Ce jeudi 13 août, les électeurs zambiens ne choisissent pas seulement leur prochain président. Leur vote sera scruté par les marchés, les créanciers internationaux, les industriels de la transition énergétique et les grandes puissances qui cherchent à sécuriser leur accès au cuivre. Dans ce pays d’Afrique australe longtemps associé à une grave crise de la dette, le président Hakainde Hichilema demande un second mandat en mettant en avant le redressement économique engagé depuis son arrivée au pouvoir en 2021.
Les bureaux de vote doivent ouvrir de 6 heures à 18 heures, selon la Commission électorale de Zambie. Les citoyens élisent simultanément le président, les membres de l’Assemblée nationale et les responsables locaux. Le rendez-vous est national, mais son importance dépasse largement les frontières : la Zambie possède l’une des industries du cuivre les plus stratégiques au monde, au moment où les réseaux électriques, les véhicules électriques et les centres de données accélèrent la demande mondiale.
Hichilema joue son bilan économique après la crise de la dette
Hakainde Hichilema avait remporté l’élection de 2021 après cinq tentatives infructueuses. Son accession au pouvoir avait nourri l’espoir d’un changement de gouvernance et d’une reprise économique. Cinq ans plus tard, le chef de l’État demande aux électeurs de valider sa méthode : rétablir la confiance, stabiliser la monnaie, contenir l’inflation et remettre le pays sur une trajectoire soutenable après son défaut de paiement de 2020.
Associated Press souligne que la Zambie a restructuré plus de 12 milliards de dollars de dettes envers des États et des créanciers privés sous sa présidence. Ce chantier a été observé bien au-delà de Lusaka, car il a servi de test aux mécanismes internationaux censés aider les pays surendettés. La Chine, les institutions multilatérales et les détenteurs d’obligations ont tous été concernés par un dossier devenu emblématique des difficultés financières de plusieurs économies en développement.
Le gouvernement peut donc présenter des résultats macroéconomiques. Mais une élection ne se gagne pas uniquement avec des indicateurs. Pour une partie de la population, la vraie question reste celle du pouvoir d’achat, de l’emploi et de la vitesse à laquelle l’amélioration annoncée se traduit dans la vie quotidienne. C’est là que se situe le risque politique pour Hichilema : convaincre que la stabilisation n’est pas seulement visible dans les rapports financiers, mais aussi dans les foyers.
Pourquoi le cuivre transforme ce scrutin en affaire mondiale
La Zambie figure parmi les grands producteurs mondiaux de cuivre. Ce métal est indispensable aux câbles, aux réseaux électriques, aux batteries et à de nombreux équipements numériques. Il occupe ainsi une place centrale dans la compétition industrielle entre les États-Unis, la Chine, l’Europe et les puissances émergentes. Toute décision sur les mines, les infrastructures ou la fiscalité zambiennes peut avoir des conséquences sur les investissements et les chaînes d’approvisionnement mondiales.
Hichilema a fixé un objectif particulièrement ambitieux : porter la production nationale à 3 millions de tonnes par an d’ici 2031. Selon AP, un tel niveau pourrait propulser la Zambie devant les États-Unis et la Chine parmi les producteurs mondiaux. La promesse est spectaculaire, mais elle suppose des capitaux massifs, une énergie fiable, de nouvelles capacités ferroviaires et routières, ainsi qu’un climat réglementaire suffisamment stable pour attirer les groupes miniers sans sacrifier les intérêts du pays.
Le scrutin devient donc un signal adressé aux investisseurs. Une victoire nette et acceptée pourrait consolider la visibilité du secteur. Une contestation prolongée, au contraire, ralentirait les décisions dans un marché où chaque nouveau projet compte. Pour l’Europe, qui cherche à diversifier ses approvisionnements en minerais critiques, comme pour les partenaires asiatiques et américains, la stabilité politique zambienne est désormais une variable économique directe.
Une opposition recomposée dans l’ombre d’Edgar Lungu
Le contexte politique a été profondément bouleversé par la mort de l’ancien président Edgar Lungu en Afrique du Sud en juin 2025. Lungu, battu par Hichilema en 2021, restait une figure centrale de l’opposition. Sa disparition a ouvert une période de recomposition et a privé le camp adverse de son visage le plus connu. AP relève aussi que le conflit autour du lieu de son inhumation a alimenté pendant près d’un an une confrontation très sensible entre sa famille et le gouvernement.
Quatorze candidats, dont Hichilema, ont déposé leur candidature, selon les autorités zambiennes. Cette abondance illustre le pluralisme, mais elle peut également disperser le vote anti-présidentiel. L’enjeu ne se limite donc pas à savoir si le bilan économique convainc : il consiste aussi à mesurer si une opposition fragmentée peut transformer le mécontentement social en alternative crédible.
Les observateurs surveillent la crédibilité du processus
La Communauté de développement de l’Afrique australe, la SADC, a déployé une mission d’observation pour le scrutin du 13 août. L’Union européenne a également envoyé une mission dirigée par Michael McNamara. Son mandat couvre les rencontres avec la commission électorale, les institutions publiques, les partis, les candidats, les médias et la société civile.
Cette présence internationale ne préjuge pas du résultat. Elle souligne toutefois l’attention portée à l’accès équitable à la campagne, à la transparence du dépouillement et au traitement des contestations. L’UE a insisté sur le fait que le choix appartient exclusivement aux électeurs zambiens. Dans un pays qui a connu une alternance majeure en 2021, la manière dont le verdict sera accepté comptera presque autant que le nom du vainqueur.
Le signal que l’Afrique et les marchés ne peuvent pas ignorer
La Zambie se trouve à la rencontre de trois grandes histoires de notre époque : la dette des pays en développement, la compétition pour les minerais critiques et la solidité des démocraties africaines. Peu d’élections réunissent aussi clairement ces dimensions. Si Hichilema est reconduit, il devra convertir la restructuration financière en croissance visible et tenir ses promesses minières. Si les électeurs choisissent une autre voie, le prochain pouvoir devra rassurer rapidement les partenaires sans ignorer la demande de changement.
Les premiers résultats ne doivent pas être confondus avec une proclamation définitive, et la Commission électorale a prévu une séquence officielle de publication. La prudence restera donc indispensable au fil du dépouillement. Mais une certitude s’impose déjà : le vote zambien est devenu un test grandeur nature de la capacité d’un pays riche en ressources à transformer une sortie de crise financière en prospérité partagée.
Sources
- Associated Press — guide de l’élection zambienne, bilan économique et enjeux du cuivre
- Commission électorale de Zambie — horaires et organisation officielle du scrutin
- SADC — mission d’observation électorale du 13 août 2026
- Service européen pour l’action extérieure — lancement de la mission d’observation de l’UE