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lundi 21 septembre 2026

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Naomi Watts à Saint-Sébastien : un prix, un film et une question d’âge

Naomi Watts a reçu le prix Donostia le 19 septembre et présenté The Housewife. Son intervention remet au premier plan la visibilité des actrices au fil de leur carrière.


Santhia Antoine
Santhia Antoine
Rédactrice en chef de B-Empire Magazine, Santhia Antoine
septembre 21, 2026  ·  6 min de lecture
Naomi Watts à Saint-Sébastien : un prix, un film et une question d’âge
Photo : Gage Skidmore from Peoria, AZ, United States of America/Wikimedia CommonsCC BY-SA 2.0. Image cropped by B-Empire Magazine.

Un prix de carrière peut célébrer le passé tout en posant une question très actuelle : quelles histoires propose-t-on encore aux actrices qui avancent en âge ? Naomi Watts a reçu le 19 septembre 2026 le deuxième prix Donostia de la 74e édition du Festival de Saint-Sébastien. La cérémonie s’est tenue au Kursaal, avec une distinction remise par le cinéaste J. A. Bayona. L’actrice et productrice a dédié l’hommage à David Lynch, réalisateur dont Mulholland Drive a marqué son parcours international. Elle a aussi évoqué la nécessité de voir des femmes de sa génération représentées à l’écran. Ces propos donnent à la soirée une portée qui dépasse la reconnaissance d’une filmographie.

Un hommage qui n’arrête pas la carrière

Le prix Donostia distingue une trajectoire, pas une performance isolée. Le festival rappelle que Watts a construit sa carrière entre cinéma indépendant, productions grand public, télévision et production. Elle a obtenu deux nominations à l’Oscar, pour 21 Grams et The Impossible. Une liste de titres permet de situer une actrice, mais elle peut aussi figer son image autour de quelques rôles consacrés. En recevant un prix alors qu’elle continue de produire et de jouer, Watts rappelle que le travail d’une interprète ne se termine pas au moment où une institution décide de le résumer. L’hommage a du sens s’il ouvre aussi la curiosité pour ce qu’elle fait maintenant.

La dédicace à David Lynch inscrit la soirée dans une mémoire précise du cinéma. Le festival présente Mulholland Drive, sorti en 2001, comme le film qui a donné à Watts une reconnaissance internationale. Cela ne réduit ni sa carrière ultérieure ni la collaboration artistique à une formule commémorative. Une trajectoire se construit avec des metteurs en scène, mais aussi par les décisions de l’actrice elle-même, son choix de personnages et sa capacité à naviguer entre formats. La cérémonie reconnaît une artiste vivante, encore engagée dans la fabrication de films, et non simplement une figure d’une époque que l’on voudrait refermer.

La visibilité des femmes au centre du discours

Dans le compte rendu du festival, Watts relie explicitement son prix à la place faite aux femmes de son âge à l’écran. Le constat ne peut pas être vérifié ou réfuté par une seule programmation : il invite à regarder quels personnages sont écrits, qui dispose d’une histoire propre et qui reste cantonné à une fonction secondaire. Les récompenses honorifiques peuvent créer un paradoxe. Elles donnent une visibilité forte à une interprète tout en concentrant l’attention sur ses succès passés, lorsque l’offre de rôles présents est justement l’enjeu. L’intérêt de la prise de parole de Watts est de refuser que l’applaudissement tienne lieu de réponse à cette question.

Le sujet dépasse une personne célèbre. À mesure que les carrières durent, les producteurs, auteurs, plateformes et festivals déterminent ensemble quels âges ont droit à la complexité, au désir, à l’ambivalence et à l’aventure. Watts n’a pas présenté à Saint-Sébastien une enquête statistique sur les rôles féminins ; il serait abusif de prêter à son discours des chiffres qu’il ne contient pas. Elle a formulé une exigence de représentation depuis son expérience d’actrice. La manière sérieuse de la recevoir consiste à examiner la diversité réelle des personnages proposés, plutôt qu’à transformer une phrase de cérémonie en preuve que le problème est déjà réglé.

The Housewife, un nouveau film à découvrir

La remise du prix a été suivie d’une projection de The Housewife, premier long métrage du réalisateur canadien Ben Shirinian. Selon la présentation officielle, le film se déroule en 1964 et s’inspire d’un fait réel : un jeune journaliste découvre qu’un homme soupçonné d’être un ancien nazi se cacherait à New York et se rapproche de son épouse. Watts figure au générique avec Tye Sheridan, Luke Evans, Michael Imperioli et Lena Olin. Ces éléments décrivent une intrigue annoncée par le festival, pas la manière dont le film la met en scène. Ils n’autorisent pas à traiter les personnages comme des personnes réelles identifiées ou à juger la fidélité historique de l’oeuvre sans voir ses sources et son dispositif.

Le rapprochement entre un prix de carrière et un premier long métrage est intéressant. La notoriété de l’actrice attire des regards vers une oeuvre de cinéaste débutant ; le nouveau film empêche en retour que la soirée ne se referme sur la seule rétrospective. Cela ne garantit ni la réussite artistique de The Housewife ni sa réception future. Pour évaluer ce qu’il fait de son sujet, il faudra considérer le point de vue adopté, la place accordée à l’épouse du suspect, le rapport aux faits historiques et la construction de la tension. Une fiche de festival ne remplace pas une critique après visionnage.

La cérémonie et ce qui vient après

Saint-Sébastien a déjà remis cette année un prix Donostia à Werner Herzog lors de l’ouverture. La distinction de Watts est la deuxième de l’édition, ce qui permet de voir deux formes de parcours très différentes partager un même espace symbolique. Il serait réducteur de comparer leurs carrières comme si elles participaient à une compétition. Le festival sert plutôt de lieu où des oeuvres anciennes et nouvelles se rencontrent, parfois dans la même soirée. La question n’est pas seulement de savoir qui mérite un trophée, mais ce qu’une institution rend visible autour de ce trophée : les collaborateurs, les jeunes réalisateurs et les débats sur l’accès aux rôles.

Pour B-EMPIRE, l’actualité du 19 septembre tient à cette tension productive. Les faits confirmés sont la remise du Donostia à Naomi Watts, son hommage à David Lynch, sa prise de parole sur la représentation et la projection de The Housewife. La qualité du film et l’effet de ces paroles sur les pratiques de l’industrie restent des questions ouvertes. Une grande carrière mérite d’être célébrée ; elle mérite aussi de ne pas être présentée comme achevée. Lorsque l’actrice demande davantage de place pour les femmes de sa génération, elle transforme une soirée de reconnaissance en invitation à regarder les rôles qui seront écrits demain.

Sources

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