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jeudi 24 septembre 2026

Culture without borders. / La culture sans frontières.

En Afrique du Sud, le patrimoine vivant se transmet aussi en musique

Célébrée le 24 septembre à Oudtshoorn, la Journée du patrimoine sud-africaine a placé les pratiques vivantes et leur transmission au centre du débat. De la mémoire des langues aux concerts populaires, que faut-il pour qu’une tradition continue de vivre ?


Santhia Antoine
Santhia Antoine
Rédactrice en chef de B-Empire Magazine, Santhia Antoine
septembre 24, 2026  ·  6 min de lecture

Une chanson apprise dans une famille, une histoire racontée dans la langue d’un quartier, un geste transmis à un jeune interprète : le patrimoine ne reste vivant que s’il circule. En Afrique du Sud, la Journée nationale du patrimoine du 24 septembre 2026 a remis cette idée au premier plan. La célébration officielle s’est tenue au stade Bongolethu, à Oudtshoorn, autour du thème « Celebrating Our Living Heritage: Strengthening the Ties That Bind Us ». La musique y apparaît comme bien plus qu’un décor festif : elle est l’un des lieux où la mémoire se pratique et se transforme.

Une fête, mais aussi une question de transmission

Dans son discours prononcé à Oudtshoorn, le président Cyril Ramaphosa a évoqué les langues, les chansons, les récits et les traditions transmis par les générations précédentes. Il a aussi cité les musiciens, les conteurs, les artisans et les détenteurs de savoirs parmi les personnes qui maintiennent le patrimoine vivant. Cette reconnaissance déplace le regard : l’héritage n’est pas seulement un objet conservé dans un musée ou une image portée lors d’une cérémonie. Il dépend de personnes qui savent, enseignent, interprètent et partagent.

Le mot « transmission » peut sembler abstrait. Dans la pratique, il recouvre des gestes concrets : apprendre les paroles d’un chant, comprendre le contexte d’un rythme, entendre plusieurs langues sur une même scène, ou découvrir pourquoi une forme artistique a changé au fil du temps. Un concert peut rendre ces gestes visibles, mais il ne suffit pas à garantir leur continuité. Il faut des occasions répétées de jouer et d’écouter, des lieux accessibles, des rémunérations justes pour les artistes et des espaces où les jeunes peuvent apprendre sans être réduits au rôle de simples figurants.

La scène populaire comme espace de mémoire

SABC1 a annoncé pour le 24 septembre un épisode spécial d’Amalanga Awafani consacré à un concert Amabutho au Soweto Theatre. Selon la chaîne, le programme devait faire une place aux cultures Nguni, Pedi, Setswana et Sesotho, avec des apparitions musicales de Sannere et Feza, ainsi que des premières performances scéniques annoncées pour aboMzala, Sabelo et Fenda. La chaîne présente aussi une chanson dédiée aux femmes et à la dénonciation des violences dans les relations. Ces éléments sont ceux de l’annonce de SABC1 ; ils ne constituent pas à eux seuls un bilan indépendant de l’événement.

Ce type de rendez-vous montre comment la télévision et le spectacle peuvent rapprocher une tradition d’un public contemporain. La scène donne une forme commune à des histoires locales, tandis que la diffusion audiovisuelle peut les faire entendre au-delà de la salle. Mais la médiatisation pose une exigence : présenter les cultures avec assez de contexte pour éviter de les transformer en collection de costumes, de slogans ou de sons détachés de leurs communautés. Le public peut apprécier la performance tout en comprenant qu’elle porte des histoires, des usages et des choix artistiques.

Faire place aux langues et aux voix marginalisées

La diversité linguistique n’est pas un détail de programmation. Une langue transporte des nuances, des manières de plaisanter, de nommer le monde et de se souvenir. La faire entendre dans une chanson ou un récit affirme qu’elle appartient au présent, pas seulement aux archives. Cela suppose aussi de créer des passerelles : sous-titres, explications accessibles, traduction et diffusion adaptées peuvent permettre à d’autres publics d’entrer dans l’œuvre sans effacer sa singularité.

Cette attention est particulièrement importante lorsque l’histoire a marginalisé certaines communautés et leurs formes d’expression. La présidence a rappelé la place des communautés Khoi et San, ainsi que la nécessité de préserver des langues longtemps écartées. L’enjeu dépasse la visibilité symbolique : les personnes qui portent un savoir doivent pouvoir participer aux décisions sur la façon dont il est documenté, enseigné et partagé. Une célébration publique gagne en profondeur quand les communautés concernées ne sont pas seulement représentées, mais prennent part à la définition du récit.

La culture a besoin de conditions matérielles

Parler de patrimoine vivant implique aussi de parler de travail. Les musiciens, les conteurs, les techniciens, les producteurs et les lieux culturels ont besoin de ressources pour créer et transmettre. Une journée nationale attire l’attention ; elle ne remplace ni les programmes d’enseignement, ni les archives communautaires, ni les scènes régulières, ni les revenus permettant aux artistes de poursuivre leur activité. La politique publique sud-africaine décrit d’ailleurs le patrimoine vivant comme un levier de continuité, de diversité culturelle et de développement. Cette ambition ne prend corps que si elle se traduit dans des soutiens durables et accessibles.

Il existe enfin une tension féconde entre préservation et évolution. Une tradition qui continue de vivre n’est pas condamnée à rester immobile : elle peut rencontrer de nouveaux publics, de nouveaux instruments et de nouveaux formats. La question devient alors celle du choix et du respect. Qui décide des transformations acceptables ? Qui détient les droits sur un enregistrement ou une interprétation ? Comment les bénéfices reviennent-ils aux artistes et aux communautés qui ont rendu cette expression possible ? Ces sujets appartiennent pleinement à la conversation culturelle contemporaine.

Au-delà du 24 septembre

La Journée du patrimoine 2026 a choisi une formule ambitieuse : célébrer le patrimoine vivant comme un lien entre les personnes. Sa portée se mesurera moins à la seule réussite d’une cérémonie qu’à ce qui lui succède : des récits enregistrés avec le consentement de leurs détenteurs, des langues pratiquées par les jeunes, des artistes correctement rémunérés et des lieux où les œuvres peuvent être partagées toute l’année.

La musique rend cette idée immédiatement sensible. Elle peut faire danser une foule, mais aussi transmettre une mémoire, ouvrir une conversation et faire coexister des voix différentes. À Oudtshoorn comme sur une scène de Soweto, la célébration rappelle que le patrimoine n’est pas seulement ce que l’on reçoit. C’est ce que l’on choisit, ensemble, de continuer à faire entendre.

Sources

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