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mardi 22 septembre 2026

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À Tokyo, The Tenth Mosaic expose le jeu vidéo comme un art vivant

The Tenth Mosaic réunit à Tokyo, les 22 et 23 septembre, créateurs japonais et invités internationaux. Au programme : dialogues, musique, expositions et jeux indépendants à l'Institut français du Japon.


Santhia Antoine
Santhia Antoine
Rédactrice en chef de B-Empire Magazine, Santhia Antoine
septembre 22, 2026  ·  5 min de lecture
À Tokyo, The Tenth Mosaic expose le jeu vidéo comme un art vivant
B-EMPIRE Magazine

Le jeu vidéo quitte l’écran domestique pour occuper les salles, les scènes et les espaces d’exposition de l’Institut français du Japon à Tokyo. Les 22 et 23 septembre 2026, The Tenth Mosaic rassemble créateurs japonais et invités venus d’ailleurs autour de conversations, de musique jouée en direct, de dessins, d’ateliers et d’une sélection de jeux indépendants. Le festival se présente comme une célébration du « dixième art ». Sa programmation pose une question plus intéressante que le classement des arts : comment regarder un jeu lorsque ses images, ses sons et ses choix de création deviennent une expérience collective ?

Des auteurs face à leurs oeuvres

Parmi les rencontres annoncées figure un dialogue entre Eric Chahi, associé à Another World, et Fumito Ueda, connu notamment pour ICO et Shadow of the Colossus. Ces deux noms relient des périodes et des traditions différentes, mais invitent à examiner une même question : ce que le joueur comprend par le mouvement, le silence, le décor ou la résistance d’un monde virtuel. La valeur d’une telle rencontre ne dépend pas d’une annonce de nouveau projet. Elle peut se trouver dans la manière dont des créateurs racontent les décisions invisibles derrière des oeuvres devenues des références.

Le programme prévoit aussi une réunion de Katsura Hashino, Shigenori Soejima et Shoji Meguro, trio lié à la série Persona. En réunissant direction créative, identité visuelle et musique, cette séance rappelle qu’un jeu n’a pas un seul auteur au sens simple du terme. L’expérience naît d’un travail coordonné entre écriture, dessin, système de jeu et composition. Présenter ces métiers côte à côte permet au public de saisir pourquoi le style d’une franchise tient à des collaborations autant qu’à une signature individuelle.

La musique et le dessin prennent leur place

The Tenth Mosaic annonce des concerts, des expositions et du dessin en direct aux côtés des conférences. Ce choix change la façon d’aborder les jeux : une bande originale peut être écoutée sans manette, une illustration peut être observée avant d’être replacée dans son univers interactif, un objet matériel peut révéler les contraintes de sa fabrication. Le festival invite ainsi à ralentir une expérience généralement définie par l’action et à prêter attention à ceux qui en construisent les détails.

Cette mise en scène comporte cependant une limite. Extraire une musique ou une image d’un jeu peut en faire apprécier la qualité, mais ne restitue pas toujours le rapport entre la décision du joueur et la réponse de l’oeuvre. L’exposition gagne donc à garder des espaces où l’on peut essayer, comparer et discuter. La sélection indépendante annoncée par le festival a ici un rôle essentiel : rappeler que le médium continue de s’inventer, au-delà des titres dont la notoriété est déjà installée.

Un dialogue franco-japonais concret

Le choix de l’Institut français du Japon donne à l’événement une dimension de circulation culturelle. L’organisateur indique que les discussions seront accessibles en japonais, en français et en anglais. Cette traduction compte davantage qu’un simple confort pour les visiteurs : elle ouvre les conversations à des publics qui ne partagent ni la même langue ni nécessairement la même histoire du jeu. Un créateur peut ainsi parler de ses méthodes devant des joueurs, étudiants et professionnels de plusieurs horizons.

La confrontation annoncée entre Eric Chahi et Fumito Ueda incarne ce passage entre scènes créatives. Elle ne doit pas être réduite à une opposition facile entre « école française » et « école japonaise ». Les jeux voyagent, empruntent des formes, inspirent d’autres studios et trouvent leurs publics bien au-delà de leur pays d’origine. Une conversation transnationale est surtout l’occasion de comprendre comment des choix artistiques se répondent sans devenir identiques.

Le festival réserve également une place aux spécialistes de l’horreur vidéoludique, dont Frederick Raynal, Keiichiro Toyama, Makoto Shibata et Hifumi Kono. Ce genre montre bien que l’émotion du joueur n’est pas produite seulement par l’image. La cadence d’une séquence, les bruits, la caméra et ce qui reste hors champ participent à la tension. Écouter plusieurs créateurs décrire leurs méthodes peut aider à sortir d’une lecture qui ne voit dans l’horreur que ses monstres ou ses effets spectaculaires.

Ce que le festival peut laisser derrière lui

Le site officiel décrit un programme sur deux jours, pas un bilan de fréquentation ni des annonces industrielles. Il serait donc prématuré d’affirmer que The Tenth Mosaic a déjà changé la place du jeu dans les institutions culturelles. Sa contribution possible est plus précise : créer un espace où l’on peut rencontrer les personnes derrière les oeuvres, voir leurs outils et confronter différentes manières de fabriquer des mondes interactifs.

Le jeu vidéo dispose depuis longtemps de communautés, de salons commerciaux et de compétitions. Un festival de cette forme ajoute une autre cadence, attentive à la discussion et à l’observation. Sa réussite se mesurera à ce que les visiteurs auront pu découvrir au-delà des noms célèbres : de nouveaux jeux, des métiers moins visibles et des idées qui continuent de circuler après la fermeture des salles. À Tokyo, l’enjeu n’est pas de prouver une fois encore que le jeu mérite d’être pris au sérieux, mais de lui donner les conditions pour être regardé autrement.

Sources

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