Aller au contenu
samedi 25 juillet 2026

B-EMPIRE

Culture without borders. / La culture sans frontières.

Zendaya et les bijoux de 3 000 ans : le tapis rouge qui déclenche une tempête mondiale

Deux médaillons attribués au trésor iranien de Ziwiye, vieux de près de 3 000 ans, ont propulsé Zendaya au cœur d’une controverse qui dépasse largement la mode.


Santhia Antoine
Santhia Antoine
Rédactrice en chef de B-Empire Magazine. Elle supervise
juillet 25, 2026  ·  8 min de lecture
Zendaya et les bijoux de 3 000 ans : le tapis rouge qui déclenche une tempête mondiale
B-EMPIRE Magazine

Un tapis rouge, deux médaillons d’or et près de trois millénaires d’histoire : il n’en fallait pas davantage pour transformer une apparition de Zendaya en controverse mondiale. Lors d’un événement londonien organisé autour de The Odyssey, le film de Christopher Nolan dans lequel elle incarne Athéna, l’actrice a porté des boucles d’oreilles intégrant des plaques antiques attribuées à l’Iran du premier millénaire avant notre ère. L’image devait célébrer le cinéma et la haute joaillerie. Elle pose désormais une question beaucoup plus explosive : peut-on transformer un fragment du patrimoine archéologique en accessoire de célébrité ?

La polémique ne se résume pas à une nouvelle bataille sur les réseaux sociaux. Des archéologues, des spécialistes de la provenance des œuvres et des défenseurs du patrimoine iranien réclament davantage de transparence sur l’origine, l’exportation et la chaîne de propriété des médaillons. Une pétition demande notamment au marchand londonien qui les détient de publier les documents connus, d’autoriser leur examen et de suspendre leur vente. Au croisement de Hollywood, du luxe, de l’Iran et du marché international de l’art, l’affaire possède tous les ingrédients d’un débat appelé à durer.

Des bijoux attribués au trésor de Ziwiye

Les pièces ont été portées par Zendaya le 5 juillet à Londres. Selon Barron London, galerie de Mayfair qui en revendique la propriété, les plaques d’or seraient attribuées au trésor de Ziwiye, découvert dans le nord-ouest de l’Iran à la fin des années 1940. Elles dateraient du premier millénaire avant notre ère et auraient ensuite été montées sur de l’or jaune et entourées de diamants par le joaillier Glenn Spiro.

Cette attribution doit être formulée avec prudence. Le trésor de Ziwiye est célèbre, mais son histoire archéologique est complexe. Des objets associés au site ont circulé sur le marché sans contexte de fouille suffisamment documenté, ce qui complique l’authentification et l’établissement d’une provenance continue. C’est précisément cette zone grise qui alimente la controverse : l’ancienneté supposée des plaques augmente leur fascination, mais aussi le niveau de preuve attendu.

Le contraste visuel a été puissant. Zendaya, habillée de blanc et coiffée d’un foulard, portait ces larges disques dorés pendant la promotion d’une adaptation de l’épopée grecque d’Homère. Elle incarne Athéna, mais les objets seraient liés à une civilisation de l’ancien Iran. Ce décalage entre narration grecque, patrimoine iranien, événement britannique et star américaine résume à lui seul la mondialisation du spectacle et de ses symboles.

La provenance, le mot qui change toute l’histoire

Dans le marché de l’art, la provenance désigne l’historique documenté d’un objet : découverte, exportation, ventes successives, propriétaires et éventuelles autorisations. Elle ne relève pas d’un détail administratif. Pour les antiquités, une rupture dans cette chaîne peut masquer un pillage, une sortie illégale du territoire ou la fabrication tardive de documents destinés à donner une apparence légitime à une œuvre.

Romina Frohar, fondatrice du Forensic Archive of Iran, estime que la célébration de l’art persan ne peut pas remplacer la transparence. Son organisation demande la publication de la provenance connue, des contrôles juridiques effectués et des informations sur l’acquisition. Le débat ne tranche pas à ce stade la légalité des boucles portées par Zendaya. Il souligne plutôt l’écart entre une affirmation commerciale — « attribué à » un trésor prestigieux — et le niveau de documentation qu’exigent les chercheurs.

Le droit lui-même varie selon les pays et les périodes. De nombreux États considèrent les antiquités découvertes sur leur sol comme propriété nationale, mais les textes ne sont pas toujours rétroactifs. Un objet peut donc se trouver dans une situation où possession privée, légalité historique et légitimité éthique ne coïncident pas parfaitement. C’est ce qui rend ces dossiers difficiles, mais aussi ce qui rend la transparence indispensable.

Zendaya visée, mais une industrie entière interrogée

L’actrice est devenue le visage de l’affaire parce que sa visibilité est immense. Pourtant, la responsabilité ne s’arrête pas à elle. Une apparition de cette ampleur implique habituellement styliste, joaillier, prêteur, attachés de presse, producteurs et équipes de marque. L’expert en antiquités Christos Tsirogiannis s’est dit surpris qu’aucun des professionnels entourant la star n’ait apparemment anticipé le risque patrimonial et réputationnel.

Ni Zendaya, ni son styliste Law Roach, ni Glenn Spiro n’avaient publiquement répondu aux critiques au moment des premiers articles détaillés. Cette absence de réaction ne permet pas de conclure qu’ils connaissaient ou ignoraient les interrogations sur la provenance. Elle laisse cependant le champ libre à une conversation où l’image virale précède les explications.

L’épisode révèle surtout une faiblesse structurelle du luxe contemporain. Les maisons et les célébrités recherchent des pièces uniques capables de dominer les réseaux sociaux. Plus un objet est rare, ancien et chargé d’histoire, plus il devient désirable. Mais cette puissance narrative crée une obligation inverse : vérifier son origine avec une rigueur proportionnelle à son prestige.

Un débat amplifié par le contexte iranien

Le moment choisi a ajouté une dimension politique. L’Iran occupe à nouveau le centre de l’actualité internationale, sur fond de conflit régional et de tensions avec les États-Unis. Voir des objets présentés comme iraniens aux oreilles d’une star américaine a donc été interprété par certains critiques comme une image de dépossession culturelle. D’autres rejettent cette lecture et considèrent que porter les pièces peut faire connaître au grand public l’excellence des arts anciens de la région.

Ces deux lectures ne sont pas totalement incompatibles. Une apparition mondiale peut effectivement susciter de la curiosité pour une civilisation oubliée par une partie du public. Mais la visibilité ne règle ni la conservation, ni l’accès des chercheurs, ni la question d’un éventuel retour. Elle ne remplace pas davantage des documents établissant comment les objets ont quitté leur territoire d’origine.

De Hollywood aux musées français, une question universelle

La France n’est pas extérieure à ce débat. Le Louvre conserve lui-même des plaques associées au trésor de Ziwiye, tandis que les musées européens sont régulièrement confrontés aux demandes de restitution et au réexamen de leurs collections. Les discussions autour des bronzes du Bénin, des antiquités méditerranéennes ou des œuvres acquises pendant la période coloniale ont changé les attentes du public. Une mention vague dans un catalogue ne suffit plus toujours ; les institutions sont poussées à raconter aussi le parcours moderne des objets.

Le précédent du cercueil doré de Nedjemankh, acquis par le Metropolitan Museum of Art puis restitué à l’Égypte après la découverte de faux documents, rappelle qu’une présentation prestigieuse ne garantit pas une provenance irréprochable. La célébrité peut même accélérer les vérifications : les images très diffusées attirent l’attention de spécialistes capables de reconnaître une pièce, un style ou une incohérence documentaire.

Le signal que le luxe ne peut plus ignorer

Les boucles antiques de Zendaya pourraient devenir un cas d’école pour toute l’économie de l’influence. Une tenue n’est plus seulement jugée sur son esthétique. Elle est analysée selon l’origine des matériaux, les conditions de fabrication, les symboles culturels mobilisés et, désormais, la provenance des objets historiques. La viralité offre une audience planétaire, mais elle transforme aussi chaque détail en sujet d’enquête.

L’enjeu dépasse donc la culpabilité individuelle. Cette polémique demande aux galeries de documenter, aux stylistes de vérifier, aux maisons de luxe de questionner leurs prêts et aux célébrités de mesurer ce qu’elles rendent désirable. Si les plaques sont authentiques et légalement détenues, leur exposition peut encore soulever des questions de conservation et d’accès public. Si leur provenance comporte des lacunes, l’effet tapis rouge risque d’avoir éclairé ce que le marché préférait laisser dans l’ombre.

Zendaya devait promouvoir une nouvelle odyssée cinématographique. Elle a involontairement ouvert celle, beaucoup plus réelle, de deux objets passés de l’ancien Iran aux vitrines de Mayfair, puis aux flashes de Londres. La suite dépendra moins des commentaires en ligne que des documents que les propriétaires accepteront — ou non — de rendre publics.

Sources fiables

Vous êtes hors ligne. Voici les derniers articles disponibles.