Le Tour de France vient de toucher à l’histoire sur les pentes de l’Alpe d’Huez. Richard Carapaz a remporté samedi 25 juillet la 20e et avant-dernière étape, au terme de 170,9 kilomètres de haute montagne entre Le Bourg-d’Oisans et la station iséroise. L’Équatorien a devancé Remco Evenepoel de 26 secondes et Sepp Kuss de 31 secondes. Mais derrière la victoire éclatante de Carapaz, une autre image domine déjà la planète cyclisme : Tadej Pogačar a protégé son maillot jaune et se trouve désormais à une étape de son cinquième sacre sur la Grande Boucle.
À 27 ans, le Slovène s’apprête à rejoindre Jacques Anquetil, Eddy Merckx, Bernard Hinault et Miguel Induráin dans le cercle fermé des quintuple vainqueurs du Tour. Sauf accident ou événement extraordinaire lors de l’arrivée à Paris dimanche, il deviendra le plus jeune coureur à atteindre ce total. Ce n’est plus seulement une victoire sportive : c’est un changement d’échelle dans la place de Pogačar parmi les géants de l’histoire.
Carapaz gagne une bataille monumentale à l’Alpe d’Huez
Richard Carapaz n’a pas attendu le verdict final du classement général pour imposer son nom à cette dernière grande journée de montagne. Déjà vainqueur jeudi à Orcières-Merlette, l’ancien champion olympique a signé son deuxième succès d’étape sur ce Tour 2026. Il a construit sa victoire dans une journée où l’endurance, la lucidité et l’audace comptaient autant que les watts.
Le parcours réunissait plusieurs cols majeurs avant une nouvelle arrivée à l’Alpe d’Huez, vingt-quatre heures après la démonstration de Pogačar sur la même montée. Carapaz a d’abord marqué des points au classement de la montagne, puis il a résisté dans la lutte finale. Son temps de 4 h 59 min 39 s et son avance de 26 secondes sur Evenepoel donnent la mesure d’une performance complète, obtenue face à des coureurs qui se battaient encore pour les places d’honneur.
La troisième place de Sepp Kuss ajoute une note dramatique au résultat. L’Américain a longtemps été au cœur du duel pour la victoire, avant qu’un incident ne compromette ses chances dans le final selon plusieurs comptes rendus de course. Carapaz, lui, n’a pas laissé passer l’ouverture. Son succès offre à l’Équateur une image mondiale et confirme sa capacité à transformer les étapes les plus dures en scènes de conquête.
Pogačar n’avait plus besoin de gagner pour frapper encore plus fort
La veille, Pogačar avait déjà remporté la première arrivée à l’Alpe d’Huez en dominant directement ses rivaux. Cette victoire avait pratiquement condamné les derniers espoirs de renversement. Samedi, sa mission était différente : contrôler, éviter les risques inutiles et conduire le maillot jaune jusqu’à la veille de Paris.
Cette retenue dit aussi quelque chose de sa domination. Un leader moins sûr de lui aurait dû poursuivre chaque attaque et défendre chaque seconde. Pogačar pouvait laisser l’étape à Carapaz parce que le classement général avait déjà été façonné par trois semaines de supériorité. Il a transformé l’avant-dernière journée en gestion de patrimoine, sans jamais donner l’impression que le Tour pouvait réellement lui échapper.
Le contraste est puissant : Carapaz a gagné la journée, Pogačar a verrouillé une place dans l’éternité. Les deux récits ne s’annulent pas. Ils donnent au Tour ce qu’il produit de plus fort : un héros d’étape capable de renverser le décor et un patron du classement général dont la trajectoire dépasse désormais l’édition en cours.
Le plus jeune pentuple vainqueur du Tour
Le chiffre cinq possède une valeur particulière dans l’histoire de la Grande Boucle. Anquetil, Merckx, Hinault et Induráin représentent quatre époques, quatre styles et quatre formes de domination. Pogačar s’apprête à les rejoindre à seulement 27 ans, plus jeune que chacun d’eux au moment d’atteindre ce total.
Ce record de précocité ouvre immédiatement une autre question : où s’arrêtera-t-il ? Le Slovène dispose encore de plusieurs saisons au sommet s’il conserve sa santé, son ambition et une équipe capable de l’accompagner. Parler déjà d’un sixième Tour serait prématuré, mais le simple fait que l’hypothèse paraisse crédible montre à quel point la hiérarchie historique est en train de bouger.
Son empreinte ne repose pas uniquement sur le palmarès. Pogačar a imposé un style offensif, une capacité à gagner sur des terrains variés et une présence médiatique qui dépasse les frontières traditionnelles du cyclisme. Il attire les audiences, les sponsors et un public plus jeune. Son cinquième Tour potentiel devient donc aussi un événement mondial pour l’économie et l’image du vélo.
Evenepoel confirme sa résistance, la France attend son verdict
La deuxième place de Remco Evenepoel à l’Alpe d’Huez est loin d’être anecdotique. Le Belge a encore montré qu’il restait le rival le plus constant derrière Pogačar. Il n’a pas pu lutter pour le jaune, mais il a répondu présent sur une étape longue et brutale, après avoir déjà gagné le contre-la-montre d’Évian à Thonon plus tôt dans la semaine.
Pour la France, l’attention se porte aussi sur Paul Seixas, révélation de 19 ans et candidat au podium ainsi qu’au maillot blanc. Sa bataille avec Isaac del Toro a donné une tension nationale aux dernières étapes alpines. Quel que soit le classement définitif dimanche, sa présence parmi les meilleurs constitue déjà l’un des grands signaux de cette édition : la France possède enfin un jeune coureur capable de rester dans la conversation mondiale pendant trois semaines.
Cette dimension française compte dans une journée dominée par un Équatorien, un Belge, un Américain et un Slovène. Le Tour reste le grand événement sportif de juillet en France, mais sa force vient précisément de cette mondialisation. L’Alpe d’Huez fonctionne comme une scène internationale où les drapeaux, les langues et les récits se mélangent dans un même spectacle.
Paris doit encore rendre le verdict officiel
Il reste une étape entre Thoiry et les Champs-Élysées. La tradition veut que le maillot jaune ne soit pas attaqué sur le chemin de Paris, mais le cyclisme ne permet jamais d’effacer totalement le risque d’une chute, d’un problème mécanique ou d’un incident de course. C’est pourquoi Pogačar n’est pas encore officiellement vainqueur au moment où ces lignes sont écrites.
Le scénario le plus probable est cependant limpide : dimanche soir, le Slovène montera sur le podium final avec un cinquième Tour. Carapaz conservera, lui, la mémoire d’une victoire magistrale sur la dernière étape de montagne. L’Alpe d’Huez aura ainsi offert deux triomphes en une journée : celui d’un attaquant équatorien qui n’a jamais cessé d’y croire, et celui d’un champion slovène qui entre dans le club le plus prestigieux du cyclisme.
Sources fiables
- Tour de France — classements officiels de la 20e étape, 25 juillet 2026.
- El País — victoire de Richard Carapaz et perspective du cinquième Tour de Pogačar, 25 juillet 2026.
- ProCyclingStats — résultats de la 20e étape du Tour 2026, 25 juillet 2026.
- Cycling Weekly — victoire et record de Pogačar à l’Alpe d’Huez lors de la 19e étape, 24 juillet 2026.


