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dimanche 20 septembre 2026

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À Oaxaca, les enfants deviennent gardiens de leur patrimoine

Un programme soutenu par l'UNESCO invite les enfants d'Oaxaca à explorer le centre historique par le jeu, tandis que des guides locaux développent de nouvelles méthodes de transmission.


Santhia Antoine
Santhia Antoine
Rédactrice en chef de B-Empire Magazine, Santhia Antoine
septembre 20, 2026  ·  6 min de lecture
À Oaxaca, les enfants deviennent gardiens de leur patrimoine
B-EMPIRE Magazine

Un centre historique n’est pas seulement un décor pour les visiteurs : c’est aussi le quartier de ceux qui y grandissent. À Oaxaca de Juárez, au Mexique, des enfants parcourent la ville avec des guides, des jeux et un carnet d’activités pour découvrir ce qu’ils côtoient chaque jour. L’UNESCO a présenté le 18 septembre 2026 l’initiative Guardianes del Patrimonio, portée par la direction municipale du centre historique et du patrimoine avec son appui. Lancé pendant l’été, le dispositif doit désormais toucher plus de 300 filles et garçons de cinq écoles primaires du centre et de ses alentours. La nouvelle ne tient pas à une inscription de plus sur une liste : elle interroge la manière dont une ville transmet un héritage à ses propres habitants.

Apprendre dehors, et avec ses mains

Les premières activités gratuites ont pris la forme de parcours dans le centre historique d’Oaxaca. Les enfants utilisent notamment un livret créé pour le programme, une lotería et un jeu de serpents et échelles. Ces supports ne transforment pas les monuments en simple divertissement ; ils ouvrent différentes portes d’entrée vers l’observation, la conversation et la mémoire locale. Un enfant peut reconnaître une place, un bâtiment ou une pratique familiale avant de disposer des mots savants pour les décrire. Partir de cette expérience ordinaire permet d’éviter que la notion de patrimoine reste lointaine, réservée aux spécialistes ou aux seuls touristes.

Selon l’UNESCO, les guides ont suivi une formation préalable en pédagogie, en interprétation du patrimoine et en accueil de publics divers. Ils ont ensuite conçu leurs parcours et leurs propres méthodes d’apprentissage actif. Ce détail est décisif : la qualité d’une visite dépend autant de la manière de poser des questions et d’écouter les réponses que de la quantité de dates récitées. Faire travailler des guides locaux sur la médiation crée aussi des compétences qui peuvent servir au-delà d’un été. Le communiqué ne donne toutefois ni bilan d’évaluation des apprentissages ni calendrier précis pour toutes les séances à venir. Il faut distinguer l’ambition annoncée de ses effets encore à mesurer.

Une ville et un site archéologique liés

Le centre historique d’Oaxaca de Juárez et la zone archéologique de Monte Albán forment ensemble un bien inscrit au patrimoine mondial depuis 1987. La fiche du Centre du patrimoine mondial distingue clairement ces deux composantes : la ville aux traces urbaines coloniales d’un côté, l’ancien centre cérémoniel de Monte Albán de l’autre. Le programme pour enfants se déroule dans les rues du centre historique ; il ne faut pas en déduire que chaque groupe visite aussi le site archéologique. Les parcours donnent plutôt l’occasion d’expliquer pourquoi la ville et Monte Albán sont présentés ensemble, sans effacer leurs histoires et leurs échelles propres.

Ce rapprochement invite également à ne pas réduire le patrimoine aux murs. L’UNESCO décrit Guardianes del Patrimonio comme une exploration de l’héritage matériel mais aussi immatériel : connaissances, pratiques et liens qui soutiennent l’identité des communautés. Le tissu vivant d’une ville ne se laisse pas enfermer dans une façade restaurée. Les usages d’une place, les savoir-faire et les récits des familles comptent dans la manière dont les enfants comprennent leur environnement. Cette approche n’efface pas les exigences de conservation architecturale ; elle rappelle simplement que préserver un lieu habité suppose de dialoguer avec ceux qui le font vivre.

Une opération culturelle et un travail rémunéré

L’initiative s’inscrit dans le programme Communities for Heritage de l’UNESCO, soutenu par le ministère de la Culture du Royaume d’Arabie saoudite. Elle relève d’un mécanisme temporaire de travail rémunéré, souvent désigné cash for work. En mai 2026, l’organisation indiquait que plus de trente artistes et guides d’Oaxaca lançaient des interventions artistiques et pédagogiques dans ce cadre. Le financement permet de relier médiation culturelle et activité professionnelle locale. Il serait pourtant imprudent d’en conclure que tous les emplois deviennent permanents ou que les retombées économiques sont déjà connues. La durée, les revenus et la suite du dispositif demanderaient un suivi spécifique.

Le programme plus large cherche également à renforcer l’engagement des communautés dans les villes du patrimoine mondial d’Amérique latine et de la Caraïbe, ainsi qu’un tourisme culturel plus responsable. À Oaxaca, l’UNESCO évoque à la fois la sauvegarde du patrimoine immatériel, sa place dans l’aménagement urbain, la gestion des visiteurs et l’implication des habitants. C’est une combinaison délicate. Un quartier peut être valorisé comme destination sans devenir un espace vécu plus accueillant pour ses résidents. En donnant d’abord aux enfants de la ville les moyens de lire leur environnement, Guardianes del Patrimonio replace les habitants au début de la conversation, pas à sa marge.

Devenir gardien ne veut pas dire porter seul la charge

La formule « gardiens du patrimoine » a une force pédagogique, mais elle ne doit pas transférer aux enfants la responsabilité de protéger des bâtiments, des pratiques et des quartiers. Cette responsabilité appartient aussi aux institutions, aux professionnels de la conservation et aux adultes qui décident des budgets et de l’aménagement. Les jeunes participants peuvent apprendre à poser des questions, à partager ce qu’ils découvrent et à prendre part plus tard aux choix collectifs. Le jeu et la visite valent ici comme formation du regard. Leur succès ne devrait pas être mesuré au nombre de petits ambassadeurs produits pour une campagne touristique.

Pour B-EMPIRE, l’actualité d’Oaxaca réside dans ce changement d’échelle. Une ville classée peut paraître célèbre à l’extérieur et demeurer insuffisamment racontée à ceux qui y vivent. L’annonce de septembre fournit des faits précis : un programme municipal appuyé par l’UNESCO, des parcours gratuits, des guides formés et une extension annoncée à cinq écoles et plus de 300 enfants. Elle ne prouve pas encore un changement durable des pratiques de conservation. Mais elle propose un point de départ exigeant : considérer les enfants comme des lecteurs actifs de leur ville, et le patrimoine comme une relation à entretenir plutôt qu’une image à consommer.

Sources

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