de compétitions. Toute nouvelle logique financière susceptible d’ajouter des matches ou d’augmenter la pression commerciale aura donc des conséquences concrètes en Ligue 1 et en équipe de France.

Une victoire des opposants, pas encore une réforme de la FIFA

Le retrait de FIFA Forward Enterprise est une victoire nette pour ses opposants. Il prouve qu’une coalition de confédérations peut arrêter un projet soutenu au sommet. Mais aucune réforme structurelle n’a encore été annoncée pour garantir davantage de transparence, de consultation ou de contrôle. Le même débat pourrait revenir sous une autre forme, avec un périmètre réduit ou une proposition financière différente.

La vraie conséquence de cette semaine est donc politique. Gianni Infantino conserve sa fonction, mais son autorité a été publiquement contestée par des partenaires essentiels et par des responsables de sa propre administration. Après une Coupe du monde 2026 gigantesque, le football mondial découvre que sa valeur commerciale record peut aussi devenir sa principale ligne de fracture. Le projet à 20 milliards de dollars est abandonné ; la bataille pour savoir à qui appartient le jeu, elle, ne fait que commencer.

Sources

  • Associated Press, « Infantino abandons plans to sell World Cup profits to private equity », 31 juillet 2026.
  • Associated Press, opposition européenne et menace de boycott, 30 juillet 2026.
  • Le Monde, révélations sur la fronde interne à la FIFA, 4 août 2026.
  • Le Monde, portrait d’Aleksander Ceferin et récit du recul d’Infantino, 5 août 2026.
  • Reuters via Boursorama, présentation initiale du projet commercial, 28 juillet 2026.
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