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dimanche 20 septembre 2026

Culture without borders. / La culture sans frontières.

Amsterdam fait sortir les métiers du musée

Avec Creative Grounds, l'Amsterdam Museum investit ateliers, librairies et lieux culturels du centre-ville. Trois jours pour regarder les artisans travailler et mettre la main à l'ouvrage.


Santhia Antoine
Santhia Antoine
Rédactrice en chef de B-Empire Magazine, Santhia Antoine
septembre 20, 2026  ·  5 min de lecture
Amsterdam fait sortir les métiers du musée
Photo : Sarah Stierch/Wikimedia CommonsCC BY 4.0. Image cropped by B-Empire Magazine.

Pour voir un savoir-faire, il faut parfois quitter les salles du musée. Du 18 au 20 septembre 2026, l’Amsterdam Museum organise la première édition de Creative Grounds dans plusieurs lieux du centre-ville. Ateliers, expositions, rencontres et parcours invitent le public à observer des artisans au travail, puis à essayer certains gestes. Le programme va de la fabrication de zines à la verrerie, de l’orfèvrerie à la pâtisserie. Ce déplacement est plus qu’un changement de décor : il fait de la ville elle-même un espace de collection, de démonstration et de conversation.

Une exposition dispersée dans la ville

L’événement n’est pas concentré dans un seul bâtiment. Le Vrij Paleis, la librairie Athenaeum, Spui25, le Theater de Richel et d’autres partenaires ouvrent leurs portes à un parcours gratuit, sur inscription selon les activités. La forme compte autant que le contenu. Dans un atelier ou une boutique, on voit les outils, les contraintes d’espace, les matières et le temps qu’exige une pièce. Là où un objet fini peut sembler évident, le travail en cours rend visibles les choix et les essais qui le précèdent.

L’Amsterdam Museum présente ce premier rendez-vous sous le thème de l’artisanat. Il ne s’agit pourtant pas seulement de métiers anciens. Le programme associe verre, bijou, broderie, édition indépendante, photographie et design, entre autres. Cette largeur évite de traiter le fait main comme un style unique ou une marchandise nostalgique. Elle montre plutôt des pratiques capables de transmettre des techniques tout en inventant de nouvelles formes. Le public peut y entrer par des intérêts différents : la matière, l’histoire d’un quartier, l’image ou simplement l’envie de fabriquer quelque chose.

Les collections comme point de départ, pas comme point d’arrivée

Quatre artistes, Ella de Haas, Zoë Love Smith, Tijmen IJsendijk et Jero Leeflang, ont créé de nouvelles œuvres inspirées par la collection du musée et leur propre regard sur le centre d’Amsterdam. Elles sont montrées dans différents lieux de la ville. Cette manière de travailler modifie le rôle de la collection : elle n’est plus seulement un ensemble d’objets à conserver et à expliquer, mais une matière à partir de laquelle des artistes actuels répondent à la ville où ils vivent.

Un autre exemple est Mum’s Tins, la série de Georgy Dendoe présentée dans le programme. L’artiste y relie la collection Luycken du musée, riche de plus de 15 000 estampes, livres et dessins selon l’institution, à la collection de boîtes de soda de sa mère. Le rapprochement ne confond pas ces archives. Il suggère qu’une mémoire urbaine peut passer autant par les objets familiers que par les ensembles conservés officiellement. C’est précisément ce type de conversation que le musée peut ouvrir en quittant temporairement ses propres murs.

Faire soi-même change le regard

Les ateliers du week-end proposent notamment le travail du verre, la broderie, le crochet et l’édition de zines. Le collectif WERKER invite à imprimer sur textile à partir de gravures sur bois liées à des histoires queer moins visibles. Le dimanche, Knits and Notes réunit tricot, musique et récits au lieu nachbar. Ces propositions ne demandent pas au visiteur de devenir professionnel en une heure. Elles lui donnent plutôt une expérience de la difficulté, du plaisir et de l’attention qu’exige un geste répété.

Une pratique devient plus facile à apprécier lorsqu’on a éprouvé, même brièvement, la résistance de la matière et les hésitations du débutant. Cette dimension participative distingue Creative Grounds d’une exposition où tout reste à distance. Elle pose aussi une question de pédagogie muséale : comment transmettre la valeur d’un objet sans montrer le corps, le temps et les compétences qui l’ont produit ? Les démonstrations et les ateliers ne remplacent pas les collections, mais ils peuvent en élargir la lecture.

La vie créative au-delà des vitrines

Le projet photographique Creatives In/AMS, présenté au Vrij Paleis, suit sur un an des créateurs de la ville, semaine après semaine, en s’intéressant à leur travail et à la façon dont ils construisent une vie créative. Cette durée contraste avec celle du festival, limité à trois jours. Elle rappelle qu’un événement peut rendre visibles des personnes sans résoudre à lui seul les questions d’atelier, de revenu ou d’accès à un public. Le programme annonce également des visites guidées qui parcourent les métiers du centre-ville, liant les lieux de production à leur quartier.

Au 20 septembre, l’Amsterdam Museum n’a pas publié de bilan chiffré de fréquentation ou d’impact de cette première édition. Il serait donc prématuré de la présenter comme un modèle déjà éprouvé. Son idée est néanmoins forte : si la culture matérielle se fabrique dans des ateliers, des commerces, des espaces associatifs et des cuisines, un musée peut aller à sa rencontre au lieu d’attendre qu’elle devienne archive. Pour B-EMPIRE, Creative Grounds montre un musée moins préoccupé de posséder chaque objet que de rendre lisibles les personnes et les gestes qui font vivre une ville.

Sources

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