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samedi 1 août 2026

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Le phénomène qui intrigue le monde : pourquoi les « therians » explosent sur TikTok en Argentine

Masques d’animaux, déplacements à quatre pattes et communautés numériques : le mouvement therian connaît une poussée spectaculaire en Argentine. Derrière les images virales, un phénomène adolescent plus nuancé que les caricatures.


Santhia Antoine
Santhia Antoine
Rédactrice en chef de B-Empire Magazine, Santhia Antoine
août 1, 2026  ·  6 min de lecture
Le phénomène qui intrigue le monde : pourquoi les « therians » explosent sur TikTok en Argentine
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Des adolescents masqués en chats, renards ou chiens courent à quatre pattes dans un parc de Buenos Aires. Les images intriguent, amusent et parfois inquiètent bien au-delà de l’Argentine. Le mouvement des « therians », ces personnes qui disent ressentir une identification mentale, spirituelle ou psychologique avec un animal non humain, connaît une visibilité spectaculaire sur les réseaux sociaux. Ce qui ressemblait à une sous-culture discrète devient désormais un phénomène mondial taillé pour TikTok.

Selon un reportage récent de l’Associated Press, le mot-clé #therian a dépassé deux millions de publications sur TikTok, tandis que l’Argentine occupe la première place en Amérique latine pour l’engagement autour de cette tendance. Dans la capitale, des rassemblements permettent à de jeunes participants de porter des masques, des oreilles ou des queues, de franchir des obstacles et de retrouver une communauté qui partage leurs codes.

Therians en Argentine : les images qui ont déclenché la viralité

La puissance visuelle du phénomène explique une grande partie de son succès. Une adolescente portant un masque de beagle traverse une pelouse à quatre pattes. Une autre, qui se présente sous le nom d’Aguara, imite les mouvements d’un malinois belge et saute au-dessus d’obstacles. D’autres jeunes grimpent dans les arbres avec des masques de félins ou de renards. Chaque séquence est immédiatement reconnaissable, facile à commenter et parfaite pour les algorithmes de recommandation.

Aguara, âgée de 15 ans selon l’AP, rassemble plus de 125 000 abonnés sur TikTok et organise des rencontres autour de Buenos Aires. Elle explique mener une vie adolescente ordinaire, tout en appréciant certains moments où elle exprime cette identité animale. Cette nuance disparaît souvent lorsque quelques secondes de vidéo quittent leur contexte et deviennent un objet de moquerie ou de polémique.

Être therian ne veut pas dire la même chose pour tout le monde

Le terme recouvre des expériences différentes. Certains participants décrivent une identification intérieure durable avec une espèce. D’autres se retrouvent surtout autour des costumes, du mouvement, du jeu ou de la création de personnages. Une adolescente interrogée par l’AP se définit ainsi comme « otherpaw » : elle porte un masque et une queue ou se déplace à quatre pattes pour le plaisir, sans affirmer être un animal.

Cette diversité est essentielle pour éviter les raccourcis. Le mouvement n’est ni une organisation unique ni une croyance structurée. Il fonctionne comme beaucoup de sous-cultures numériques : des pratiques se mélangent, des mots circulent entre pays et chacun construit son propre rapport au groupe. Certains y trouvent une performance artistique, d’autres une communauté protectrice, d’autres encore un langage pour exprimer une partie de leur personnalité.

Une communauté avant d’être un spectacle

Pour plusieurs jeunes Argentins, les rencontres offrent un espace où ils se sentent acceptés. Cette dimension sociale éclaire la rapidité avec laquelle la tendance s’est propagée. À l’adolescence, l’appartenance à un groupe, l’expérimentation identitaire et la création de codes communs sont des mécanismes classiques. TikTok leur donne simplement une scène mondiale, des outils de montage et la possibilité de trouver instantanément des personnes ayant les mêmes centres d’intérêt.

Pourquoi TikTok transforme la sous-culture en phénomène mondial

Les plateformes ne montrent pas toujours les pratiques les plus représentatives ; elles privilégient celles qui retiennent l’attention. Un masque réaliste, un saut impressionnant ou un déplacement animal produit davantage de réactions qu’une explication calme face caméra. L’algorithme récompense donc les séquences les plus étonnantes, puis les commentaires indignés ou amusés renforcent encore leur diffusion.

Ce mécanisme crée un paradoxe. Les moqueries peuvent blesser les jeunes filmés, mais elles augmentent aussi leur audience et attirent de nouveaux membres. Plus les vidéos sont dénoncées comme étranges, plus elles deviennent visibles. Le phénomène argentin rejoint ainsi d’autres cultures nées en ligne : cosplay, communautés de fans, défis chorégraphiques ou esthétiques hypercodifiées ont toutes grandi grâce à la rencontre entre créativité et recommandation algorithmique.

Parents et écoles : faut-il vraiment s’inquiéter ?

La psychologue Débora Pedace, directrice d’un centre thérapeutique à Buenos Aires interrogée par l’AP, décrit d’abord une identification symbolique. Elle estime que la situation devient préoccupante seulement lorsqu’une croyance s’installe profondément, entraîne une rupture avec la réalité ou expose la personne à se blesser ou à blesser autrui. Autrement dit, un masque ou un jeu corporel ne suffit pas à établir un trouble.

Pour les adultes, la bonne réaction consiste à regarder le contexte plutôt qu’à ridiculiser l’apparence. Le jeune continue-t-il à aller à l’école, à voir ses proches et à respecter les autres ? La pratique reste-t-elle sûre ? Subit-il du harcèlement ? Dépense-t-il des sommes excessives ou partage-t-il des informations personnelles ? Ce sont ces signaux concrets qui permettent d’évaluer un risque, bien davantage que l’étrangeté d’une vidéo.

  • Dialoguer sans humiliation : demander ce que la pratique signifie pour le jeune.
  • Protéger la vie privée : éviter les lieux, uniformes ou données permettant une identification.
  • Surveiller le harcèlement : conserver les preuves et utiliser les outils de signalement.
  • Fixer des limites physiques : masques, sauts et déplacements doivent rester compatibles avec la sécurité.

De Buenos Aires à la France, la même bataille pour le contexte

En France et en Europe, le mouvement est déjà visible dans des contenus francophones, même si l’ampleur argentine lui donne aujourd’hui une nouvelle exposition. Les établissements scolaires et les familles peuvent rapidement être confrontés à des vidéos sorties de leur contexte. La tentation sera forte de réduire le phénomène à une provocation ou, inversement, de lui attribuer une signification clinique automatique.

Une lecture plus responsable distingue l’expression, le jeu et la souffrance éventuelle. Elle rappelle aussi que les adolescents filmés restent des mineurs exposés à une audience mondiale. Repartager une séquence pour s’en moquer peut transformer une pratique locale en vague de cyberharcèlement. Les plateformes, les médias et les influenceurs ont donc une responsabilité dans la manière de cadrer ces images.

Le signal que personne ne peut ignorer

Le succès des therians en Argentine ne prouve pas que des millions de jeunes rejettent leur identité humaine. Il montre surtout à quelle vitesse une sous-culture peut devenir un spectacle mondial lorsqu’elle combine signes visuels forts, communauté adolescente et algorithmes avides de réactions. La vraie histoire n’est pas seulement celle de jeunes portant des masques : c’est celle d’Internet qui transforme chaque différence en contenu.

Derrière l’étrangeté apparente, les questions sont familières : comment appartenir à un groupe, expérimenter son identité, trouver une place et résister au regard des autres ? Buenos Aires devient aujourd’hui la scène la plus visible de ce mouvement. Demain, la tendance pourra surgir ailleurs, avec les mêmes images et les mêmes débats. Comprendre avant de juger sera alors la meilleure façon de protéger les jeunes sans nier ce qu’ils vivent.

Sources

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